La ministre des Affaires francophones de l’Ontario, Marie-France Lalonde

Le jeu de patience

CHRONIQUE / La ministre des Affaires francophones de l’Ontario, Marie-France Lalonde, « a demandé aux Franco-Ontariens de faire preuve de patience dans ce dossier. (...) Mme Lalonde n’a pas été en mesure de donner un échéancier à savoir quand le projet allait finalement voir le jour. Elle assure cependant que cela fait partie de ses priorités », pouvait-on lire dans un texte mis en ligne par TFO, mardi dernier.

J’ai éclaté de rire en lisant ces lignes. Car paraît-il que mieux vaut en rire qu’en pleurer...

De quel dossier s’agit-il ? Dans quel dossier doit-on faire preuve de patience, comme nous le demande la ministre Lalonde ?

On parle ici du système informatique du gouvernement ontarien — ceux des ministères des Transports et de la Santé, dans ce cas-ci — qui ne permet pas d’inclure des caractères français, comme les accents et les cédilles, sur les permis de conduire et les cartes Santé. Ainsi, un citoyen dénommé, par exemple, René Brûlé, devient Rene Brule aux yeux de la province.

Ce n’est pas la première fois qu’on discute de ce dossier. L’an dernier, dans une chronique publiée le 6 novembre, je vous ai parlé de Christian Prémont, un enseignant de l’école secondaire de langue française de London, dans le sud de l’Ontario, qui se bat depuis 13 ans — oui, 13 ans ! — pour que le ministère des Transports ajoute l’accent aigu dans son nom de famille qui apparaît sur son permis de conduire.

« C’est mon identité, m’avait-il expliqué. C’est une question de respect pour ma famille, pour mes ancêtres et pour mes enfants. »

Mais chaque fois que M. Prémont renouvelle son permis de conduire et sa carte Santé et qu’il exige l’ajout d’un accent aigu dans son nom, il se fait répondre que le système informatique ne permet pas d’inclure des caractères français. Et on lui donne la même réponse depuis maintenant 13 ans. Et sa plainte, déposée il y a plusieurs années au bureau du Commissaire aux services en français de l’Ontario, n’a rien donné non plus.

Mais ça ne s’arrête pas là. Une semaine après la publication de cette chronique, en novembre 2016, j’ai rédigé un deuxième papier sur le sujet avec le témoignage d’un résident d’Orléans du nom de François LeMay.

Celui-ci demande que la cédille soit ajoutée à son prénom qui apparaît sur sa carte Santé. Et il le demande depuis... 1990. Il y a 27 ans de ça...

M. LeMay a conservé une lettre que lui a fait parvenir le ministère de la Santé en 1990. En voici un extrait :

« Vous avez raison de croire que les majuscules devraient porter les accents autant que les minuscules. L’impeccabilité du français sur les cartes Santé est importante et le ministère de la Santé poursuivra ses efforts pour trouver une solution à ce problème. »

« Très complexe »

Bel effort. Vint-sept ans d’efforts, et toujours rien. Et voilà que la ministre Lalonde vient nous demander d’être patient dans ce dossier.

« Au sein du gouvernement, nous aimerions trouver la solution le plus rapidement possible, a-t-elle dit à TFO. Mais c’est vraiment une mise à jour d’un système informatique très complexe. »

Je veux bien le croire. C’est effectivement compliqué, l’informatique. C’est même du chinois en ce qui me concerne. Je suis nul, mais nul en informatique.

Mais si on me donnait 27 ans pour régler un problème avec un système informatique, je vous parie que j’y parviendrais !

Je me renseignerais, je consulterais, je suivrais des cours, je demanderais l’aide d’un ami ou d’un collègue qui s’y connaît et je suis sûr et certain que je le réglerais le problème, que je parviendrais à « mettre les accents là où il le faut », et que je respecterais l’échéancier de... 27 ans !

Qu’on cesse de rire de nous, bâtard !

Savez-vous, je pense que je préférerais parfois obtenir une réponse du gouvernement du genre : « Oubliez ça, les Francos, on s’en balance royalement de vos accents aigus et de vos cédilles », plutôt que d’obtenir des réponses bidons pour nous fermer le clapet.

On aurait au moins les points sur les « i » et les barres sur les « t ».