La nouvelle oeuvre d'art du centre-ville de Gatineau.

Les chaudrons de l’inclusion sociale

CHRONIQUE / Regardez la photo qui accompagne cette chronique, chers lecteurs. Regardez-la attentivement. Puis ? Que voyez-vous ?

« Je vois sept bornes-fontaines de différentes hauteurs, avec un chaudron placé sur chacune d’elles », répondront certains.

Incultes. Ne voyez-vous pas que c’est de l’art public ? Faut-il tout vous expliquer ?

(Soupir…)

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, s’y connaît, lui, en art public. Voici d’ailleurs ce qu’il a dit sur cette oeuvre qui sera installée en permanence devant la Maison du citoyen, sur la rue Laurier:

« Cette oeuvre rappellera des valeurs importantes pour la population gatinoise. Elle traduira en effet la reconnaissance de la diversité culturelle et de l’inclusion sociale ».

Avez-vous compris, là ? Ce ne sont pas de simples bornes-fontaines multicolores avec des marmites placées dessus. Cessez de regarder « au premier degré ». Ce sont des bornes-fontaines multicolores avec des marmites placées dessus… qui nous rappellent la reconnaissance de la diversité culturelle et de l’inclusion sociale. Comprenez-vous, là ? La voyez-vous, maintenant, l’inclusion sociale dans cette oeuvre ? Non ?

Misère… Il faut vraiment tout vous expliquer. Alors voici.

La Ville de Gatineau a tenu un concours d’art public en partenariat avec Loto-Québec. « Ce concours avait pour objectif de renforcer l’esprit festif du centre-ville et de véhiculer la notion du « vivre-ensemble », peut-on lire dans un communiqué de presse émis par la Ville.

Et c’est cette oeuvre — les sept bornes-fontaines avec des casseroles dessus — qui a été choisie pour le centre-ville de Gatineau. L’oeuvre se nomme Humanitude et elle est de l’artiste gatinois Serge Olivier Fokoua.

Regardons-la ensemble, chers lecteurs. Je vais vous l’expliquer en détail puisqu’il semble que certaines choses vous échappent lorsqu’il est question d’art.

D’abord, observez la disposition des bornes-fon… pardon, des éléments. Avez-vous remarqué qu’ils sont disposés en portrait de famille, avec les plus grands à l’arrière et les plus petits à l’avant? C’est voulu. Et ils sont disposés ainsi pour « susciter l’imaginaire et appeler aux liens universels », explique-t-on.

Certains diront: « Mais si on se trouve derrière cette oeuvre, c’est-à-dire devant les portes de la Maison du citoyen, ça n’a plus l’air d’un portrait de famille pantoute. Les grands sont rendus en avant ». Et ceux qui disent ça peuvent passer à la prochaine page de ce journal puisqu’il n’y a plus rien à faire avec vous.

Retournons à Humanitude. Pourquoi l’artiste a-t-il choisi des bornes d’incendie? Parce que celles-ci symbolisent la protection, nous répond-on à la Ville. (« C’est drôle, mais moi je vois autre chose », dirait mon chien.)

Les marmites, maintenant. Pourquoi des marmites dans cette oeuvre ?

Les mauvaises langues diront que c’est parce que c’est à l’hôtel de ville que se réunissent les chaudrons. Mais la réponse de la Ville est celle-ci: « parce que (la marmite) est un objet universel qui symbolise l’hospitalité ».

Oui, bien sûr. Qui dit marmite dit hospitalité. C’est connu. Et c’est vrai que les étudiants qui fessaient dessus à grands coups de cuillère durant le « printemps érable » rendaient les rues de Montréal très accueillantes et chaleureuses… L’hospitalière marmite sautait chaque soir.

Mais bon, je m’éloigne. Je reviens à Humanitude. Dans le communiqué de presse de la Ville, on conclut que cette « oeuvre célèbre l’amour, le partage et la fraternité ». Mais on n’avait pas à ajouter cette phrase. Parce que l’amour, le partage et la fraternité sautent aux yeux lorsqu’on observe cette oeuvre, n’est-ce pas ?

Et si ça ne vous saute pas aux yeux, voici autre chose qui vous fera sauter: Humanitude a coûté 40 000 $ (somme remise à l’artiste Fokoua par Loto-Québec).

C’est maintenant à vous, chers lecteurs, de vous rendre à la Maison du citoyen pour l’admirer. Mais sachez qu’il est strictement interdit de lancer des boules vers cette oeuvre dans le but de faire tomber les bornes. Ce n’est pas un jeu de quilles public, c’est un symbole d’amour, de partage et de fraternité.

Et prières de ne pas y attacher votre vélo.

Le vrai « rack à bicycles » se trouve un peu plus loin.