Dimanche dernier, 25 anciennes pensionnaires du couvent Notre-Dame-de-Lourdes des Filles de la Sagesse, à Vanier, se sont rassemblées à ce même couvent du chemin de Montréal, pour célébrer ensemble leur 60e anniversaire de graduation.

Les retrouvailles

CHRONIQUE / « Nos plus belles années de jeunesse, on les a passées enfermées, lance Geneviève Morris. Mais aujourd’hui, je reconnais que c’était nécessaire. J’étais tellement tannante ! », ajoute la septuagénaire dans un éclat de rire.

Geneviève Morris a passé quatre ans de sa vie au pensionnat pour adolescentes du couvent Notre-Dame-de-Lourdes des Filles de la Sagesse, à Vanier. De l’âge de 14 ans jusqu’à 18 ans — de 1954 à 1958 — sa vie s’est déroulée là, dans ce couvent. Elle rentrait à la maison à l’Action de grâce, à Noël, à Pâques et à l’été. Le reste de l’année, elle et ses 55 copines de classe vivaient parmi les religieuses, dans un environnement qu’on devine strict et austère, en tout temps sous le regard d’un Dieu tout puissant.

Elles venaient d’un peu partout et pour toutes sortes de raisons. Une poignée d’entre elles étaient confiées à ce pensionnat parce qu’elles étaient un peu trop comme leur amie Geneviève : tannantes à la maison. Certaines venues du Québec y étaient parce que leurs parents souhaitaient qu’elles apprennent l’anglais dans cette école dirigée en français par les Filles de la Sagesse, mais où les cours de sciences se donnaient dans la langue de Shakespeare.

D’autres provenaient de « grosses familles canadiennes-françaises » de Vanier, de l’Est ontarien et de l’Outaouais. À une époque où il n’y avait tout simplement pas d’école secondaire de langue française dans leur région. Et quelques-unes d’entre elles avaient perdu leur mère et s’étaient retrouvées pensionnaires de ce couvent, laissées entre les mains des religieuses par leur père.

Mais ces 56 jeunes filles étaient surtout là pour obtenir une éducation. Un secondaire. Elles n’y étaient pas pour grossir les rangs de cette congrégation. Leurs quatre années passées « enfermées » parmi les Filles de la Sagesse allaient plutôt faire de ces futures mères de famille des infirmières, des enseignantes, des professionnelles.

Les religieuses allaient leur donner une meilleure vie.

Soixante ans plus tard
En juin 1958, 56 pensionnaires ont obtenu leur diplôme après quatre années d’enseignement à ce couvent des Filles de la Sagesse.

Dimanche dernier, 25 d’entre elles se sont rassemblées à ce même couvent du chemin de Montréal, pour célébrer ensemble leur 60e anniversaire de graduation.

Toutes aujourd’hui âgées de 75 ans et plus, elles se sont retrouvées le temps d’un souper, d’une soirée, d’une visite de leur ancien pensionnat. Le temps d’un retour dans leur enfance.

« Nous étions 56 en 1958 et nous sommes 25 ici aujourd’hui, raconte Diane Vaillancourt, la porte-parole du comité qui a organisé ces retrouvailles après six décennies. Dix de ces 56 diplômées sont aujourd’hui décédées, ajoute-t-elle. Six autres provenaient de pays étrangers et nous n’avons pas pu les retracer. Mais que nous soyons 25 à se rassembler après 60 ans est assez extraordinaire. »

Ces dames n’en étaient pas à leurs premières retrouvailles. Certaines d’entre elles ont fêté ensemble leur 25e anniversaire de graduation, puis leur 35e, et leur 50e au Manoir Saint-Sauveur, il y a 10 ans.

« Mais pour le 60e anniversaire, reprend Mme Vaillancourt, nous avons décidé d’organiser les retrouvailles ici, au couvent Notre-Dame-de-Lourdes, là où notre amitié est née et a grandi. C’était la première fois qu’on revoyait et revisitait les lieux. Nous n’étions pas aussi nombreuses aux retrouvailles précédentes. Mais puisque c’était au convent cette fois-ci, 25 ont tenu à y être. C’est spécial. Certaines d’entre elles n’avaient pas vu leurs collègues depuis 60 ans. Et plusieurs de ces dames habitent aujourd’hui très loin d’ici, mais elles tenaient vraiment à y être. »

Des dames comme Solange, de Saint-Jean-sur-Richelieu, Kathleen, de Saint-Sauveur, Lise, de L’Île-des-Sœurs, Monique, de Kapuskasing, Francine, de Toronto, Rachel, de la Colombie-Britannique… toutes présentes pour ce doux retour dans leur adolescence.

Mais comment Mme Vaillancourt et ses amies expliquent-elles cette amitié tissée tellement serrée entre elles ? Comment cette amitié a-t-elle pu réussir à survivre et même grandir après toutes ces années, voire ces décennies ? Qu’avait-elle de si extraordinaire, cette classe de 1958 ?

« Je ne sais trop, répond Mme Vaillancourt. C’est peut-être parce que nous avions un esprit de groupe extraordinaire. »

Lorsque j’ai demandé à ces 25 dames de répondre d’un signe de la main à la question : « Combien d’entre vous étiez heureuses d’être confiées ici, à ce pensionnat, en 1954 ? », à peine quatre ou cinq d’entre elles ont levé la main.

Mais à la question : « Combien d’entre vous êtes heureuses aujourd’hui d’avoir passé votre adolescence ici ? », vingt-cinq mains se sont levées.

Comme quoi les religieuses ne leur ont pas seulement offert une meilleure vie. Elles leur ont aussi légué une amitié infinie.