Le gouvernement Doug Ford a annoncé que les nouvelles plaques d’immatriculation de l’Ontario ne porteront plus le slogan Yours to discover, ou Tant à découvrir dans sa version française.

«Notre place» sur la plaque

Je détestais cette chansonnette. Peut-être parce que je ne comprenais pas ses paroles qui étaient en anglais. J’étais enfant. À une époque où l’anglais était du chinois pour moi.

Mais à chaque sortie scolaire, en rentrant à la maison à bord du gros autobus jaune, il y avait toujours un ou une collègue de classe qui entonnait cette chanson pour entraîner les autres. Puis presque tout le monde chantait en chœur. Pas moi.

Ça voulait dire quoi « give us a place to stand, give us a place to grow, and call this land Ontario » ? Et pourquoi chantions-nous en anglais ?

Faut dire que cette chanson était populaire à l’époque. Elle se voulait l’hymne non officiel de l’Ontario et on la faisait tourner en boucle dans le pavillon de cette province à l’Expo 67 à Montréal. Elle était catchy, comme dirait l’autre langue officielle.

Mais moi, je la détestais. Et voilà qu’elle revient « par la bande ».

On apprenait la semaine dernière que les nouvelles plaques d’immatriculation de l’Ontario ne porteront plus le slogan Yours to discover, ou Tant à découvrir dans sa version française. Elle sera remplacée par A place to grow. Comme dans la vieille chanson fatigante de 1967.

Et la version française de ces nouvelles plaques ontariennes ne sera guère mieux. En plein essor, pourra-t-on dorénavant lire sur les plaques des Franco-Ontariens qui en feront la demande. (Parce qu’il faut en faire la demande.)

En plein essor ? Vraiment ? Mais ça veut dire quoi au juste ?

Le Larousse définit le mot « essor » comme suit : « Mouvement par lequel une entreprise, une activité, etc. se développe rapidement, progresse. » Et on offre l’exemple : « L’Industrie électronique est en plein essor. »

Pas très représentatif des Francos, si vous me demandez mon avis. S’il y a une chose que les Franco-Ontariens ne sont pas depuis l’élection de Doug Ford, c’est bien « en plein essor ». Je dirais plutôt que nous sommes en plein déclin. Redonnez-nous notre université et notre commissariat et on pourra alors commencer à parler d’un « essor ». Mais pas avant.

Alors on inscrit quoi en français sur les plaques d’immatriculation ?

Nous sommes, nous serons ? Peut-être.

L’avenir est à ceux qui luttent ? Peut-être aussi.

Mais simplifions les choses. Allons-y avec deux mots. Deux mots qui résument tout : « Notre place ».

Car si A place to grow est l’hymne non officiel de l’Ontario, Notre place est certes l’hymne des Francos.

Et contrairement à l’hymne des anglos, le nôtre est OFFICIEL ! Le 2 mars 2017, les députés à Queen’s Park adoptaient presque à l’unanimité une motion qui reconnaissait ce qui suit :

« Que de l’avis de l’Assemblée (législative de l’Ontario), la chanson Notre place écrite par Paul Demers et François Dubé soit reconnue comme l’hymne officiel des francophones de l’Ontario ; et que cet hymne devienne une célébration de la contribution des Franco-Ontariennes et Franco-Ontariens de tous horizons à la province. »

Alors oublions le slogan En plein essor et allons-y plutôt avec nos mots, nos paroles, notre hymne, Notre place.

Ce sont des mots qui sont les nôtres. Nous sommes ici, chez nous, en Ontario. Et en prime, c’est une chanson qui s’entonne très bien dans un autobus scolaire…