Carl Boisvert, responsable des communications à la Croix-Rouge.

Les lits de camp

CHRONIQUE / Quatre-vingt des quelque 100 lits de camp installés dans le gymnase du centre Père-Arthur-Guertin du secteur Hull étaient occupés dans la nuit de mercredi à jeudi.

La Croix-Rouge avait réussi à trouver des chambres d’hôtel et de motel pour les nombreux autres sinistrés qui sont sans logement depuis que la tornade de vendredi dernier a balayé leur chez-soi. Mais pour 80 sinistrés, c’était une autre nuit sans confort et sans intimité — une sixième — passée dans un lit trop petit, dans une pièce trop grande.

« Ce n’est pas la situation idéale, en convient Carl Boisvert, chargé aux communications pour la Croix-Rouge canadienne. Et en collaboration avec Tourisme Outaouais, nous trouvons de plus en plus de chambres (d’hôtels) et on souhaite que les gens puissent rester plus qu’une nuit dans ces chambres. Mais on comprend aussi la réalité des services hôteliers. C’est semaine de congrès dans la région, les chambres ont été réservées d’avance. »

Au printemps 2017, des inondations historiques à Gatineau ont chassé plusieurs personnes de leur demeure pendant des jours, des semaines, et même des mois dans certains cas. Mais jamais durant cette période la Croix-Rouge n’a eu besoin d’établir un centre d’hébergement pour sinistrés comme celui monté dans le Centre communautaire Père-Arthur-Guertin. La Croix-Rouge avait alors réussi à trouver des chambres pour tous les sinistrés sans famille ou amis pour les héberger.

« La différence, explique M. Boisvert, c’est que durant les inondations de 2017, l’eau montait graduellement. Certains, par exemple, installaient des pompes dans leur maison. Et lorsque la pompe ne suffisait plus et qu’ils devaient sortir de leur résidence, ils se tournaient alors vers la Croix-Rouge. Les gens arrivaient à petits flots, par petits groupes. Nous avions une certaine marge de manœuvre.

«Mais cette fois-ci, après le passage de la tornade, c’était d’un seul coup. En l’espace de quelques heures, ils étaient des centaines qui avaient besoin d’être hébergées pour la nuit. Il a donc fallu prioriser (dans la distribution de chambres d’hôtel). Les gens plus vulnérables d’abord. Les gens avec un problème de santé. Les mères avec des enfants. Et à ce niveau, nos bénévoles ont fait un travail remarquable», souligne M. Boisvert.

Le parrainage ?

Et si on élaborait un système de parrainage pour trouver une chambre à ces 80 sinistrés du Centre Père-Arthur-Guertin ?

Voici un extrait d’un courriel reçu mercredi :

«Je suis propriétaire d’un petit bungalow que j’habite seule près du secteur Mont-Bleu. J’ai une chambre d’ami meublée avec un lit confortable et des draps propres, et je suis capable d’héberger gratuitement une personne sinistrée pendant quelques nuits. Il me semble que ce serait plus confortable qu’un lit de camp, d’autant plus que la personne pourrait prendre une douche et faire une brassée de lavage. Je ne comprends pas pourquoi un répertoire de citoyens prêts à offrir un lit n’ait pas été mis en place. Je ne suis certainement pas la seule qui pourrait aider de cette façon.

— Geneviève.»

Vous avez raison, ma chère Geneviève. Vous n’êtes pas la seule à vouloir tendre la main de cette façon. Et votre courriel n’est pas le premier que je reçois à ce sujet. Je suis même convaincu qu’on réussirait à trouver 80 «parrains» à Gatineau en peu de temps.

Alors qu’attendons-nous ? J’ai posé la question à M. Boisvert.

«On veut éviter de mettre les gens vulnérables dans une situation problématique, a-t-il répondu. Si, par exemple, les gens (sinistrés) se font voler par ceux qui leur ont offert gratuitement l’hébergement ? Nous (la Croix-Rouge) sommes responsables de ces gens vulnérables. C’est nous qui les aurions placés là. Notre responsabilité est de protéger ces gens.

«Si les gens ont de la famille ou des amis qui veulent les héberger, c’est parfait. Le rétablissement se fait beaucoup plus facilement lorsqu’on est avec des gens qu’on connaît et avec qui on peut échanger. Sinon, le service hôtelier est offert. Et dans les derniers cas, les lits de camp ici (au centre pour sinistrés). Ce n’est pas la situation idéale, mais c’est mieux que rien.

«Le parrainage pourrait être une bonne idée dans des cas extrêmes. Mais pour le moment, ce n’est pas ce qui est envisageable. Ça demande une autre logistique (banque active de familles d’accueil, vérifications d’antécédents judiciaires). Et pour le moment, nous n’avons pas le temps ni les ressources pour le faire», d’ajouter le porte-parole de la Croix-Rouge.