Denis Gratton
Le Droit
Denis Gratton
Joseph-Hugues Bélanger est décédé mercredi dernier. Il était itinérant depuis de nombreuses années, il avait 54 ans. On a retrouvé son corps sans vie dans une remise de la rue Charlevoix dans le Vieux-Hull.
Joseph-Hugues Bélanger est décédé mercredi dernier. Il était itinérant depuis de nombreuses années, il avait 54 ans. On a retrouvé son corps sans vie dans une remise de la rue Charlevoix dans le Vieux-Hull.

La remise ou la rue

CHRONIQUE / Joseph-Hugues Bélanger est décédé mercredi dernier. Il était itinérant depuis de nombreuses années, il avait 54 ans. On a retrouvé son corps sans vie dans une remise de la rue Charlevoix dans le Vieux-Hull.

Joseph-Hugues avait fait sa marque à sa façon dans le quartier. Avec ses pousse-pousse qu’il fabriquait lui-même, il sillonnait les rues du Vieux-Hull au grand plaisir des touristes qui y prenaient place. «Plusieurs touristes qui sont passés à Gatineau ont pris une photo avec Joseph-Hugues, a dit Benoît Leblanc, le fondateur et directeur de l’organisme Itinérance Zéro. Mon ami Joseph a marqué l’histoire du Vieux-Hull».

C’est le 24 juin dernier, fête de la Saint-Jean, que Joseph-Hugues Bélanger a été retrouvé sans vie dans le cabanon situé sur le terrain de l’Association pour la défense des droits sociaux (ADDS) de Gatineau, rue Charlevoix.

Habitait-il cette remise ? «Pas du tout, répond l’intervenant de l’ADDS, Pierre-Luc Baulne. Il l’utilisait pour entreposer ses effets personnels, ses pousse-pousse notamment».

Mais Joseph-Hugues a habité une autre remise du Vieux-Hull pendant de nombreuses années, affirme Benoît Leblanc. «Pendant au moins quatre ans, dit-il. Il louait ce cabanon pour 125 $ ou 150 $ par mois. Mais lorsque la maison où se trouvait cette remise a été vendue, il y a environ un an, le nouveau propriétaire n’a pas voulu louer son cabanon. Alors Joseph a été obligé de partir.

«Pendant toutes ces années où il a habité cette remise, ajoute M. Leblanc, Joseph n’avait pas d’électricité, pas de chauffage, pas de toilette. C’était la misère noire. Mais il était un peu mal pris parce que ça lui prenait un endroit pour mettre ses trucs. Et il avait fait de cette remise sont petit chez-soi, son nid. L’hiver - il était débrouillard notre Joseph - il dormait dans un sac de couchage avec des feutres aux pieds, puis il se recouvrait d’une espèce de feuille de plastique et il venait à bout de réchauffer l’endroit un peu.»

Le fondateur d’Itinérance Zéro affirme que d’autres itinérants de Hull habitent des remises. «J’en connais au moins deux autres, dit-il. Mais eux changent souvent de cabanon. Je ne sais pas si c’est parce que ça ne fonctionne pas, si c’est juste temporaire ou s’ils ne paient pas leur loyer aux propriétaires. Mais d’une façon ou d’une autre, ça n’a pas de bon sens.

—Qu’attend-on pour dénoncer ces propriétaires qui louent leurs remises à des itinérants ?

—Joseph-Hugues ne voulait pas dénoncer le propriétaire de la remise qu’il a louée pendant toutes ces années, répond Benoît Leblanc. Et il ne voulait pas que personne d’autre ne le dénonce. Mais pas du tout. Il aurait perdu sa place. Il aurait été obligé de coucher dans la rue. C’est la même chose pour les autres sans-abri qui louent des cabanons. Ils ne veulent pas dénoncer les propriétaires puisque plus personne ne louerait leur remise.

«On s’entend qu’en fait de bassesse dans le Vieux-Hull, ce sont ces propriétaires non-résidents qui louent leur remise pour rentabiliser le tout, laisse tomber M. Leblanc. Mais suis-je surpris que certains propriétaires louent leurs remises ? Pas du tout. Certaines chambres à louer que je vois sont pires que des cabanons. Au moins, dans un cabanon, t’as un endroit pour mettre tes choses, t’as un minimum d’intimité.

«Et des gars comme Joseph-Hugues ne veulent pas aller au Gîte-Ami ou dans d’autres refuges. Ils préfèrent vivre seuls et ils veulent un endroit où ils peuvent laisser le peu de choses qu’ils possèdent. Au Gîte-Ami, tu peux y rester 15 jours (par mois). Ensuite, tu dois quitter. Donc tu te promènes toujours avec tes objets qui te tiennent à coeur. C’est pourquoi certains itinérants préfèrent vivre dans une remise. Ça n’a pas de sens, je sais.»

Mais c’est la réalité de la rue.

PLAQUE COMMÉMORATIVE

Joseph-Hugues Bélanger ne sera jamais oublié dans le Vieux-Hull.

Benoît Leblanc honorera la mémoire de son ami en installant en permanence une plaque commémorative sur la rue Laval. «On ajoutera un texte qui lui rendra hommage, comme Joseph le mérite, dit M. Leblanc. Cet homme a marqué ma vie et la vie de plusieurs et je vais m’assurer qu’il ne soit jamais oublié.»