Le marché By, au fil des 15 ou 20 dernières années, est devenu un lieu touristique incontournable avec ses innombrables restaurants et boutiques de toutes sortes.

Le marché By d’hier à aujourd’hui

Je travaille dans le marché By depuis plus de 25 ans, là où sont situés les bureaux du Droit.

Durant les années 1990, j’empruntais l’autobus pour me rendre au boulot. Je descendais au Centre Rideau et je traversais le marché à pied. J’adorais cette marche matinale. Les fruits et légumes en abondance, les fleurs multicolores, les maraîchers de l’Est ontarien qui se taquinaient entre eux en étalant les produits de leurs terres sur de longues tables placées dans leur stand. Et le maraîcher Giroux qui m’accueillait chaque matin en me lançant amicalement une pomme et en me criant: «bonne journée, le journaliste manqué !». La pomme valait la boutade.

Mais tout ça n’est plus. Jeudi dernier, à midi, la moitié des stands du marché By étaient vides. Complètement vides. Et ceux occupés vendaient principalement des fleurs. Je n’ai compté que deux stands où des légumes étaient offerts. Seulement deux kiosques de maraîchers à la mi-juin. Du jamais vu.

Mais que s’est-il passé ? Où sont-ils tous passés ?

Daniel Parisien, un maraîcher de Bourget, croit avoir la réponse à ces questions. La famille Parisien a vendu des légumes et des fleurs dans le marché By pendant 149 ans. De génération en génération, ils ont toujours occupé un kiosque (en fait, ils en occupaient huit) dans le marché By.

Mais l’an dernier, Daniel Parisien a tracé une croix sur le marché. Et il ne sera pas de retour cette année ni l’an prochain. « Il y a une vingtaine d’années, m’a-t-il expliqué l’an dernier, on vendait 75 % de nos plants dans le marché By, et 25 % étaient vendus en gros, dans des centres de jardin spécialisés. Mais au cours des dernières années, c’était le contraire. À peine 25 % de notre production était vendue dans le marché By. », d’ajouter l’agriculteur franco-ontarien.

Pourquoi cette chute dans les ventes ? À cause des revendeurs, croit M. Parisien.

Durant les années 1990 - et avant - la grande majorité des marchands étaient d’ici, de l’Est ontarien principalement. Et ils venaient vendre les produits de leurs fermes dans le marché. Le consommateur savait donc qu’il se procurait des produits frais et locaux.

Mais les revendeurs sont apparus et ils ont pris de plus en plus de place dans le marché. Ces gens qui achètent des produits chez un grossiste - des produits de l’extérieur de la région, souvent du Sud de l’Ontario - et qui viennent les revendre dans le marché.

Mais ce sont très souvent les mêmes produits qu’on retrouve dans les épiceries et les magasins à grande surface d’Ottawa et de Gatineau. Et puisque ces magasins à grande surface achètent en plus grande quantité que les « petits » revendeurs, ils peuvent offrir les produits à un prix moindre que celui des revendeurs.

Alors, pourquoi se rendre dans le marché By, là où le coût d’une place de stationnement est astronomique, pour se procurer des fruits et légumes, alors que l’épicerie au coin de la rue, avec son stationnement gratuit à perte de vue, vend exactement les mêmes produits, et ce, à moindre coût ?

Les gens ne sont pas dupes.

Le marché By, au fil des 15 ou 20 dernières années, est devenu un lieu touristique incontournable avec ses innombrables restaurants et boutiques de toutes sortes. Et c’est bien correct. Les touristes affluent. L’économie roule. Les gens s’amusent.

Mais les touristes ne vont pas dans le marché By pour se procurer une douzaine d’épis de blé d’Inde ou un plant de tomates. Ils y vont pour visiter les boutiques, casser la croûte, prendre un verre et s’amuser.

Et dans tout ça, les maraîchers du marché By sont devenus secondaires. Presque encombrants. Et le grand nostalgique en moi trouve ça bien triste.

Le journaliste manqué que je suis aimait bien écouter les plaisanteries et les taquineries des maraîchers d’ici. Et j’aimais aussi la pomme et la boutade que me lançait le fermier Giroux tous les matins.

Mais ce qui me manque le plus de ces honnêtes gens, c’est leur sourire.