Denis Gratton
Se laver les mains est un geste simple mais efficace pour freiner la propagation de plusieurs virus comme le COVID-19.
Se laver les mains est un geste simple mais efficace pour freiner la propagation de plusieurs virus comme le COVID-19.

Longue vie et prospérité

CHRONIQUE / On le fait par habitude. Par gentillesse. Par savoir-vivre. Parfois par simple réflexe.

On tend la main. Je le fais pratiquement chaque jour. Chaque fois que je rencontre quelqu’un — et j’ai le plaisir d’avoir un métier qui m’amène à rencontrer énormément de gens — je tends la main. Par courtoisie. Par un « heureux de vous rencontrer ».

Mais par les temps qui courent, ou par la « bibitte » qui court devrais-je dire, se serrer la pince pourrait devenir carrément dangereux. Tendre la main à quelqu’un depuis l’éclosion du coronavirus, ou du COVID-19, à vous de choisir, revient à dire :

« Bonjour. Avez-vous contracté le COVID-19 ? Oui ? Non ? Vous ne le savez pas ? Tenez, on le saura bientôt ». Puis on lui tend la main.

C’est risqué. Presque débile. Tous les dirigeants mondiaux et les experts de la santé avisent les gens de ne pas se serrer la main et de se les laver fréquemment. Mais qu’est-ce qu’on fait comme premier geste lorsqu’on rencontre quelqu’un ? C’est ça, on lui tend la main. Par habitude. Par mauvaise habitude.

Il y a pourtant d’autres façons de se saluer. Prenez les Chinois. Ils ne se serrent jamais la main les… heu… attendez. Mauvais exemple dans ce cas-ci. Allons-y avec le peuple indien, ou les Thaïlandais. Là-bas, ils se saluent par un namasté.

Ce n’est pas compliqué. Vous joignez les deux paumes de main devant votre poitrine, les doigts bien tendus, et vous vous inclinez légèrement face à votre interlocuteur. C’est poli. Presque spirituel. Et il n’y a aucun contact physique. Namasté. Je m’incline devant vous cher ami. (Et gardez votre « bibitte » pour vous).

Vous préféreriez une autre façon de se saluer plus… moderne ? Plus cool ? Alors pourquoi pas le salut vulcain de Monsieur Spock dans les films Star Trek ?

Je ne blague pas. On pourrait vite s’y habituer, j’en suis certain. Pour les non-initiés aux films Star Trek, Monsieur Spock est un sympathique extra-terrestre presque sans émotion humaine. Oui, sympathique et sans émotions. Je connais des patrons comme ça. (Pas les miens, là !). Mais j’en connais.

Ce Monsieur Spock est originaire de la planète Vulcan, il a les oreilles pointues et le sang vert, et il salue ses coéquipiers du vaisseau spatial Enterprise d’un geste de la main levée, paume en avant, avec les doigts écartés entre le majeur et l’annulaire pour former un « V ». Puis en posant ce geste, il ajoute : « Longue vie et prospérité ».

Bon, on ne serait pas obligé d’ajouter « longue vie et prospérité ». On pourrait juste se lancer un « salut mon toé » ». Mais avouez que le geste serait le fun à poser. Vrai, pas tout le monde peut écarter les doigts entre le majeur et l’annulaire. Il faut presque des doubles jointures. Ou être Vulcain. Mais ceux qui ne parviennent pas à le faire peuvent toujours se rabattre sur le signe de « peace » des hippies des années flower power. Peace man.

Ça fait un peu tête heureuse, voire « poteux ». Et ce n’est pas le premier geste que je poserais lors d’une entrevue pour un emploi. Mais c’est sympathique à la limite.

Je suis tombé sur un site Web français qui propose le « garde-à-vous », ou le salut militaire, plutôt que la poignée de main. Heu… non merci. D’abord, ce salut est réservé aux militaires, comme il se doit. Et je connais des patrons (pas les miens, là !), mais j’en connais qui risqueraient d’y prendre goût et qui exigeraient ce salut militaire même une fois le coronavirus éradiqué.

Ce même site très crédible (comme tous les sites Web le sont, m’a appris une conseillère municipale de Gatineau…), prétend que les Népalais tirent la langue poliment pour se saluer. « C’est une pratique courante au Népal à en croire certains guides de voyage », peut-on lire. Sûrement des petits farceurs, ces guides de voyage. Et je devine qu’un certain nombre de touristes sont rentrés du Népal avec une lèvre fendue ou un œil au beurre noir après avoir salué de la langue un Népalais. Bref, passons sur cette suggestion. Les conséquences pourraient être catastrophiques.

D’autres proposent de se toucher les coudes pour remplacer la poignée de main. L’idée avait été lancée face à l’épidémie d’Ebola en 2014.

Ce n’est pas bête. Pas très pratique, mais pas bête. Mais attention de ne pas tomber sur un ancien joueur de hockey qui, par réflexe acquis durant sa carrière sur la glace, pourrait répliquer d’un violent coup de coude qui vous enverrait sûrement au pays des rêves.

Alors voilà quelques suggestions. Quelques pistes qui pourraient vous aider à éviter la « bibitte » COVID-19.

Et si vous tenez à serrer la main lors d’une rencontre, assurez-vous d’avoir du désinfectant pour les mains pas très loin de vous. Sachez toutefois que les pharmacies de la région ont épuisé leur stock

Namasté.