L'hôtel de ville d’Ottawa

Le «water bill» d’Ottawa

CHRONIQUE / La question était pourtant simple. La réponse me semblait l’être tout autant. Mais il aura fallu près de deux jours avant d’obtenir une réponse de la part du service des relations avec les médias de la Ville d’Ottawa.

La question a été posée par courriel mardi à 10 h 05. Le service des relations avec les médias de la Ville a transmis un avis de réception quatre minutes plus tard. Mais il n’a répondu à cette simple question que mercredi, à 16 h 57. Soit presque 31 heures plus tard !

Quelle était cette question, demandez-vous ? Je vous explique.

Selon une nouvelle politique de la Ville d’Ottawa, les contribuables devront, à compter de janvier 2018, indiquer à la Ville dans quelle langue officielle ils désirent recevoir leur facture pour les services d’approvisionnement en eau. Ces factures sont actuellement émises dans les deux langues officielles. 

Mais la Ville a décidé, pour des raisons qui m’échappent, de changer cette façon de faire qui me semblait pourtant juste et équitable pour tous, francophones et anglophones.

Voici ce qu’on peut lire sur le site web de la Ville :

« À compter de janvier, les résidents d’Ottawa recevront leur facture pour ce service dans la langue officielle de leur choix. Veuillez accéder au site monservice.ottawa.ca ou appeler le Service des recettes au 613-580-2444 afin de choisir la langue officielle que vous préférez ».

Or, ma question était celle-ci :

« Un résident qui ne s’inscrit pas sur ce site ou qui n’appelle pas pour signaler la langue de son choix recevra-t-il sa facture en anglais ou en français ? »

Cette question était pertinente, à mon avis, car ce n’est pas tout le monde qui prendra le temps d’aller s’inscrire ou d’appeler pour indiquer la langue de son choix. 

Plusieurs ignoreront ou oublieront cet avis de la Ville et s’attendront à recevoir, comme à l’habitude, une facture bilingue. Et certains Francos pourraient être désagréablement surpris s’ils recevaient une facture rédigée uniquement en anglais, un « water bill » plutôt qu’une « facture d’eau ».

J’ai donc posé la question. Et le service des relations avec les médias de la Ville d’Ottawa m’a répondu 31 heures plus tard. Et croyez-moi, à la vitesse où l’information circule en cette ère technologique, 31 heures est une éternité.

Mais bon. La réponse de la Ville d’Ottawa est finalement venue, c’est déjà ça. Et la voici :

« La Ville utilisera les données concernant le soutien au conseil scolaire du résident pour tenter de s’assurer que la facture qui lui est envoyée est rédigée dans la langue appropriée si ce dernier n’a pas communiqué avec la Ville ».

Donc si vous soutenez un conseil scolaire de langue française, vous recevrez une facture en français. Vous soutenez un conseil anglophone, la facture sera en anglais. (Tout était pourtant si simple avec les « factures d’eau » bilingues...). 

Et cette nouvelle façon de faire de la Ville me fait sourire. Malicieusement sourire, dois-je avouer. Parce que je sais qu’il y a des centaines et des centaines de couples anglophones qui choisissent d’inscrire leurs enfants dans des écoles de langue française en espérant que leurs rejetons grandiront bilingues. Et si on tient pour acquis que ces parents soutiennent financièrement le conseil scolaire qui éduque leurs enfants, ceci veut donc dire que ces parents anglophones qui ne se seront pas inscrits auprès de la Ville pour signaler la langue de leur choix recevront leur facture d’eau... en français ! C’est le comble ! C’est le monde à l’envers !

Et, évidemment, un francophone qui ne s’est pas inscrit auprès de la Ville et qui, pour des raisons qui lui appartiennent, choisit de soutenir un conseil scolaire anglophone recevra sa facture en anglais.

Imaginez maintenant si la Ville de Gatineau appliquait la même politique sur son territoire, là où un paquet de francophones soutiennent le conseil scolaire de langue anglaise afin d’épargner des sous. 

Tous ces Québécois seraient facturés par la Ville de Gatineau en anglais !

Jean-Paul Perreault en ferait sûrement une syncope.