« Ironiquement, c'est la compagnie Sears elle-même qui a débuté le magasinage en ligne. Mais en ligne... téléphonique », mentionne Denis Gratton.

Le catalogue Sears

CHRONIQUE / Il y a quelque chose de plutôt ironique dans la fermeture des magasins Sears.
On dit que la compagnie Sears ne s'est pas adaptée aux nouvelles tendances des consommateurs, voire au magasinage en ligne. Et puisque de plus en plus de consommateurs se tournent vers les « Amazon » de ce merveilleux monde virtuel pour leur magasinage, le vieux modèle de Sears en subit les conséquences.
Mais ironiquement, c'est la compagnie Sears elle-même qui a débuté le magasinage en ligne. Mais en ligne... téléphonique. On recevait l'épais catalogue de Sears à la maison, on appelait cette compagnie pour commander des items choisis dans ce catalogue, et ils nous étaient livrés à notre porte dans les jours suivants.
C'était plus lent comme processus. Il n'y avait évidemment pas les technologies d'aujourd'hui. Mais le but était exactement le même. Soit celui de permettre au client de magasiner du confort de son salon.
Vous souvenez-vous du catalogue Sears ?
Nous étions sept enfants chez nous. Et l'arrivée annuelle du catalogue Sears a donné lieu à des disputes épiques entre frères et soeurs. Lequel des sept allait être le premier à mettre la main dessus. Et étant le sixième de sept, inutile de vous dire que j'étais rarement le gagnant de cette « guerre » annuelle pour le catalogue.
Mais j'obtenais finalement mon tour. Et je le consultais tranquillement, page par page. Quels sont les nouveaux gadgets à vendre chez Sears, les nouveaux jeux, les nouveaux jouets. Lesquels allais-je montrer à mon père en lui disant : « c'est ce jouet que j'aimerais pour Noël. Et celui-ci, et celui-là, et l'autre à côté... » En sachant fort bien que mes choix étaient bien au-delà de son budget. Mais mon père m'écoutait toujours patiemment et il me répondait chaque année : « on verra Denis, on verra. » Traduction : je vais acheter le moins dispendieux de tes choix mon gars, et tu devras te contenter de ça. Et c'était bien correct ainsi. Mais le catalogue Sears me permettait au moins de rêver...
Puis, il y a eu l'hiver des bottes de cowboy. J'avais 11 ou 12 ans. Mes frères aînés, Michel et François, chaussaient ces bottes de cowboy en cuir et au bout plat, et avec une espèce de petite sangle attachée au talon. La grosse mode chez les gars cet hiver-là.
Et puisque mes frères les portaient et qu'ils étaient cool, je devais en porter aussi et me penser cool. Et ça tombait bien, Sears en vendait. Elles étaient là, dans le catalogue, ces bottes que je convoitais tant.
Elles n'étaient pas données, ces bottes de cuir. Bien au-delà des moyens financiers de mon père. Mais je l'avais supplié. Et supplié encore. Et j'ai finalement gagné. Mes parents ont donc commandé ces bottes en ligne... téléphonique, en me disant d'un ton ferme et sans équivoque : « tu fais mieux de les porter, tes bottes ». J'étais prévenu.
Elles sont arrivées à notre porte quelques jours plus tard. J'ouvre la boîte et... catastrophe. Ce n'était pas les bottes que j'avais montrées à mon père. Oui, c'était bel et bien des bottes de cowboy. Mais sans sangle attachée autour des talons. Elles n'étaient pas faites de cuir, mais bien de caoutchouc... cheap. Et horreur ! Le haut de ces bottes, qui arrivaient presque aux genoux, était décoré d'une couronne de fausse fourrure brune !
« Tu fais mieux de les porter, tes bottes », m'avaient bien prévenu mes parents. Et je n'ai pas eu le choix, je les ai portées. Tout l'hiver.
Et savez-vous, quand vous êtes p'tit cul de 11 ou 12 ans à Vanier et que vous vous rendez à l'école chaussé de longues bottes de caoutchouc cheap avec de la fausse fourrure autour des mollets... disons que c'est comme aller à la pêche aux taquineries, aux railleries et aux claques sur la gueule.
Et cet hiver-là, à l'école élémentaire Baribeau de Vanier, la pêche fut miraculeuse !