On trouve de tout au dépanneur Smokwana. Du lait, des tablettes de chocolat et tout ce qu’il faut pour fumer du pot.

Le Roi de la patate

CHRONIQUE / L’endroit s’appelait « Le Roi de la patate ». Moi, je l’appelais ma salle de classe.

C’était un petit casse-croûte situé de l’autre côté de la rue de mon école secondaire, l’école André-Laurendeau, à Vanier. Oui, de la malbouffe en face d’une école. C’était les années 1970, une autre époque, on ne savait mieux.

Les jeunes se réunissaient au Roi de la patate le midi pour une frite, un roteux, un p’tit Coke et une toune de Supertramp dans le juke-box.

Puis, il y avait cette pièce à l’arrière du Roi de la patate où se trouvaient des machines à boule, ou des pinballs comme on disait à Vanier. Et je m’étais découvert deux talents à l’époque : sécher des cours et jouer au pinball. Certains jours, je passais plus de temps à piocher sur une machine à boule que sur mes travaux scolaires. En fait, j’étais le Roi du pinball, et le Roi de la patate était mon royaume. J’étais le roi du roi, quoi.

Je ne m’en vante pas, remarquez bien. Je serais peut-être chimiste, mathématicien ou biologiste aujourd’hui si j’avais assisté à mes cours de sciences plutôt que de les sécher. Mais j’étais tête heureuse. Et je préférais défier la machine à boule que de disséquer une grenouille dans ma classe de biologie.

J’ai grandi. J’ai vieilli. J’ai quitté André-Laurendeau. Je n’ai jamais disséqué un crapaud et, à ce jour, je pense toujours que le théorème de Pythagore est un épisode de Tintin. Mais j’ai trouvé ma voie. Malgré toutes ces heures perdues et gaspillées au Roi de la patate.

Ce casse-croûte de la rue Olmstead n’est plus depuis de nombreuses années. L’école secondaire André-Laurendeau non plus.

Aujourd’hui, elle se nomme l’école élémentaire catholique Horizon-Jeunesse. Une école de bouts de chou. Une chance que le Roi de la patate n’existe plus. On crierait au scandale si une école élémentaire avait un casse-croûte de malbouffe comme voisin immédiat.

Le bâtiment qui abritait le Roi de la patate a été converti en dépanneur, il y a quelques mois. Le « Smokwana Convenience Store », l’appelle-t-on.

Ce commerce a récemment distribué des dépliants publicitaires aux portes du quartier. Et on apprend dans cette publicité qu’on peut se procurer une douzaine d’oeufs pour la modique somme de 1,99 $ à ce Smokwana Convenience Store. On peut aussi y acheter deux tablettes de chocolat pour moins de trois dollars, une livre de beurre pour 2,99 $, quatre litres de lait en sachets pour moins de cinq dollars et j’en passe. Des prix fort raisonnables.

Mais on vend d’autres produits et objets dans ce magasin situé de l’autre côté de la rue d’une école élémentaire catholique…

Des choses comme des pipes à eau, communément appelées des bongs. Des petits broyeurs pour le cannabis. Des balances électroniques. Et je ne parle pas des balances sur lesquelles on monte le matin pour se peser... Des « Smoke Buddy - puff discretly » (j’ignore c’est quoi mais ça ne sonne pas très catholique…). Bref, on y vend tout ce qu’il faut pour fumer du pot.

Et je me répète, ce commerce est situé en face d’une garderie préscolaire et d’une école fréquentée par des élèves de la maternelle à la sixième année.

Cherchez l’erreur.

On peut toutefois se consoler en se disant qu’au moins, on n’y vend plus de malbouffe…