Âgée de 76 ans, Lise Caron continue toujours de pratiquer sa passion, le hockey sur glace.

La «Rocket» de Saint-Charles

CHRONIQUE / Lise Caron adore le hockey. Elle a toujours aimé ce sport. Elle rêvait même de devenir une autre Maurice « Rocket » Richard, son idole.

Mais dans sa jeunesse, dans les années 1940 et 1950, les filles ne jouaient pas hockey. C’était impensable, inconcevable. C’était comme ça.

« Alors je prenais le bâton de hockey que mon parrain m’avait donné pour mes sept ans et je jouais dans la cour arrière ou dans la rue avec mes cinq frères et leurs amis, dit-elle. Mais un frère du Sacré-Cœur de l’église Saint-Charles, notre paroisse à Vanier, m’avait accordé une permission spéciale, une année. À condition que je sois gardienne de but. Il n’était pas question de jouer à l’avant avec les gars. Alors j’ai gardé les buts. J’étais pas mal bonne. Mais j’ai toujours préféré jouer à l’avant ou à la défense. »

Lise Caron ne ratait jamais un match de son équipe préférée — le Canadien de Montréal — à la radio ou à la télé. Un peu pour voir les exploits de « son » Rocket, un peu par obligation. « J’étais gardienne d’enfants, explique-t-elle. Et les samedis soirs, lorsque les parents rentraient de leur sortie, je devais raconter le match au monsieur pendant qu’il venait me reconduire à la maison. »

Puis Lise Caron a grandi. Elle s’est mariée et elle a eu deux enfants tout en travaillant comme infirmière à l’Hôpital Montfort, ensuite au centre pour anciens combattants, le Rideau Valley Home, à Ottawa. Mais son amour pour le hockey n’allait jamais s’effacer.

À l’âge de 35 ans, elle a emprunté l’équipement de hockey de son fils et elle a décidé de se joindre à une équipe de la ligue pour femmes de l’Ontario. Elle n’a jamais cessé de jouer depuis et elle joue toujours aujourd’hui, à l’âge de… 76 ans.

« Ça fait 15 ans que je joue pour les Tequila Shooters (de la ligue de hockey pour femmes Minto, à Ottawa), dit-elle. Le coach me fait jouer à l’avant, parfois à la défense. C’est une ligue senior, donc pour les joueuses de 18 ans et plus. Je ne suis pas la meilleure de l’équipe, mais je ne suis pas la moins bonne non plus. Je me débrouille bien. »

Elle se souvient d’un match dans lequel elle a marqué quatre buts et obtenu deux aides dans une victoire de 6 à 0. Elle n’a pas oublié non plus la dégelée que les Tequila Shooters ont subi lors d’un tournoi à Beauport alors que l’équipe adverse menait 7 à 0 après cinq minutes de jeu. « Heureusement, l’arbitre a arrêté le match après ces cinq minutes, se rappelle-t-elle en riant. Nous n’étions vraiment pas du même calibre.

«Mais après 15 années avec les Shooters, j’ai décidé cet été de me retirer de cette équipe, ajoute-t-elle. Les jeunes joueuses de 18 ans et celles dans la vingtaine sont rendues un peu trop vite pour moi. Ces femmes-là jouent dans des ligues organisées depuis qu’elles ont six ou sept ans. Ce n’était pas comme ça dans mon temps. Donc j’ai quitté cette ligue dans laquelle je jouais l’été comme l’hiver et je me suis jointe il y a quelques semaines à une ligue pour femmes du Centre RA. Ce n’est pas compétitif dans cette ligue. Les femmes jouent plus pour l’exercice que pour gagner. Mais je pense que je serai toujours la plus âgée de la ligue», ajoute-t-elle en riant.

Lise Caron joue pour garder la forme, pour le plaisir du sport et pour la camaraderie entre coéquipières.

Et lorsqu’elle range ses patins, son casque et ses épaulettes, elle prend sa place comme choriste dans le Chœur de l’Île, une chorale dans laquelle elle chante depuis maintenant 20 ans.

Mais elle ne regarde presque plus le hockey à la télé.

«Je le regarde parfois pendant les séries éliminatoires, dit-elle, mais c’est tout. Ce n’est plus comme c’était à l’époque de Maurice Richard. Il était tout un joueur, le Rocket.»