Gilles Ménard et son petit-fils Mathieu Legault sont bénévoles à l’Hôpital Montfort.

L’âme de Montfort

CHRONIQUE / Lorsque l’Hôpital Montfort a officiellement dévoilé son tout nouveau tomodensitomètre, il y a une dizaine de jours, on a voulu démontrer le fonctionnement de cet appareil à la fine pointe de la technologie aux invités et aux médias. Mais il fallait d’abord trouver quelqu’un pour jouer le rôle du patient dans cette mise en scène.

On n’a pas eu à chercher très loin. Gilles Ménard allait s’improviser comédien avec plaisir. Cet homme fait un peu de tout dans l’hôpital du chemin de Montréal. Alors pourquoi ne pas jouer la comédie si cela peut aider et être utile ?

Gilles Ménard, 72 ans, d’Embrun, est bénévole à l’Hôpital Montfort depuis 11 ans. Et cet ancien menuisier à la retraite donne aujourd’hui près de 2000 heures par année à cette institution franco-ontarienne. Oui, 2000 heures. Soit l’équivalent d’approximativement 40 heures par semaine.

« J’ai été superviseur de la base militaire de Rockcliffe jusqu’à l’âge de 50 ans, soit jusqu’à ce que cette base ferme, il y a 22 ans, raconte-t-il. J’ai alors pris ma retraite de la Défense nationale, mais j’ai continué à travailler à mon compte comme menuisier. Mais je suis atteint d’une maladie pulmonaire chronique depuis plusieurs années. Des particules d’amiante se sont accrochées à mes poumons. Et quand j’ai vu que j’avais de la difficulté à suivre les autres sur le chantier de construction, je me suis dit que c’était assez, que j’allais faire autre chose. J’ai donc laissé mes outils et je suis venu ici, à Montfort, faire du bénévolat. »

« J’ai une pleine retraite de la Défense nationale et la société a été très bonne pour moi, poursuit-il. Et tant que je le pourrai, je vais remettre de mon temps à la société. On voit toujours des plus malades que nous. Et je pense que chacun d’entre nous a une certaine responsabilité envers la société. »

Gilles Ménard est d’une bonne humeur contagieuse. Toujours souriant, toujours prêt à servir, il est ni plus ni moins le bénévole par excellence.

« Si je n’étais pas de bonne humeur, je ne viendrais pas ici, lance-t-il en riant. On a tous nos petits problèmes, mais venir ici nous fait vite oublier ces petits problèmes. Je peux quand même faire beaucoup, malgré ma maladie. Ça ne me demande pas beaucoup d’efforts et j’aime ce que je fais. »

« Je suis natif d’Embrun, un village où tout le monde se connaît. Et ici, à Montfort, c’est un peu la même chose. C’est comme un petit village où je connais pratiquement tout le monde. Et notre présence, c’est-à-dire la présence des 300 bénévoles, rassure les gens. Ils voient qu’il y a beaucoup de monde pour les aider et qu’ils ne sont pas de simples numéros. On a le temps de jaser avec eux, ce que les médecins et les infirmières ont rarement. Je dirais que nous, les bénévoles, sommes un peu l’âme de l’hôpital. »

Le bénévolat est une affaire de famille chez les Ménard. L’épouse de M. Ménard, Laura, consacre ses lundis à l’Hôpital Montfort. Tandis que leur petit-fils, Mathieu Legault, 24 ans, passe tous ses jeudis à accompagner son grand-père dans ses tâches.

Mathieu a été diagnostiqué à la naissance d’une déficience intellectuelle. « Quand il avait six mois, de dire M. Ménard, les médecins ont dit à ses parents que Mathieu ne marcherait probablement jamais. Mais nous avons été bénis. Aujourd’hui il marche, il fait du vélo et il a complété son secondaire à l’école de Casselman. »

« Il habite Limoges et, tous les jeudis, son père vient le mener ici à l’hôpital et revient le prendre après sa journée de travail. Mathieu m’accompagne partout où je vais dans l’hôpital. Les jeudis sont habituellement consacrés au déchiquetage de documents au sous-sol. Et Mathieu s’acquitte très bien de cette tâche. Ce sont de belles journées pour moi, car ça me donne la chance de passer du temps avec mon petit-fils. Et ça lui donne la chance de passer une journée avec son papy. Ça lui offre un autre environnement et tout le monde le connaît ici. »

Mais malheur aux membres du personnel de Montfort qui sont partisans du Canadien de Montréal. Parce que Mathieu — fan inconditionnel des Sénateurs d’Ottawa qu’il est — ne se gêne pas pour leur lancer un ‘chouuu !’ bien senti en les croisant dans les corridors de l’hôpital.

« Il fait rire tout le monde avec ça », de conclure son grand-père dans un éclat de rire.