Denis Gratton
La bonne de la famille Quesnel de St-André Avellin, Jeanne d'Arc Côté est disparue dans les années 1960. 
La bonne de la famille Quesnel de St-André Avellin, Jeanne d'Arc Côté est disparue dans les années 1960. 

Le mystère de la bonne de Saint-André-Avellin [PHOTOS]

CHRONIQUE / Jeanne-D’Arc Côté était la bonne d’une famille de cinq enfants du village de Saint-André-Avellin, dans la Petite-Nation. Elle a été bonne de 1937 ou 1938, jusque dans les années 1960.

Orpheline, elle avait été embauchée par la famille Quesnel qui était propriétaire du magasin général du village et qui habitait la maison voisine de ce commerce. Une immense maison de 27 pièces qui est aujourd’hui la propriété de l’auteur de bandes dessinées bien connu, Christian Quesnel (aucun lien de parenté avec cette famille du même nom).

Au cours des années 1960, Jeanne-D’Arc Côté a disparu. Dans le néant. Un jour, elle était la servante de la famille Quesnel. Le lendemain elle était partie, disparue, laissant pratiquement tout derrière elle. Et personne ne l’a jamais revue.

Qu’est devenue cette dame ? Où a-t-elle fini ses jours ? Où a-t-elle été inhumée ?

Jeanne-D’Arc Côté, la «bonne» des Quesnel qui a habité dans la maison de St-André-Avellin à partir des années 1930 jusqu'aux années 1960.

Le mystère persiste dans le village. Et 50 ans plus tard, on se demande toujours où est passée Jeanne-D’Arc Côté, la bonne de Saint-André-Avellin.

LES QUESNEL

Reculons un peu dans le temps.

Lionel Quesnel et son épouse, Hélène, sont amoureux fous. Ils réalisent leur rêve en 1932 en faisant construire une immense maison de 27 pièces, en plein coeur du village de Saint-André-Avellin, pour eux et leurs quatre enfants. Leur paradis.

Mais Hélène a aussi fait quatre fausses couches. À la naissance de son dernier – un accouchement difficile – le médecin la prévient: «Vous ne pouvez plus avoir d’enfant, Mme Quesnel. Votre vie serait en danger.»

Mais l’amour étant ce qu’il est – ou était-ce la pression du curé du village ? – Hélène vit une neuvième grossesse. Elle en décède dans son lit à la maison, au bout de son sang.

«Plusieurs personnes dans la famille m’ont raconté que Lionel aimait tellement sa Hélène qu’il lui écrivait des lettres d’amour après sa mort», dit le bédéiste Christian Quesnel qui a effectué des recherches exhaustives sur cette famille du même nom que le sien, et qui a fait l’acquisition de la «maison Quesnel» en 2005. Il raconte d’ailleurs l’histoire de cette maison patrimoniale dans son livre Coeurs d’argile, paru en 2011.

Le bédéiste Christian Quesnel

Lionel Quesnel s’est tout de même remarié après le départ de sa chère Hélène en épousant Claire Roy, une dame – orpheline elle aussi – de la région de Joliette. Mais il aurait alors dit à ses quatre enfants: «Je ne prends pas une femme, je vous donne une mère». Cela dit, il a tout de même eu un cinquième enfant – un fils – de cette femme qu’il n’aimait pas.

Lionel souffrait d’une maladie du coeur et une chirurgie était devenue inévitable. Mais il a refusé. Il préférait mourir et ainsi aller retrouver l’amour de sa vie dans «l’autre paradis». Il est décédé dans son lit à la maison en 1937, cinq ans après le départ d’Hélène.

L’année suivante, son père Adélard Quesnel (ancien maire de Saint-André-Avellin) rendait l’âme à son tour. Puis le frère de Lionel, le père Paul Quesnel, décédait lui aussi en 1938.

Claire Roy – renommée Mme Lionel Quesnel – se retrouvait donc avec cinq enfants, dont quatre qui n’étaient pas les siens. Et ceux-ci devenaient orphelins, sans famille immédiate dans le village et «enfants d’une étrangère».

«Claire ne s’est jamais remariée, raconte Christian Quesnel. Elle vivait avec les cinq enfants dans l’immense maison tout en s’occupant du magasin général. On dit qu’elle avait tout un caractère. Tous les gens qui m’ont parlé d’elle m’ont dit qu’elle était très sévère et qu’elle tenait les enfants serrés. Elle n’était pas violente. On n’est pas dans Aurore l’enfant martyre. Mais psychologiquement, elle était quelque chose. Si mauvais caractère avait-elle qu’elle n’a même pas eu de funérailles. Elle est morte et elle a été oubliée. Ce n’est qu’en 2007 qu’on a trouvé ses cendres dans un salon funéraire.»

JEANNE D’ARC CÔTÉ

Peu de temps après le décès de son époux Lionel, Claire Roy a embauché une bonne du nom de Jeanne-D’Arc Côté. «André Quesnel, le plus jeune des fils de Lionel et d’Hélène, m’a déjà raconté que Jeanne-D’Arc était orpheline elle aussi, possiblement de Plessisville, dans le Centre-du-Québec, raconte Christian Quesnel. Jeanne-D’Arc était un peu simple d’esprit. Elle n’avait pas un quotient intellectuel très élevé. Et on raconte qu’elle se plaignait beaucoup de ses problèmes de santé et de sa solitude. Elle écrivait souvent à un prêtre de la région pour se plaindre et se confier. Et elle ne préparait pas les repas. Elle s’occupait uniquement du ménage et des cinq enfants. Ce qu’elle faisait très bien, dit-on.»

Jeanne-D’Arc Côté

Jeanne-D’Arc Côté a été au service de la famille Quesnel pendant une trentaine d’années, peut-être un peu moins.

Puis elle est disparue dans les années 1960. Les enfants Quesnel ne savent trop ce qu’elle est devenue, ni où elle est déménagée à l’époque. Et dans Saint-André-Avellin, les plus vieux du village n’ont que de vagues souvenirs d’elle, pas plus.

Qu’elle ait quitté n’est pas un mystère en soi. Les enfants Quesnel avaient vieilli. Sa patronne avait un caractère de chien. Jeanne-D’Arc aurait peut-être simplement décidé de rentrer chez elle. Mais elle n’avait pas vraiment de chez-elle, orpheline qu’elle était.

«Certains pensent que Jeanne-D’Arc s’est mariée et qu’elle est déménagée dans le nord, rapporte Christian Quesnel. Mais le nord, c’est vaste. Parle-t-on de Saint-Jovite ? De la Côte-Nord ? Du nord de l’Ontario ? Personne ne le sait. Et j’ai une amie, Brigitte Pageau, qui effectue des recherches dans les registres et les listes électorales de l’époque, mais elle ne trouve rien.

«Jeanne-D’Arc Côté n’était pas riche, elle n’avait pas d’argent, ajoute-t-il. Et où aurait-elle rencontré un gars du nord dans le petit village de Saint-André-Avellin ? Puis si Jeanne-D’Arc s’était mariée et qu’elle avait quitté pour le nord, pourquoi avait-elle laissé tous ses objets personnels derrière elle ?».

QUITTER SANS SES VALISES ?

Christian Quesnel a fouillé les recoins de la maison des Quesnel, sa maison. Et ce qu’il a trouvé le laisse perplexe au plus haut point.

Les objets personnels de la bonne Jeanne-D’Arc Côté remplissent des boîtes… et des valises.

«Il y a une valise gravée de ses initiales qui contient un espèce de kit pour coucher, dit Christian Quesnel. Un oreiller, des draps, des couvertures. Elle est partie sans ça. Puis une autre valise à son nom contient un ensemble de mariage, de jeune mariée, ce qu’une femme apporterait pour sa nuit de noces. Ça aussi c’est resté derrière.»

Puis il y a d’autres objets de Jeanne-D’Arc Côté qui se trouvent toujours dans des boîtes de la maison Quesnel, plus de 50 ans après sa disparition.

Des photos de sa jeunesse, des objets souvenirs, une cape en fourrure (qu’elle porte sur une photo), des médicaments, des ordonnances telles des pilules, un «Tonique pour les nerfs» et un produit «pour contrer l’odeur fétide des pieds», des objets religieux, des vêtements, des souliers, des chapeaux, des produits de beauté, de la correspondance… et des valises.

«Il me semble qu’on apporte tout ça avec nous lorsqu’on déménage, non ?», lance Christian Quesnel. J’ai écrit l’histoire de cette maison et ce personnage de Jeanne-D’Arc Côté reste sans réponse. Elle est un mystère. Et je n’ai pas encore eu le courage de creuser dans mon caveau !», conclut-il en plaisantant.

Ou plaisantait-il… ?