« Dans les faits, il n'existe pas de collectivité à laquelle conviendrait le concept archaïque de méga-refuge d'urgence, soutient le conseiller municipal Mathieu Fleury. Quand on me dit que Vanier est le lieu idéal où installer un tel refuge, je me demande bien sur quoi cette croyance est basée », ajoute-t-il

Mathieu Fleury réplique

CHRONIQUE / Je me suis entretenu avec le conseiller municipal de Rideau-Vanier, Mathieu Fleury, hier matin. Vous devinerez bien le sujet de notre entretien... On se pose tellement de questions dans mon coin, à Vanier, depuis l'annonce de la venue de l'Armée du Salut dans notre quartier.
M. Fleury a éclairci certains points. Et il défend bec et ongles sa communauté dans cet épineux dossier. Il évoque même la possibilité de faire appel à l'avocat Ronald Caza si la situation le demande.
D'abord, selon le conseiller Fleury, l'Armée du Salut gaspillera 50 millions $ si elle va de l'avant avec son projet de construire un refuge et un centre multiservices sur le chemin de Montréal.
« L'objectif de la Ville d'Ottawa est de décentraliser les services et d'offrir de meilleurs services d'appui, a-t-il dit. Nous avons adopté un plan de 10 ans à cet effet en 2012-2013. Mais eux (l'Armée du Salut), ce qu'ils veulent créer sur le chemin de Montréal est quasiment un Hôpital Royal. C'est triste à dire, mais c'est 50 millions $ de gaspillés. Parce que leur plan va à l'encontre des meilleures pratiques. C'est un modèle daté. Il n'y a pas un spécialiste en la matière qui recommanderait ce modèle-là. Et leur projet va à l'encontre du plan de 10 ans de la Ville. Ce plan veut qu'on décentralise les points de services. Eux font juste pousser le problème à Vanier et ils n'ont pas de nouvelles approches. Leur façon de faire est datée. »
Mais peu importe ce qu'en pense M. Fleury, l'Armée du Salut a été claire sur ses intentions, mardi, en déclarant au Droit qu'elle n'envisage aucune autre option que le site du 333, chemin de Montréal pour y construire son nouveau refuge.
Mais selon le conseiller de Rideau-Vanier, l'Armée du Salut sous-estime la force de la communauté et du mouvement populaire qui s'opposent à la construction de leur nouveau centre sur le chemin de Montréal.
« N'oublions pas que l'Armée du Salut est une institution religieuse et publique et que les gens qui donnent et qui appuient l'Armée du Salut ont un pouvoir, souligne M. Fleury. Et on a vu que la communauté a un pouvoir dans le cas, par exemple, de la lutte de SOS Montfort. Et il faudra peut-être faire encore appel à notre bon ami Ronald Caza (l'avocat franco-ontarien qui a défendu en justice l'Hôpital Montfort et le mouvement SOS Montfort). Parce que si l'Armée du Salut n'est pas prête à étudier une révision de son processus, n'oublions pas que la communauté se rallie présentement pour amasser des fonds (au cas où la cause irait en justice). C'est un signal clair à l'Armée du Salut, ça. C'est un 'réveillez-vous'. »
Changement de zonage
Selon le conseiller Fleury, l'Armée du Salut a déjà acheté le terrain du chemin de Montréal où elle compte construire son nouveau centre. Mais cet achat serait sous condition d'obtenir un changement de zonage de la Ville d'Ottawa. « Et si le zonage ne passe pas, l'Armée du Salut devra retourner à la case de départ, lance M. Fleury. Et ce n'est pas juste un rezonage dans ce cas-ci, précise-t-il, c'est aussi un amendement au plan officiel de la Ville. »
« Si les urbanistes de la Ville recommandent de ne pas aller de l'avant avec le changement de zonage demandé, je ne crois pas que les autres élus à la table du conseil s'opposeront à cette recommandation, affirme le conseiller Fleury.
«Par contre, ajoute-t-il, si les urbanistes disent que c'est permis, alors là, ce sera une bataille politique. Les conseillers municipaux ont deux chapeaux à porter. Celui du conseiller municipal et celui du conseiller de quartier. Et si mes collègues à la table sont des conseillers de quartier, ils vont se dire : 'ce n'est pas dans mon quartier, tant mieux'. Mais s'ils ont une optique municipale, je ne suis pas convaincu qu'ils seront d'accord avec la construction de ce centre sur le chemin de Montréal. Parce que les coûts pour la Ville vont augmenter. Tant au niveau des services policiers qu'au niveau de l'argent que la Ville donne annuellement à l'Armée du Salut qui est présentement autour de 2,7 millions $ pour le refuge et 1,6 million $ pour les autres services. Ces chiffres vont augmenter. Et ce sera faramineux comme augmentation de coûts pour la Ville. De plus, le projet de l'Armée du Salut va à l'encontre du plan de 10 ans de la Ville et il n'est pas prévu dans le zonage. Donc je ne suis pas convaincu que mes collègues l'appuieraient si les urbanistes disaient 'oui' au changement de zonage. Mais tant que l'Armée du Salut ne tiendra pas de consultations publiques, c'est difficile pour moi d'engager mes collègues à la table dans la discussion. Ils respectent le processus et ils sont dans un mode d'écoute. Mais si l'Armée du Salut ne reconsidère pas son approche en ce qui a trait au site (chemin de Montréal), j'inviterai mes collègues à venir écouter les revendications de la communauté», conclut Mathieu Fleury.