Les locataires souverainistes du Riviera pourront fièrement afficher leur drapeau québécois le 24 juin prochain.

Le drapeau sur le balcon

CHRONIQUE / «Le drapeau du Québec interdit ! » C’était le titre-choc qui coiffait un communiqué de presse mis en ligne la semaine dernière par le président du mouvement Impératif français, Jean-Paul Perreault. Et voici ce qu’on pouvait lire sous ce titre : « Dans (un) document officiel distribué à ses locataires, le Groupe CLV, gestionnaire des appartements Riviera du 60 rue Cormier à Gatineau, interdit à ses locataires de pavoiser leur balcon du drapeau du Québec, mais autorise celui du Canada ».

Eh bien… en voilà une façon de provoquer le peuple. Qu’est-ce qui a bien pu motiver le Groupe CLV à émettre un avis semblable ? Pourquoi le drapeau du Canada serait-il permis et non pas celui du Québec ? Et qu’a-t-on écrit au juste dans le document en question ?

Voici ce que le Groupe CLV a écrit à ses locataires du Riviera :

« Vous n’êtes pas autorisés à accrocher quoi que ce soit sur la rampe (du balcon) à l’exception du drapeau canadien. »

C’est clair. On n’y ajoute pas les mots « ou le drapeau québécois ». On s’arrête à l’unifolié. Jean-Paul a donc raison.

Heu… pas tout à fait. C’était une erreur, a-t-on clamé chez le Groupe CLV.

Cette entreprise est située à Ottawa et elle est gestionnaire de plusieurs immeubles à appartements des deux côtés de la rivière des Outaouais. Et le document reçu par les locataires du Riviera, du secteur Aylmer, était censé être distribué uniquement à des locataires du côté ontarien, a-t-on expliqué chez Groupe CLV.

Voici d’ailleurs un extrait de la réponse qu’a émis cette entreprise lorsque questionnée par certains médias de la région sur cette affaire de drapeau : « Nous présentons nos plus sincères excuses à nos résidents du Riviera, peut-on lire. C’était une erreur qui n’aurait pas dû se produire et nous regrettons d’avoir offensé qui que ce soit. Le bulletin distribué était destiné à l’une de nos propriétés en Ontario et a été envoyé par erreur à nos résidents (du Riviera).

«Nous regrettons d’avoir omis de faire les changements nécessaires à notre bulletin avant sa distribution et nous acceptons l’entière responsabilité pour ce manque de communication. Notre procédure a été corrigée afin d’éviter qu’une telle erreur ne se reproduise. Un bulletin révisé sera immédiatement distribué à nos résidents du Riviera avec une lettre d’excuse.»

Et c’est signé : Roseanne MacDonald-Holtman, Community Relations Manager.

Alors voilà. Tout est bien qui finit bien. Les locataires souverainistes du Riviera pourront fièrement afficher leur drapeau québécois le 24 juin prochain. Et les locataires fédéralistes pourront à leur tour accrocher leur drapeau canadien la semaine suivante, le 1er juillet.

C’était une erreur, Jean-Paul. Pas une provocation.

Mais cela dit…

J’ai posé une question additionnelle à Mme Macdonald-Holtman du Groupe CLV. Si j’habitais l’un de vos immeubles d’Ottawa, aurais-je le droit d’accrocher le drapeau franco-ontarien plutôt que le drapeau canadien ?

Remarquez que j’aurais pu choisir tout autre drapeau. J’aurais pu, par exemple, parler au nom de la communauté LGBT et lui demander si on a le droit d’accrocher le drapeau arc-en-ciel durant la semaine de la fierté gaie à Ottawa, à la fin août. Mais bon, j’ai choisi le drapeau franco. Et voici ce que Mme MacDonald-Holtman m’a répondu :

« Notre politique d’entreprise concernant l’utilisation des balcons exige de les tenir libres de tout objet, exception faite du drapeau que le résident peut afficher durant les fêtes provinciales et fédérales. »

Ah bon. Donc si je comprends bien, un Franco qui déciderait d’afficher sur son balcon son drapeau vert et blanc le 25 septembre – jour des Franco-Ontariens et des Franco-Ontariennes – n’aurait pas le droit puisque cette journée n’est pas une « fête provinciale ». C’est une journée reconnue par l’Assemblée législative de l’Ontario, mais pas une fête provinciale. Donc pas de drapeau sur le balcon.

Ça me semble compliqué d’habiter les immeubles du Groupe CLV. En fait. C’est à n’y rien comprendre. Plus de question de ma part, Mme MacDonald-Holtman.

Je hisse le drapeau blanc.