Denis Gratton
Cette merveilleuse et gigantesque horloge qui se trouve à l’entrée de la bibliothèque de l’hôtel de ville de Gatineau a cessé de donner l’heure juste aux passants depuis trop longtemps. Et Jacques Labelle veut y voir.
Cette merveilleuse et gigantesque horloge qui se trouve à l’entrée de la bibliothèque de l’hôtel de ville de Gatineau a cessé de donner l’heure juste aux passants depuis trop longtemps. Et Jacques Labelle veut y voir.

Le temps de remettre les pendules à l’heure [VIDÉO]

CHRONIQUE / Tic, tac, tic, tac… On entend plus le tictac de l’horloge de la Maison du citoyen depuis des années.

Cette merveilleuse et gigantesque horloge qui se trouve à l’entrée de la bibliothèque de l’hôtel de ville de Gatineau a cessé de donner l’heure juste aux passants depuis trop longtemps. Et Jacques Labelle veut y voir. Sa patience, à l’instar de la durée de vie de cette horloge unique au monde, pointe minuit moins une minute.

Ce Hullois bien connu, ancien champion cycliste, horloger et maître luthier, affirme même qu’il peut remettre cette horloge hydraulique en fonction en moins de 30 minutes.

Il en sait quelque chose. C’est lui qui l’a construite.

En fait, M. Labelle, 86 ans, est le concepteur de cette œuvre d’art. Sa construction a été réalisée par lui et 11 autres artisans de l’Atelier de sculpture sur bois de Hull, un groupe de retraités que j’ai amicalement surnommés « les gosseux de bois » dans une chronique publiée le printemps dernier.

« Le design de cette horloge a été réalisé par un Américain du nom de Wayne Wesphale, a raconté M. Labelle. Mais moi, je l’ai agrandi de cinq fois et j’ai remplacé le système de poids par une roue d’eau. L’horloge mesure huit pieds de hauteur, elle pèse près de 600 livres et elle est fabriquée en chêne rouge. Et nous, les douze retraités «gosseux» de l’Atelier, l’avons réalisée en 10 semaines, à l’été 1996.

«Je retourne régulièrement à la Maison du citoyen pour m’assurer qu’elle reste en bon état, ajoute l’octogénaire. Dans le passé, on a volé la pompe et un poisson décoratif qui se trouvaient sur la roue d’eau. Puis des enfants qui venaient à la bibliothèque ont accidentellement brisé un morceau de bois nécessaire à son fonctionnement. J’ai remplacé les morceaux volés. J’ai réparé l’horloge. J’ai donné une garantie à vie pour la réparer. Mais là, à 86 ans, je suis pas mal le dernier des 12 artisans. Je suis le dernier des Mohicans, comme on dit, et une relève doit être trouvée. Parce que cette horloge hydraulique fait partie du patrimoine gatinois, selon moi.»

Je vous expliquerais bien le mécanisme de cette œuvre faite de bois, chers lecteurs. Je pourrais vous parler des six roues d’engrenage de grandeurs variées, des pignons, des roues et de l’ancre d’échappement, de la pompe submersible, du disque horaire et le reste. Mais je vous résume tout ça avec cette question posée à M. Labelle :

«Si cette horloge était réparée et entretenue, donnerait-elle l’heure juste ?

— À la seconde près, Monsieur !».

Voilà.

L’œuvre de M. Labelle et de ses compères a d’abord été remise, à l’automne 1996, à l’Écomusée de Hull qui était situé dans le Château d’eau de la rue Montcalm. Ce musée a fermé ses portes en 2004 et l’endroit a été converti en micro-brasserie, le populaire restaurant et bar Les Brasseurs du Temps.

À la fermeture de l’Écomusée, il y a un peu plus de 15 ans, l’horloge hydraulique géante — dont la valeur est estimée à plus de 100 000 $, selon Jacques Labelle — a été déménagée par la Ville de Gatineau à la Maison du citoyen et elle trône devant la bibliothèque de l’endroit depuis. Mais le temps s’est arrêté pour cette horloge il y a quelques années.

«Avec la permission de la Ville, dit M. Labelle, les retraités de l’Atelier de sculpture sur bois pourraient s’en occuper. Ils seraient prêts à le faire bénévolement. (Ce qu’a confirmé le président des «gosseux» de bois de Hull, Carol Joanisse). Et ma jeune amie Chantal Gingras, à qui j’ai enseigné la fabrication d’horloges, viendrait aussi régulièrement à la Maison du citoyen et s’assurerait du bon fonctionnement de notre horloge.»

«Je serais la garantie prolongée», lance cette dernière qui est fonctionnaire fédérale de profession et horlogère en herbe.

«J’aimerais bien léguer notre horloge aux générations futures, reprend son concepteur. Comme je disais, elle fait partie du patrimoine de Hull et de Gatineau et elle ferait un bel attrait touristique. Et j’aimerais qu’elle fonctionne à tout jamais en souvenir de 12 bâtisseurs d’ici.»