Denis Gratton
Le Droit
Denis Gratton
Il y a un peu plus d’une semaine, on apprenait qu’une soirée karaoké dans un bar de Québec a fait fausse note, alors que 58 personnes y ont contracté la COVID-19.
Il y a un peu plus d’une semaine, on apprenait qu’une soirée karaoké dans un bar de Québec a fait fausse note, alors que 58 personnes y ont contracté la COVID-19.

Les vacances du gros bon sens

CHRONIQUE / A-t-on vraiment besoin de lois ou de lignes directrices de nos gouvernements lorsque le gros bon sens le dicte?

La réponse est «oui». Malheureusement, oui. Parce que parfois, même le gros bon sens ne fait pas le poids contre la bêtise humaine.

Il y a un peu plus d’une semaine, on apprenait qu’une soirée karaoké dans un bar de Québec a fait fausse note, alors que 58 personnes y ont contracté la COVID-19.

Cette nouvelle m’a surpris, mais elle m’a surtout mis en colère. Comment peut-on organiser une soirée karaoké en pleine pandémie? Misère. Après six mois de confinement, de distanciation physique, de lavage intensif des mains, du port du masque obligatoire et de flèches sur les planchers pour nous indiquer comment suivre le troupeau, comment peut-on arriver à la conclusion qu’une soirée karaoké serait une bonne idée?

Ça défie toute logique. Ça défie le gros bon sens.

Des dizaines de gens sans masque qui se partagent le même micro. Des chanteurs et chanteuses «wannabe» qui poussent des postillons à pleins poumons dans un lieu fermé. Des rires, des cris, des «high five», des «tchin tchin». «Vas-y ma Céline! Chante-nous la chanson du Titanic!»

Un véritable et copieux buffet pour la COVID-19. «Entrez, cher coronavirus, et servez-vous à volonté, il y en a pour tous les goûts.»

On oserait penser que les propriétaires de bars ont eu leur leçon et que les machines à karaoké seront rangées jusqu’à ce que cette pandémie soit loin derrière nous. Après 58 cas dans un même endroit en une même soirée, le gros bon sens le demanderait.

Mais non. Le gros bon sens ne fait pas la loi.

Dans une entrevue accordée à La Presse, le président-directeur général de la Corporation des propriétaires de bars, brasseries et tavernes du Québec, Renaud Poulin, a indiqué que les bars de karaoké ont comme objectif de poursuivre leurs activités… mais en sécurité. On indique dans ce texte que certains propriétaires de bar ont déjà mis en place des mesures telles des plexiglas entre les tables, les chanteurs dos au public et l’utilisation unique de matériel.

«Il y a des bars qui ne vivent que de ça (le karaoké)!, a lancé M. Poulin. On a fait parvenir des suggestions jeudi à la santé publique, on a demandé ce qu’on pouvait faire de plus. […] [Le karaoké] est une activité différente et plus à risque, elle nécessite des mesures plus sérieuses. On ne savait pas qu’en chantant, ça pouvait pousser plus loin des gouttelettes. On n’était pas au courant, là on le sait et on va agir en conséquence», a-t-il ajouté à La Presse.

M. Poulin se dit impatient de recevoir la réponse de santé publique. Et si celle-ci propose d’autres mesures, il fera en sorte qu’elles seront ajoutées à celles déjà soulevées.

Donc au diable le gros bon sens et attendons que les autorités publiques tranchent.

M. Poulin se demande ce que les bars pourraient faire de plus. C’est pourtant bien simple. On interdit le karaoké jusqu’à nouvel ordre. Point à la ligne. On débranche la machine et, d’ici à ce que la pandémie soit passée, chantez dans votre douche.

Je comprends que certains débits de boisson en province comptent sur ces soirées chantantes pour subsister. Je ne souhaite de malheur à personne. Je ne souhaite pas de fermeture de bars ou de tout autre commerce ou entreprise. De nombreuses familles sont touchées par ces fermetures, je comprends ça.

Mais 58 cas en une même soirée, les vrais artistes qui se produisent dans des drive-in et le fait que le gouvernement impose le port du masque dans les lieux fermés ne sont-ils pas trois bons indices de la dangerosité de ces soirées karaoké?

Et comment une personne peut-elle faire ses épiceries le matin en portant le masque afin de ne pas risquer de contaminer d’autres clients d’un commerce à grande surface, puis laisser tomber son masque en soirée pour aller chanter à tue-tête dans un petit bar de quartier? Où se trouve le gros bon sens dans tout ça? Ne le cherchez pas. Il n’est pas là.

Attendons plutôt de voir ce que santé publique en pense. Attendons de nous faire dicter la façon de nous comporter. Attendons d’en être obligés.

Et si nous ne sommes pas d’accord, on pourra toujours blâmer le maudit gouvernement.

Les nouveaux voisins

En terminant, à classer dans la catégorie: «quand la main gauche ne sait pas ce que fait la main droite»…

La Ville d’Ottawa compte aller de l’avant avec la construction d’un mégacentre de refuge pour itinérants de l’Armée du Salut sur le chemin de Montréal, dans le secteur Vanier.

Dans un tout autre ordre d’idées, le gouvernement de l’Ontario émet des permis pour l’exploitation de commerces de cannabis en province. Et les municipalités n’ont pas un mot à dire sur les endroits où ces boutiques peuvent ouvrir leurs portes. De là la raison pour laquelle on pourrait bientôt compter jusqu’à sept magasins de cannabis dans le marché By, à Ottawa.

Une autre «boutique de pot» ouvrira bientôt ses portes dans la capitale. Pas dans le marché cette fois, mais bien dans le secteur Vanier.

Et où croyez-vous que cette boutique se trouvera? C’est en plein ça. Sur le chemin de Montréal, voisine du futur centre de refuge pour itinérants et centre de traitements pour toxicomanes. Tout près de là. À 30 secondes de marche.

Misère… Quand revient-il de vacances, le gros bon sens?