Ryan Dzingel a réalisé le but de la victoire contre les Jets de Winnipeg samedi, le 16 février 2019.

L’ambassadeur bien fatigué

CHRONIQUE / «Les Sénateurs jouent ce soir, Denis ?

(Samedi soir…)

— Oui. À 19 h.

— Alors je vais regarder un film sur Netflix dans la chambre.

— Tu peux le regarder ici dans le salon, Manon.

— Et tu regarderas ton match dans la chambre ?

— Non. Je vais regarder le film avec toi.

— Et tes Sénateurs… ?

— Bof. Ils perdent tout le temps. Et ils jouent contre Winnipeg ce soir, l’une des meilleures équipes de la ligue. Je suis un peu tanné et fatigué de les regarder perdre.

— Je ne croyais jamais entendre ces mots sortir de la bouche d’un gars qui s’est lui-même proclamé ambassadeur officiel des Sénateurs d’Ottawa.

— Un titre très très sérieux, tu sauras.

— Pas si sérieux que ça, semble-t-il. Un vrai ambassadeur et son équipe devraient être comme un couple marié. Ils devraient être ensemble pour le meilleur et pour le pire.

— J’y penserai le jour où les Sénateurs me demanderont ma main.

— Idiot. Mais t’es sérieux ? Tu ne regarderas pas la partie ce soir ?

— Non. Ils sont trop décourageants. Même pour un ambassadeur. Ils ont deux excellents joueurs d’avant – trois si on ajoute Dzingel – mais…

— Qui !? The Pringle ? Comme les chips qui ne goûtent pas les chips ?

—Dzingel, Manon. Dzingel. (Soupir…) Comme je disais, ils ont deux excellents joueurs d’avant. Mais les deux seront probablement échangés dans les prochains jours ou les prochaines semaines.

— Mais pourquoi ?

— Parce que le propriétaire de l’équipe n’a pas les moyens de les payer.

— Combien demandent-ils, ces joueurs-là ?

— Pas sûr. Sept ou huit millions $ chacun, je devine. Peut-être plus.

— Par année !? Moi aussi je les échangerais à ce prix-là !

— Tu ne comprends pas, Manon. C’est le prix à payer pour un bon joueur dans le hockey professionnel d’aujourd’hui.

— Et c’est complètement fou. Où seront-ils échangés, ces multimillionnaires ? À Dubaï ?

— La rumeur veut que l’un d’entre eux soit échangé à Winnipeg.

— Ah bon. Et Winnipeg peut se permettre d’offrir ces millions-là à un joueur ?

— Sans problème, semble-t-il.

— Mais Winnipeg… c’est plus petit qu’Ottawa.

— Je le sais, Manon. Mais l’aréna là-bas est plein à craquer à chaque match.

— Et ici ?

— Ici !? Ici, on recouvre des centaines de sièges d’une grande toile pour ne pas que la place ait l’air trop vide. Ici, le spectateur qui gagne le tirage 50-50 de la soirée PERD de l’argent ! Ici, l’annonceur-maison n’annonce pas qui a marqué ou qui a une pénalité. Il te texte !

— J’imagine que les choses iront mieux lorsqu’ils construiront le nouvel amphithéâtre sur les plaines LeBreton ?

— J’imagine, oui. Mais je pense que nous serons morts et enterrés, Manon, lorsqu’on procédera à l’ouverture officielle de cet amphithéâtre. En fait, je pense qu’on ne le construira jamais, cet amphithéâtre, et que les Sénateurs déménageront si les choses ne changent pas bientôt.

— Ils déménageront où ?

— Sais pas. Houston, peut-être. Ou peut-être même Québec. Qui sait ?

— Les Sénateurs de Québec !?

— Je suis pas mal certain qu’on changerait ce nom pour les Nordiques.

— Alors quel film veux-tu regarder, Denis, si tu ne regardes pas tes Sénateurs ?

Titanic me vient en tête. »

(Pas besoin de m’écrire, chers amis partisans des Sens, je sais « qu’on » a gagné 4-3 en prolongation samedi soir. Et qu’à la fin du film, le bateau coule…).