Les niveaux d'eau baissent dans la région. Cela pourrait finalement signifier la fin de cette crue printanière.

Le «beau» dans l’épreuve

CHRONIQUE / Est-ce le début de la fin? La Ville de Gatineau a émis l’avis suivant dimanche matin: « Les niveaux d’eau continuent de baisser aux cinq stations hydrométriques (environ 10 cm par jour). La Ville invite néanmoins les citoyens à demeurer vigilants. Il est prématuré de retirer les digues de sacs de sable… » Une excellente nouvelle, n’est-ce pas ? Ce serait bel et bien le début de la fin de ces inondations cauchemardesques. Enfin.

Les images de ces inondations et de leurs milliers de victimes étaient bouleversantes. Les scènes, épouvantables. Une visite au centre d’aide aux sinistrés, à Gatineau, brisait le cœur. Tous ces gens désemparés. Tous ces yeux hagards. Toute cette peine.

Au cours des deux dernières semaines, en visitant ce centre et les quartiers où l’eau a chassé les gens, j’avoue que j’ai parfois eu le cœur gros. Vraiment. Je me mettais à la place des sinistrés et les larmes me venaient aux yeux. C’était juste trop.

Dans ces moments, on choisit de regarder le beau. Oui, le beau. Ce qu’il y a de plus beau chez les gens.

Des gens comme Joey, 25 ans, d’Aylmer. Un gars à la recherche d’un emploi qui a momentanément mis sa distribution de CV sur la glace pour consacrer les deux dernières semaines à livrer bénévolement des sacs de sable aux résidents d’Aylmer. Douze heures par jour, sept jours par semaine. Il était toujours là.

Des bénévoles remplissent des boîtes de denrées pour les sinistrés.

Des gens comme la Gatinoise Anne Boutin, bénévole à la Croix-Rouge. Cette dame devait quitter la région le 21 avril dernier – Jeudi saint – pour aller passer la longue fin de semaine de Pâques avec sa famille dans la région de Québec. Sans jeu de mots, ses plans sont tombés à l’eau. En voyant la crue des eaux, elle a décidé de rester pour aider les Gatinois en détresse. « Ma famille comprendra », m’a-t-elle dit.

Ce ne sont que deux exemples. Les bénévoles et tous ces gens qui sont là pour tendre la main, on les compte par milliers depuis le début de ce cauchemar. Ils sont partout. Prêt à tout pour aider.

C’est ça le beau dans tout ça. C’est ça le beau qui sèche les larmes quand c’est juste trop.

J’étais au centre d’aide aux sinistrés la semaine dernière lorsque cet homme du nom de Daniel Godin m’a interpellé. Un homme de 57 ans en rémission d’un cancer qui vit seul dans un logement de Pointe-Gatineau.

« Vous êtes journaliste au Droit, n’est-ce pas ?, me demande-t-il.

— Oui.

— Je pourrais vous parler ?

— Bien sûr.

— J’aimerais juste dire merci. Pourriez-vous écrire ça dans le journal ? Merci aux gens de la Croix-Rouge. Aux employés de la Ville de Gatineau. Aux policiers et pompiers. Aux employés des restaurants qui acceptent les coupons de la Croix-Rouge. À tous les bénévoles. Je suis sinistré depuis une dizaine de jours et tous ces gens nous aident tellement. Ils ont vraiment du cœur. On est sinistrés et ils pourraient nous traiter en laissés-pour-compte. Mais ils ne le font pas. Au contraire, ils sympathisent avec nous. Et ça, monsieur, ça met du baume au cœur. »

C’est tout ce qu’il voulait dire. Merci. Il avait trouvé « le beau » dans son épreuve.

Je me suis entretenu avec le comédien et conférencier, Jean-Marie Lapointe, il y a trois semaines, quelques jours avant le début des inondations. En parlant des gens qui vivent de lourdes épreuves et de ceux, comme lui, qui sont là pour les écouter et les aider, il m’a dit : « Je pense que chaque être humain a en lui le désir de tendre la main. C’est inné. »

Les deux dernières semaines lui donnent raison.