Le Père Guy Desrochers

L’évêque « peace and love »

CHRONIQUE / « Le Pape François nomme un évêque auxiliaire à Alexandria-Cornwall », se lisait le titre d’un communiqué de presse reçu jeudi dernier. Et dans ce communiqué, on apprenait la nomination du Père Guy Desrochers comme évêque auxiliaire de Mgr Terrence Prendergast, l’Archevêque d’Ottawa.

Il y a sûrement des gens de Hull qui se secouent la tête en signe d’incrédulité en apprenant cette nouvelle ce matin. Parce que les baby-boomers hullois qui ont connu Guy Desrochers dans son adolescence et sa jeune vie adulte, mais qui ont perdu sa trace au fil des ans, n’auraient jamais pensé que ce gars-là deviendrait un jour prêtre. Encore moins un évêque. Lui qui, comme tant d’autres de sa génération, avait tourné le dos à l’église.

Guy Desrochers lui-même n’y croyait rien lorsqu’il a reçu « l’appel de Dieu » alors qu’il travaillait comme graphiste au quotidien Le Droit, au début des années 1980.

« Je suis né à Hull dans le quartier Saint-Raymond, raconte-t-il. J’étais adolescent dans les années 1970. C’était le temps du “peace and love”,  du “make love, not war” et tout le kit. C’était l’époque de la drogue, du sexe libre, de la boisson et le reste. Le pot, le “hash” et quelques produits chimiques de temps en temps, j’ai connu tout ça. J’ai arrêté d’aller à la messe à l’âge de 14 ans. Et de l’âge de 14 à 24 ans, je n’ai jamais mis les pieds dans une église. Je me souviens, à l’âge de 18 ans, d’avoir dit à ma mère : “tu t’es fait avoir. Dieu n’existe pas”. Elle m’a répondu qu’elle ne pouvait plus rien faire et qu’elle continuerait à prier pour moi. Je lui ai répliqué : “c’est ça, prie. Ça ne te fera pas tort”. Cinq ans plus tard, à mes 23 ans, ma mère m’a offert une bible. Mon frère et moi en avons bien ri. J’ai laissé cette bible sur mon bureau en me disant : “toi, je ne te toucherai jamais. Je sais ce qu’il y a là-dedans et je serais obligé de changer mon style de vie. Et je l’aime, mon style de vie. Je ne toucherai pas à cette bible”. Elle est restée sur mon bureau, et je ne l’ai pas touchée pendant un an ».

Mais la maladie de son père allait tout changer. Hospitalisé à l’âge de 55 ans souffrant d’une grave maladie du cœur, les médecins lui avaient annoncé qu’il avait 50 % de chances de mourir sur la table d’opération.

« J’avais tellement peur de perdre mon père, se souvient Guy Desrochers. J’étais tellement attaché à lui. J’allais le visiter tous les soirs après mon travail au Droit. Je m’inquiétais. Et lorsqu’il est tombé malade, j’ai commencé à me poser des questions sur le sens de la vie. À quoi ça sert ? On étudie pendant tant d’années, on travaille pendant tant d’années, et après on s’en va dans un trou noir pour l’éternité. Ça ne faisait pas de sens. »

Puis l’appel de Dieu est venu…

«Après trois semaines de visites à l’hôpital, j’étais devenu très anxieux. Puis un soir, alors que je me trouvais seul dans ma chambre, une petite voix dans mon cœur m’a dit : “lis ta bible et tu trouveras les réponses que tu cherches”. J’ai regardé ma bible et je me suis encore dit que je ne toucherais jamais à ça. La petite voix est revenue une deuxième fois quelques jours plus tard. “Lis ta bible et tu trouveras les réponses que tu cherches”. Encore une fois j’ai dit : jamais. Si ma vie est un péché, je veux rester dedans. Puis la voix est revenue une troisième fois. Et cette fois-là, j’ai cédé. J’ai dit : “D’accord, je vais changer Seigneur. Mais ne te presse pas, je ne veux pas changer trop vite”. (Rires). Puis j’ai commencé à lire ma bible. Chaque soir, pendant 45 minutes. Et au bout de deux semaines, je commençais à avoir le feu dans mon cœur. Je commençais à trouver les réponses que je cherchais sur le sens de la vie.

“Mon père a été hospitalisé pendant un mois et demi, ajoute-t-il. Deux mois après son opération, il faisait du ski de fond dans le Mont-Bleu, derrière chez nous. Il a vécu en pleine santé jusqu’à l’âge de 86 ans.”

La conversion de Guy Desrochers a duré huit ans. Et à l’âge de 32 ans, celui qui avait renié l’église et juré qu’il ne toucherait jamais à sa bible a été ordonné prêtre. Il célébrera ses 30 années de prêtrise le 7 janvier prochain. “J’ai réalisé que le monde a peut-être besoin de prêtres, dit-il. Mais pas n’importe quelle sorte de prêtre. Des prêtres qui ont à cœur le désir d’aider. Des prêtres qui aiment les gens.”

Mgr Desrochers ne regrette rien de ses années “rock n’roll”. Bien au contraire. Il affirme que ce bagage fait de lui un meilleur prêtre, un meilleur confident, un meilleur ami.

“Cette expérience-là a fait que, comme prêtre, j’ai une grande compassion pour les gens ‘puckés’, pour ceux qui ont des problèmes de drogue, de boisson, de jeu et tout ça. Je m’identifie à eux et je les aide, je suis proche d’eux. Cette expérience-là a ouvert mon cœur bien gros et bien grand sur les gens.”