Yves Morin avec une photo de son père, Rolland Morin

La vraie histoire du sergent Morin

CHRONIQUE / Le titre qui coiffait ma chronique du 10 août dernier contenait trois mots intrigants : « Boutons non frottés ».
Dans ce texte, je revenais pour une dernière fois sur une édition du Droit d'août 1967, d'il y a 50 ans. Et par pure coïncidence, je suis tombé sur un article du Droit du 10 août 1967 dans lequel on constatait que ça jouait plutôt dur à l'époque au poste de police de Hull.
On racontait qu'un certain sergent Morin était accusé de plusieurs fautes et que les accusations portées contre lui pourraient mener à une enquête sur la Police de Hull. On reprochait à ce policier de s'être absenté du poste de police pendant 35 minutes pour cueillir son fils chez le dentiste. On l'accusait aussi de s'être servi du nom de la Sûreté de Hull dans une lettre adressée à Bell Canada, d'avoir regardé un match de hockey dans un poste d'essence du boulevard Montcalm durant ses heures de travail, et de s'être présenté au travail avec des boutons non frottés. Et la liste de reproches et d'accusations se poursuivait.
Ce texte du 10 août 1967 a ravivé plusieurs souvenirs chez le Gatinois Yves Morin. Et pas de très bons souvenirs. Parce que le sergent Morin en question était son père, le policier Rolland Morin.
« Cette période a été très difficile pour notre père et pour notre famille, se souvient Yves Morin, qui était âgé de 17 ans en 1967. Le harcèlement envers notre père a duré quelques années. Nous étions cinq enfants chez nous et nous nous faisions poser toutes sortes de questions à l'école. Les gens jugeaient sans connaître la vraie histoire. Notre mère a fait une grave dépression durant ces années de harcèlement à l'égard de notre père. L'état-major de la Police de Hull ne prenait pas en considération l'impact des accusations contre notre père sur sa famille. On voulait détruire un homme pour le plaisir de le faire. »
Mais pourquoi s'acharnait-on sur le sergent Rolland Morin durant les années 1960 ? Disons qu'il avait été président du syndicat des policiers au début des années 1960 et qu'il ne s'était pas fait d'amis au sein de l'état-major. « Et le chef de la Police de Hull en 1967, Maxime Lavigne, connaissait les aspirations de mon père, explique M. Morin. Mon père voulait devenir chef un jour. Il l'avait d'ailleurs dit lors de son embauche en 1954. Quand le chef de l'époque, Adrien Robert, lui a demandé quelles étaient ses ambitions, mon père lui a répondu : 'un jour, je vais occuper votre chaise'. C'était le but que mon père s'était fixé dans la vie. Donc l'état-major de la Police de Hull le voyait ni plus ni moins comme une menace », ajoute M. Morin.  
Toutes ces accusations portées contre le sergent Rolland Morin ont bel et bien mené à une enquête sur l'administration de la Police de Hull. Une enquête réalisée en 1970 par la Commission de Police du Québec. Et à la conclusion de cette enquête, on a recommandé le congédiement du sergent Morin.
Celui-ci a contesté et a retenu les services d'un avocat. Puis, une deuxième enquête de la Commission de Police du Québec a révélé que le sergent Rolland Morin avait bel et bien été victime de harcèlement et d'intimidation.
« Mon père était constamment suivi à son insu par deux enquêteurs de la Police de Hull, raconte Yves Morin, qui a conservé les nombreux documents de l'époque, dont le témoignage de son père devant la commission, une brique de 150 pages. On épiait ses moindres gestes, ses moindres déplacements, reprend M. Morin. Un jour, mon père a été cherché ma soeur Ginette dans un restaurant de Hull. Ginette était alors âgée de 19 ou 20 ans. Or, le lendemain au poste, on a demandé à mon père qui était cette jeune femme qu'il avait fait monter dans sa voiture. Ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres. On ne le lâchait pas d'une semelle. Et durant cette deuxième enquête, on a appris que la ligne téléphonique à la maison avait été mise sous écoute par la Police de Hull. Et à la conclusion de cette enquête, on a retiré toutes les accusations portées contre notre père. Il a été blanchi. Il s'est défendu, il a persévéré et il a gagné. Et la direction de la Police de Hull a été sévèrement blâmée. »
Le sergent Rolland Morin a été nommé chef-adjoint de la Police de Hull en 1968. Et en 1975, ce valeureux policier réalisait son rêve en étant nommé chef de la Police de Hull. Un poste que Rolland Morin a occupé jusqu'en 1983, soit jusqu'à sa retraite de la force policière à l'âge de 60 ans.
Et durant toutes ses années comme policier puis comme chef de la Sûreté municipale de Hull, ses boutons ont toujours été minutieusement frottés...
Rolland Morin est décédé le 15 mai 1998 à l'âge de 75 ans.