Lutter d'une seule voix

CHRONIQUE / Ensemble, ils ont défendu et fait avancer la communauté franco-ontarienne à Queen’s Park et partout en province durant plus de trois décennies.

L’ancien député provincial d’Ottawa-Vanier, Bernard Grandmaître — le Père de la Loi 8 sur les services en français en Ontario — a été ministre délégué aux Affaires francophones de 1985 à 1990, et il a représenté les électeurs de sa circonscription et tous les francophones en province jusqu’à sa retraite de la politique en 1999. 

Madeleine Meilleur, qui a succédé à M. Grandmaître dans Ottawa-Vanier en 2003, a pour sa part été ministre déléguée aux Affaires francophones de l’Ontario de 2003 jusqu’à son départ de la politique, en 2016. Mme Meilleur a aussi été Procureur générale de l’Ontario de 2014 à 2016. Conseillère auprès de l’Institut sur la gouvernance, elle se trouve présentement à Bagdad, en Irak, pour le compte d’Affaires mondiales Canada. Sa mission: appuyer le gouvernement irakien dans la mise en oeuvre de sa constitution.

Ces deux libéraux se sont dit consternés par les récentes décisions du gouvernement conservateur de Doug Ford d’abolir le Commissariat aux services en français et de saboter la mise sur pied de l’Université de l’Ontario français.

Et ces deux piliers de la francophonie ontarienne se disent de tout coeur avec les milliers de francophones et francophiles qui manifesteront aujourd’hui partout en province pour faire valoir leurs droits et défendre leurs acquis.

Le Droit s’est entretenu cette semaine avec ces deux anciens ministres qui, à leur façon et par leur détermination et leurs convictions, ont marqué l’histoire de la francophonie ontarienne.

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LE DROIT: Qu’avez-vous pensé du geste de la députée de Glengarry-Prescott-Russell, Amanda Simard, qui a claqué la porte du Parti conservateur de l’Ontario, jeudi, pour siéger comme députée indépendante?

BERNARD GRANDMAÎTRE: Je la trouve très, très courageuse et je la félicite. Elle avait promis de soutenir la francophonie durant la campagne électorale et elle a tenu parole. Je lui lève mon chapeau.

MADELEINE MEILLEUR: Amanda Simard va passer à l’histoire. Ce qu’elle a fait demande beaucoup de courage. Et qui sait ? Peut-être que d’autres députés la suivront.

LD: Croyez-vous que cette lutte, à l’instar de celle pour sauver l’Hôpital Montfort, se rendra devant les tribunaux?

MM: Je ne le sais pas. Mais les francophones ont la «décision Montfort» qui est de leur côté. Je suis certaine que Doug Ford sera bien conseillé par les avocats du gouvernement. Mais peut-être qu’il ne voudra pas suivre les conseils de ses avocats. Alors à ce moment-là, on verra. Mais la dynamique est différente. On a déjà une décision en notre faveur. Une décision que Mike Harris n’avait pas à l’époque de Montfort. Tandis que Ford a cette décision-là. Il a été mal conseillé dans tout ça. Il n’a pas vu venir le train.

BG: Moi, je crois que cette lutte se rendra devant les tribunaux. Je crois qu’avec l’équipe que nous avons, avec Dyane Adam et Ronald Caza, que nous irons jusqu’au bout. Nous avons une équipe du tonnerre et je leur souhaite d’aller jusqu’au bout. Et nous allons réussir! On disait la même chose à l’époque de Montfort. On disait que tout se réglerait avant que la cause se rende en justice. Mais on l’a fait, on s’est rendu devant les tribunaux et on a gagné. Et aujourd’hui, on est plus fort que jamais.

LD: Êtes-vous fiers de voir qu’il y a une relève dans la communauté franco-ontarienne prête au combat?

BG: C’est sûr ! En 1986, lors de l’adoption de la Loi 8, on se demandait: «où est la relève?», «où est la relève?». Nous sommes rendus en 2018 et la relève est là. Et je suis tellement fier qu’elle soit là. Et elle est plus forte aujourd’hui qu’elle l’était en 1986 ! Malheureusement, ma santé ne me permettra pas de prendre part aux manifestations de samedi. Mais vous pouvez être sûr que je serai là en pensée et que je suis de tout coeur avec les Franco-Ontariens.

MM: Absolument! Je suis très fière que la relève soit là. Parce que c’est inacceptable de voir que toutes nos avancées soient, d’un coup de baguette, effacées. Je trouve ça dommage de ne pas pouvoir être de la manifestation de samedi, mon travail m’a emmenée ailleurs. Mais je reviens bientôt et je compte reprendre mon bâton de pèlerin. Ce n’est pas vrai que je resterai silencieuse devant ces injustices.

LD: Et si vous étiez à l’une des manifestantes de samedi, quel serait votre message aux gens?

BG: Lâchez pas! Vous êtes sur la bonne voie! Et plus vous appuierez sur la pédale, plus les gens se réveilleront et plus vite on avancera.

MM: Je leur dirais de continuer pare qu’on a fait de grands pas et de grands gains au cours des 15 dernières années. Et qu’il faut garder la pression pour récupérer ce qui nous a été enlevé.