François et Sylvie Alie sont bénévoles à l’Hôpital Montfort où travaille leur fille, Josée Shymanski.

Les inséparables de l’Hôpital Montfort

CHRONIQUE / «Quand vous en voyez un, vous voyez l’autre », de lancer Sylvie Alie en parlant d’elle et de son mari, François Alie.

Ils sont inséparables. Unis pour la vie. Et dans moins de trois mois, monsieur et madame Alie célébreront leur 60e anniversaire de mariage. « Et ça fait 56 ans qu’on habite la même maison de Beacon Hill, tout près de l’Hôpital Montfort, de dire Mme Alie. C’est là qu’on a élevé nos trois enfants ».

Mais lorsqu’on leur demande s’ils planifient une journée spéciale pour célébrer leurs soixante ans d’union, ils se regardent et, ensemble, ils haussent les épaules. Ce ne sera qu’une autre journée comme les autres, semblent-ils se dire. Une autre journée à s’aimer.

M. Alie, 85 ans, est retraité du Conseil national de recherches du Canada (CNRC) où il a œuvré à titre de technicien en électronique pendant 36 ans. Mme Alie, 81 ans, a pour sa part été enseignante à l’élémentaire pendant quelques années avant de faire carrière dans la fonction publique fédérale. Et depuis qu’ils sont retraités, ils voyagent. Beaucoup. « On a visité une trentaine de pays », de dire Mme Alie.

Et lorsqu’ils sont ici, à Ottawa, les deux tourtereaux sont bénévoles à l’Hôpital Montfort. Et ce depuis près d’une dizaine d’années.

Les Alie pourraient bien se la couler douce après leurs longues carrières professionnelles. Personne ne leur reprocherait de se reposer un peu. Mais c’est plus fort qu’eux, ils veulent aider et remercier la vie à leur façon.

« J’ai ce besoin en moi de rendre quelque chose à quelqu’un, explique Mme Alie. Nous nous comptons bien chanceux à notre âge d’être en bonne santé et d’être capable de faire quelque chose pour aider. Et ça vaut la peine. On en retire beaucoup, François et moi. Quand on passe un après-midi avec des gens qui sont dans le besoin, on a la satisfaction de se dire : ‘On a fait quelque chose pour eux’. »

« Faire du bénévolat me fait du bien, d’enchaîner M. Alie. Au CNRC, j’ai presque toujours travaillé seul, un peu à l’écart. Donc ça me fait du bien de voir des gens et, en même temps, ça me fait plaisir d’aider les gens. Certains en ont tellement besoin. Tu vois parfois des gens âgés qui arrivent seuls à l’hôpital, sans personne pour les aider. D’être là pour eux et de pouvoir les aider me fait du bien. »

Ce n’est pas d’hier que ce couple d’octogénaires aide les gens sans ne rien demander en retour. Mme Alie affirme même qu’elle a commencé à faire du bénévolat durant son adolescence, il y a… quelques années.

« Et j’ai tout fait, lance-t-elle. J’ai travaillé bénévolement avec le mouvement scouts et guides, avec les enfants, les aînés, les femmes victimes de violence conjugale, les femmes itinérantes, les Bergers de l’Espoir, la paroisse, la popote roulante. Et j’ai été secrétaire et trésorière pour la Fédération nationale des femmes canadiennes-françaises. Toute ma vie j’ai fait du bénévolat, tout en travaillant au gouvernement et en élevant mes trois enfants. C’est inné en moi parce que ma mère faisait du bénévolat avec huit enfants à la maison. Et elle nous emmenait souvent avec elle. C’est inculqué en moi. »

Et M. Alie dans tout ça ? « Moi, je la suis, répond-il dans un éclat de rire. Comme elle dit : quand t’en vois un, tu vois l’autre. Je suis chauffeur, je nettoie les salles de réception après un événement, j’aide à la fabrication et à la distribution des paniers de Noël. J’en fais le plus possible. Et nous venons ensemble ici à Montfort chaque semaine. »

Cet hôpital est un peu une affaire de famille pour les Alie puisque leur fille, Josée Shymanski, est gestionnaire en prévention des infections à cette institution franco-ontarienne. Et Mme Shymanski, 55 ans, aime bien côtoyer ses parents sur son lieu de travail.

« Je me sens privilégiée d’avoir cette relation et d’avoir régulièrement mes parents au travail, dit-elle. On se croise dans les corridors de temps en temps et c’est plaisant. Mais j’ai aussi leur perspective. Ils me donnent la perspective des bénévoles, certes, mais aussi des patients. Et ils ont parfois une perspective très différente de ce que nous, les professionnels, voyons. Donc ça m’aide beaucoup dans mon travail.

—Et avez-vous hérité de ce besoin d’aider ?, que je lui demande.

—J’ai définitivement hérité de ce besoin de faire quelque chose qui fait une différence dans la communauté et dans la vie des gens », répond-elle.

Un riche héritage, à bien y penser.