Gaston Vachon est barbier depuis 51 ans. Il cuisine également une sauce à la viande maison, un chutney aux fruits et une moutarde sucrée, des produits vendus en épicerie.

Le barbier Boyardee

CHRONIQUE / Devrait-on le surnommer le Barbier de Séville ou le Chef Boyardee ? Parce qu’il est un peu des deux. Alors, allons-y pour le barbier Boyardee.

Le Gatinois Gaston Vachon, 69 ans, est barbier depuis 51 ans. Originaire de la Beauce, il a déménagé à Gatineau avec ses parents et ses neuf frères et sœurs alors qu’il était âgé de 15 ans.

« Et lorsque j’ai gradué à l’âge de 18 ans, raconte-t-il, j’ai été embauché comme barbier par la Défense nationale et j’ai travaillé pendant trois ans sur la base militaire à la Baie d’Hudson, puis une année et demie à la base de Chatham, au Nouveau-Brunswick. Je suis ensuite revenu m’établir à Gatineau et je travaille dans des salons de barbier et de coiffure d’Ottawa depuis. »

J’ai rencontré M. Vachon mercredi matin au Salon du Château, un salon de coiffure unisexe qui se trouve au rez-de-chaussée des édifices à condos Château Vanier, sur le chemin McArthur, à Ottawa.

C’est là qu’il travaille depuis un certain temps. Là où sa fidèle clientèle l’a suivi.

« Je coupe les cheveux de trois générations, lance-t-il. Le grand-père, le père et le fils viennent tous me voir pour une coupe de cheveux. Je travaille du mercredi au samedi et, croyez-moi, je ne chôme pas. »

Et ce père de deux enfants et grand-père de cinq petits-enfants ne chôme pas non plus les dimanches, lundis, et mardis. Ces jours-là, vous le trouverez dans sa cuisine commerciale située dans le parc industriel à Gatineau.

Vous avez peut-être déjà vu ses produits sur les tablettes des IGA, des Métro, des Loblaws et des épiceries indépendantes de Gatineau et d’Ottawa. Ses produits se nomment tout simplement : Gaston Vachon. Il s’agit d’une sauce à la viande maison, d’un chutney aux fruits et d’une moutarde sucrée qu’il prépare lui-même avec son seul et unique employé, son petit-fils, Kevin.

« J’ai commencé ça il y a six ans, dit-il. L’idée m’est venue alors que je me trouvais à l’épicerie et que j’ai entendu une dame dire à son mari : ‘va choisir une sauce à spaghetti sur les tablettes et assure-toi qu’elle contienne beaucoup de viande’. Puis le mari est revenu bredouille en disant qu’il n’y avait pas de sauce à spaghetti qui contenait beaucoup de viande.

«Alors je me suis mis à la recherche de la meilleure viande (bœuf haché) sur le marché et je l’ai trouvée à la boucherie Dumouchel, dans le secteur Overbrook à Ottawa. Et je prends tous mes fruits et légumes frais à l’épicerie Farm Boy. J’ai expérimenté pendant deux ans. Comment conserver la sauce sur les tablettes, comment arriver à une couleur, un goût et une texture parfaite et tout ça. Ça m’a pris deux ans à la mettre sur le marché. Et aujourd’hui, je produis à peu près 125 caisses (de 12 bocaux chacune) aux deux mois. Et c’est la même chose pour le chutney et la moutarde sucrée. Ça se vend bien, le monde aime ça. J’ai ma clientèle dans mon salon de barbier, et j’ai ma clientèle dans les épiceries. J’exerce deux beaux métiers.

­—Donc vous n’arrêtez jamais, si je comprends bien, que je lui lance.

«Il ne faut jamais s’arrêter.»

Si vous tapez les mots «sauce Gaston Vachon» dans un moteur de recherche, vous apprendrez que la sauce à la viande maison Gaston Vachon a fait l’objet d’un rappel en octobre 2015 en raison de la présence possible de bactéries dangereuses. Un rappel qui a été déclenché à la suite d’une enquête du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ).

Mais finalement, il n’y avait pas de bactéries dangereuses dans cette sauce. Et «aucun cas de maladie associé à la consommation de ce produit n’a été signalé», peut-on lire sur les sites web du MAPAQ et de l’Agence canadienne d’inspection des aliments.

«C’était banale, cette histoire-là, affirme M. Vachon. Un inspecteur est venu visiter ma cuisine à Gatineau et il m’a dit que je n’avais pas le droit de me procurer ma viande dans une autre province. Je ne le savais pas. Mais là tout est réglé. Et ma clientèle est vite revenue. J’ai maintenant une adresse d’affaires sur le chemin de Montréal, à Ottawa, et je suis en règle avec les gouvernements provinciaux et fédéraux.

— Et achetez-vous toujours votre viande chez Dumouchel ?

«Bien sûr. C’est la meilleure. Tu ne peux pas trouver mieux que ça.»

Je me suis procuré un chutney aux fruits et une sauce à la viande Gaston Vachon cette semaine, à la boucherie Dumouchel, justement. Mon verdict : bon. Très, très bon.

Et j’ai posé la question au barbier Boyardee. Parce que je sais qu’elle vous trotte dans la tête, chers lecteurs.

Et c’est «non», m’a-t-il assuré dans un éclat de rire. Il n’y a aucune chance de retrouver un cheveu dans sa sauce à spaghetti...