La petite Kayla.

Le cauchemar d’un père

CHRONIQUE / Elle s’appelait Kayla et elle avait six ans.

Lundi dernier, vers 16 h 15, elle est rentrée de l’école et elle a demandé à son père, Jonathan Filteau, si elle pouvait aller jouer dehors avec une amie. Quelques minutes plus tard, Kayla était heurtée par un camion devant la résidence familiale de la rue Migneault à Gatineau. Et elle est décédée dans les heures qui ont suivi.

Simon Lépine, un collègue de travail de Jonathan chez Les Entreprises J. Bédard toiture, à Cantley, avait des larmes dans la voix en me racontant les dernières minutes de la vie de la jeune Kayla. Et il se dit atterré par le triste sort qui s’est abattu sur la famille de son ami Jonathan.

« Jonathan est père monoparental et il avait la garde complète de Kayla, a-t-il dit. Il est aussi père d’une petite fille de trois ans. »

Simon veut aider son ami. Il sait que les temps sont difficiles pour lui et que les coûts des funérailles de sa fillette l’endetteront. « Jonathan n’a pas beaucoup de moyens, raconte Simon. Quand on travaille sur les toitures, on passe l’hiver sur le chômage. Sa copine avec qui il habite gagne un peu d’argent. Mais Jonathan n’a pas beaucoup de moyens ces temps-ci. Mais vraiment pas. Et si je peux le soulager de ce stress-là, c’est le moins que je puisse faire. »

Simon a écrit un mot qu’il tient à partager. Et il a lancé une campagne de sociofinancement pour apporter une aide financière au père et à la famille de la jeune Kayla.

Voici l’intégral de son touchant message :

« Jonathan, un père, un collègue et un ami a perdu subitement sa fille Kayla en fin d’après-midi lundi. Est-ce que je viens vraiment d’écrire cette phrase ? Il me l’a appris par texto le soir même. Le genre de texto auquel tu ne t’attends pas de recevoir un lundi soir. La veille, je passais une journée merveilleuse en famille pour fêter les deux ans de mon fils. Juste avant de prendre son texto, je venais d’embrasser mon garçon pour lui souhaiter bonne nuit. Jonathan, lui, venait de perdre sa fille. Il est impossible de m’imaginer la douleur qu’il peut ressentir, mais il m’est possible de comprendre à quel point on peut aimer nos enfants. Jo vient de vivre la pire crainte, le pire cauchemar d’un parent, celui de perdre son enfant.

Jo, je te ramasse tous les matins, huit mois par année et depuis trois ans. Je t’amène ton café puis on part pour l’ouvrage. On passe en moyenne 12 heures par jour ensemble pendant cette période. Suspendu au bout d’un câble sur un toit, j’ai appris à découvrir l’homme et le père incroyable que tu es.

Des gars travaillants comme toi, Jo, il n’en existe pas beaucoup. Toi qui ne demande jamais rien et qui fais des miracles avec si peu.

Tes filles, tu en es tellement fier et tu fais tout en ton pouvoir pour qu’elles ne manquent de rien, malgré l’adversité. Entre deux paquets de bardeaux, tu me racontais souvent comment Kayla t’impressionnait, comment tu étais fier de la fille qu’elle devenait. J’ai toujours senti que tu voulais simplement lui offrir le meilleur de toi-même pour qu’elle s’épanouisse tous les jours.

D’un coup, l’espace d’une seconde, celle qui faisait battre ton cœur et pour qui tu te levais chaque matin disparaît à jamais sous tes yeux. Je te disais souvent dans des moments difficiles sur un toit : ‘le temps continue toujours d’avancer, Jo, peu importe ce que l’on fait, le temps est là, il avance... on va se coucher ce soir’. On ne peut pas retourner en arrière...

Par ce message, ton entourage et moi-même tenons à te témoigner notre appui émotionnel dans ce passage obligé qui t’est imposé. Nous espérons également recueillir des fonds auprès de la communauté gatinoise afin d’offrir à Kayla des funérailles dignes de la petite fille merveilleuse qu’elle était.

Je veux simplement que les gens sachent à quel point tu étais un bon père de famille et que je suis bien placé pour en témoigner. Accroche-toi Jo, nous sommes derrière toi, tu n’es pas seul. Ensemble, on t’apportera le courage et l’amour nécessaires pour t’enlever une partie du poids qui pèse sur tes épaules.

— Ton ami Simon.»

Si vous pouvez aider :