Un Payday Loans aurait récemment tenté d’ouvrir ses portes dans le secteur Vanier.

Plumer le pauvre monde

CHRONIQUE / On en compte dix sur un tronçon d’un kilomètre du chemin de Montréal, en plein cœur du secteur Vanier. Si on ratisse un peu plus large, ce serait 33 de ces endroits qu’on retrouve dans un rayon de cinq kilomètres dans l’est d’Ottawa.

Je vous parle des sociétés de services financiers qui offrent des prêts sur salaire, l’encaissement de chèques, la préparation des déclarations d’impôts et des transferts de fonds « aux personnes vulnérables qui ont peu de moyens financiers », comme les a déjà décrites le conseiller municipal de Rideau-Vanier, Mathieu Fleury.

Je vous parle des Money Mart, des Payday Loans et des Cash Money de ce monde qui prêtent de l’argent, mais avec des taux d’intérêt faramineux qui, parfois, frôlent la criminalité. Des « prêteurs prédateurs », pour emprunter le terme du conseiller Fleury.

Un autre de ces « commerces » aurait récemment tenté d’ouvrir ses portes dans le secteur Vanier. Un Payday Loans, pour ne pas le nommer. Sauf que celui-ci a décidé de s’éloigner un peu du chemin de Montréal. Il a bien vu que le marché sur cette artère était saturé. Il a donc décidé de s’installer dans un quartier résidentiel de Vanier, à deux pas d’une résidence pour personnes âgées. Dans un petit édifice de la rue Bradley qui a abrité la boucherie familiale Weatherall pendant plus de 60 ans.

Je suis passé par là hier matin. L’endroit était fermé, mais l’affiche Payday Loans était bien en vue dans la vitrine. Et par la fenêtre, j’ai pu apercevoir à l’intérieur un bureau, un classeur, une table, deux chaises et ce qui semblait être une pile de formulaires de prêts sur le coin du bureau.

Et curieusement, au fond de la pièce se trouvait une douzaine de matelas empilés jusqu’au plafond. Oui, des matelas. Serait-ce pour remettre aux clients à qui on a refusé un prêt afin qu’ils puissent passer confortablement la nuit… dans la rue ? Plus rien ne me surprendrait de ces compagnies.

Sur les réseaux sociaux – Facebook surtout – plusieurs internautes vaniérois se sont dits outrés par la présence de ce commerce dans un quartier résidentiel. Et avec raison. La présence de 10 de ces endroits sur le chemin de Montréal donne déjà un œil au beurre noir au secteur Vanier. Imaginez maintenant si on les laissait pousser comme des champignons un peu partout dans les quartiers résidentiels. Chaque Vaniérois aurait son Money Mart à lui tout seul.

Cela dit, ce Payday Loans de la rue Bradley n’ouvrira jamais ses portes. Il aurait peut-être pu il y a moins de deux mois. Mais s’il le fait maintenant, il le fera illégalement.

Parce qu’heureusement, le 25 septembre dernier, la Ville d’Ottawa a adopté une modification à son règlement de zonage qui interdit l’ouverture de ces sociétés qui offrent des prêts sur salaire dans un bâtiment indépendant. Ces sociétés doivent obligatoirement se trouver dans un édifice qui abrite au moins un autre commerce.

Si un Money Mart ou une autre entreprise semblable avait occupé ce bâtiment indépendant de la rue Bradley auparavant, on pourrait y ouvrir un autre commerce du genre puisqu’une clause d’antériorité – ou une « clause grand-père » – le permettrait. Mais ce n’est pas le cas ici. L’endroit abritait une boucherie. Et on ne peut pas passer de plumer des poulets à plumer le pauvre monde.

Voici ce qu’a écrit le conseiller Fleury en réponse aux internautes qui questionnaient la présence de ce Payday Loans en plein quartier résidentiel :

« Récemment, nous avons été mis au courant d’une affiche [qui annonce] la venue d’un commerce de prêt sur salaire au 222 de la rue Bradley. La Ville nous informe que le zonage ne permet pas ce type de commerce à cet emplacement. Nous pouvons donc tous prendre un soupir, nous sommes protégés. La Ville va maintenant contacter le nouveau propriétaire pour l’informer du zonage approprié. »

Le conseiller Fleury ne connaissait toujours pas l’identité de ce « nouveau propriétaire » lorsque joint hier.

Alors voilà. Long soupir tout le monde, comme le conseille M. Fleury, ce sera un commerce de ce genre de moins à Vanier.

Il n’en restera plus que 10 à fermer…