Le 2 novembre dernier, Jocelyne Collard est devenue la toute première femme à être intronisée au Club sélect de la STO.

La pionnière de la STO

CHRONIQUE / Il est 5 h du matin. Une froide matinée de janvier alors qu’une tempête de neige s’abat sur la région. Mais vous devez quitter votre chaude chaumière, boulot exige, pour aller conduire un autobus pendant huit heures consécutives sur des routes enneigées, glacées et parfois impraticables. Et avec des centaines de passagers à bord qui comptent sur vous pour arriver sains et saufs à bon port.

C’est ce que je qualifierais de cauchemar. D’un véritable cauchemar.

Mais pour la Gatinoise Jocelyne Collard, c’est un rêve. Un rêve d’enfance devenu réalité.

« Je me souviens quand j’avais huit ans, dit-elle, je m’assoyais sur la galerie avant de notre maison à Touraine et je regardais les autobus passer. Et je disais toujours à ma mère : ‘un jour, c’est ce que je vais faire. Je vais conduire un autobus’. »

Jocelyne Collard, 54 ans, a réalisé son rêve en novembre 1988 en devenant la quatrième femme de l’histoire de la Société de transport de l’Outaouais (STO) à prendre le volant d’un autobus. Et le 2 novembre dernier, elle est devenue la toute première femme à être intronisée au Club sélect de la STO.

Ce club a été créé il y a 13 ans et rassemble 48 chauffeurs qui comptent 25 années ou plus d’expérience et de conduite sécuritaire sans aucun accident évitable. Un quart de siècle sans accident. Faut le faire. Et Jocelyne Collard l’a fait, devenant une pionnière dans la confrérie des chauffeurs de la STO.

« Lorsque la STO a créé le Club sélect, se souvient Mme Collard, je me suis dit : ‘voilà mon objectif. Je vais devenir la première femme de ce club’. Mais j’avoue que 2016 a été l’année la plus stressante de ma carrière. Parce que c’était ma 25e année sans accident et je devais être vraiment prudente pour atteindre mon but. Et la dernière journée, quand je suis rentrée au garage après mon quart de travail et que j’ai garé mon autobus, j’ai crié de joie. Je savais que je l’avais. »

Jocelyne Collard a entendu sa part de commentaires déplacés, voire sexistes, durant sa longue carrière. « Disons que j’ai dû faire ma place, affirme-t-elle. Mais j’ai été très bien accueillie par tout le monde à la STO. Et les usagers sont habituellement très polis.

« En fait, le seul commentaire désobligeant dont je me rappelle, je l’ai entendu durant la tempête de verglas de janvier 1998. Un homme s’apprêtait à monter dans mon autobus, mais il s’est arrêté lorsqu’il m’a aperçue et il m’a lancé : “une femme chauffeure !? On va-tu se rendre ?” Alors je lui ai répliqué : “Monsieur, si vous n’êtes pas content, attendez 45 minutes pour le prochain autobus et je vous garantis que ce sera un homme au volant”. Puis j’ai fermé la porte et je suis partie. J’étais moi-même 45 minutes en retard dans mon trajet et je n’avais pas besoin d’entendre ça ce matin-là. C’était épouvantable à l’extérieur. On savait qu’on devait évidemment s’arrêter à l’arrêt. Mais on ne savait pas si l’autobus allait s’arrêter. Et une fois sur deux, il dérapait. C’était l’enfer.

« Et aussi surprenant soit-il, ajoute-t-elle, ce sont surtout des femmes qui me lançaient des commentaires déplacés à mes débuts. J’ai entendu plusieurs fois des passagères dire : ‘elle prend la place de nos hommes’. Je n’ai jamais répliqué à ce commentaire. Je n’allais pas embarquer là-dedans. Je savais que j’avais mérité ma place et que je ne l’avais volée à personne. »

Jocelyne Collard aura droit à une pleine retraite dans trois ans. « Mais je ne sais pas si je la prendrai, dit-elle. J’aime mon travail, j’aime ce que je fais. Et mes usagers me le rendent bien.

— Vous n’auriez plus à vous lever aux petites heures du matin et à composer avec le stress de la route, que je lui lance.

— Je suis habituée à me lever tôt, réplique-t-elle. Je déjeune à 3 h 15 le matin, même quand je suis en congé. Et pour le stress, je suis aussi habituée. Par contre, ce que j’aimerais voir un jour, c’est que tous les automobilistes soient obligés de conduire un autobus pendant huit heures avant qu’ils puissent obtenir leur permis de conduire. Ils penseraient et réagiraient autrement avant de nous couper dans la circulation. Ils savent qu’on a des passagers à bord, mais ils pensent qu’on peut arrêter notre véhicule sur une pièce de 10 cents. Je me fais toujours couper et c’est très dangereux. Les gens devraient être beaucoup plus prudents sur la route. »

La STO compte aujourd’hui 68 femmes parmi ses 494 chauffeurs, soit 14 % de son effectif.