Gérald Savoie, Michelle de Courville Nicol, Gisèle Lalonde, Michel Gratton et Ronald Caza étaient présents lors du dévoilement officiel de la murale S.O.S. Montfort, en juin 2009.

Les souvenirs qui s’effacent

CHRONIQUE / On voulait amasser 80 000 $. On a donc lancé une campagne de sociofinancement. Puis, finalement, neuf personnes ont donné et on a récolté la somme totale de… 510 $. Quelqu’un a dit: manque à gagner ?

Je vous parle des murales du secteur Vanier. De deux d’entre elles plus précisément. Parce qu’on compte 38 de ces fresques urbaines dans ma ville natale. Peintes entre les années 1998 et 2010, certaines de ces murales racontent à leur façon une page d’histoire de cette ancienne municipalité francophone, tandis que d’autres illustrent la lutte incessante de la communauté franco-ontarienne, ainsi que la solidarité et la résilience dont celle-ci a fait preuve au fil des décennies.

Elles sont belles, ces murales. Elles sont uniques. Elles sont à nous. Et elles nous rappellent notre histoire, notre « village », nos victoires et nos ancêtres.

Il y a une quinzaine de mois, deux de ces fresques qui se trouvaient à l’angle de la promenade Vanier et du chemin McArthur ont été retirées et entreposées jusqu’à ce qu’elles soient restaurées. Les intempéries et le temps avaient fait leur oeuvre sur ces deux murales et elles avaient grandement besoin d’une cure de rajeunissement. De là la campagne de sociofinancement lancée par le Muséoparc de Vanier dans le but d’amasser les 80 000 $ nécessaires pour leur restauration et leur réinstallation.

Mais comme je disais en entrée en matière, cette campagne de financement a malheureusement échoué – disons les vraies choses – et seulement 510 $ ont été amassés.

C’est bien dommage. L’une de ces deux oeuvres porte le titre Quartier Vanier. L’autre se nomme S.O.S. Montfort et on peut y voir à l’avant-plan les principaux acteurs de cette lutte et de cette victoire historiques: Gisèle Lalonde, Michelle de Courville Nicol, Gérald Savoie, Ronald Caza et Michel Gratton.

Vous comprendrez que j’ai un « léger » parti pris en ce qui concerne cette dernière murale. Ma tante (Mme Lalonde) et mon frère Michel y apparaissent. Et j’avoue que j’avais un petit pincement au coeur chaque fois que je passais devant cette fresque en regardant l’image de mon frère, lui qui nous a quittés beaucoup trop tôt en janvier 2011.

Donc d’apprendre que ces deux murales pourraient rester en entrepôt indéfiniment, faute d’argent, vient me chatouiller le coeur et l’âme.

Je sais que c’est beaucoup d’argent, 80 000 $. Énormément d’argent. Et je comprends très bien qu’on choisisse de donner pour d’autres causes et pour d’autre oeuvres avant celle-ci. Entre une enfant qui a faim et une murale défraîchie, on choisit d’aider l’enfant. Moi le premier.

Alors on fait quoi ? On oublie ces murales et on passe à autre chose en sachant que les 36 autres fresques de Vanier subiront éventuellement et inévitablement le même sort ? On laisse ces murales se détériorer et s’effacer à petit feu jusqu’à ce qu’elles se fondent au décor démoralisant de certains coins de Vanier ? On oublie notre passé, nos victoires et nos ancêtres ?

Michelle de Courville Nicol, qui était présidente du conseil d’administration de l’Hôpital Montfort durant la lutte pour sauver cette institution franco-ontarienne d’une fermeture annoncée, a proposé une idée plutôt intéressante en suggérant un partenariat avec des conseils scolaires francophones de la grande région d’Ottawa.

« Ça peut être utilisé comme matériel éducatif, a-t-elle déclaré au Droit, vendredi. Trop souvent, les générations qui nous suivent ne sont pas conscientes de leur propre histoire quoique les écoles maintenant font beaucoup d’efforts pour aider les jeunes à connaître leur histoire est développer leur identité. »

C’est vrai que les écoles, tant publiques que catholiques, font beaucoup d’efforts à ce niveau. Énormément d’efforts. Cela dit, les conseils scolaires ont-ils les fonds nécessaires pour répondre au S.O.S. du Muséoparc Vanier ? Ça reste à voir. Tout est une question de priorités.

Chose certaine – et j’emprunte les mots du directeur général du Muséoparc, Jean Malavoy – « les murales de Vanier représentent une richesse inestimable et unique en son genre ».

Mais une richesse qui pourrait disparaître avec le temps, emportant avec elle un peu de notre histoire, et un peu de nos plus beaux souvenirs de ce qu’était notre chez-nous nommer Vanier.

« Rêvant de la ville

Un village y voit souvent son avenir.

La ville avale le village

Et n’en garde aucun souvenir. »

—Gilles Vigneault