Denis Gratton
Le Droit
Denis Gratton

La météo d’hier à aujourd’hui

CHRONIQUE / « Il me semble qu’il ne faisait pas chaud comme ça quand nous étions jeunes.—Bien sûr que oui, Manon. Il faisait aussi chaud.—Peut-être, Denis. Mais on n’avait pas des canicules interminables comme celle des derniers jours.—On avait d’aussi longues canicules qu’aujourd’hui. Et je ne sais pas pour toi, mais chez nous, nous n’avions pas de climatiseur.—Chez nous non plus. Mais comment faisait-on pour endurer cette chaleur ?

—Nous étions jeunes, Manon. On s’en fichait de la chaleur. On s’arrosait avec le boyau. On allait à la pataugeoire du quartier. On se bourrait de pop-sicles. On s’amusait. On en profitait. C’était l’été, c’était tout ce qui comptait.

—C’est vrai que chez nous on passait plus de temps au chalet qu’à la maison. Quand j’avais chaud, je sautais dans le lac.

—T’es chanceuse. Nous n’avions pas ce luxe-là. Nous, à Vanier, c’était l’été sur le béton. Et c’était bien correct comme ça. Un cornet au Dairy Queen du chemin de Montréal et la chaleur était vite oubliée. Mais sais-tu ce que nous n’avions pas à l’époque et que nous avons aujourd’hui, Manon ?

—Quoi ?

—Quelqu’un pour nous rappeler l’indice humidex. J’étais au dépanneur tantôt et le caissier m’a dit qu’on prévoyait 43 degrés pour demain. J’ai sursauté. C’est chaud en bâtard, ça. Et c’est là qu’il a ajouté: « Bien, en fait, on prévoit 32. Mais 43 avec le facteur humidex ». Et c’est la même chose aux bulletins de nouvelles. On nous ajoute tout le temps l’indice humidex, comme si 32 ou 34 n’était pas déjà assez chaud. Lâchez-moi avec votre facteur humidex ! Ils font peur au monde avec ça !

—Calme-toi, Denis.

—Mais c’est vrai ! Oui, il fait chaud. Oui, c’est humide. On le sait ! C’est l’été, bordel ! A-t-on vraiment besoin de faire un savant calcul scientifique pour conclure qu’il fera chaud et que ce sera humide ? « Il fera tellement chaud et ce sera tellement humide, nous dit-on, que vous aurez l’impression, avec l’indice humidex, qu’il fera 43 degrés ». Mais ça change quoi à nos vies de savoir ça ? Parce qu’une fois qu’on m’a dit qu’il fera 32 ou 34 degrés, j’ai compris qu’il fera chaud en maudit. Je n’ai pas besoin d’indice pour m’aider à comprendre.

—On peut changer de sujet, Denis, si tu…

—Et sais-tu une autre chose que nous n’avions pas à l’époque, Manon ?

—(Soupir…). Quoi ?

—Des bulletins de météo à répétition. Quand j’étais enfant, les prévisions météorologiques étaient présentées en fin de bulletin de nouvelles de 22 h. On gardait deux petites minutes à la fin pour la météo, pas plus. Et c’était suffisant. On avait tout compris. Aujourd’hui, on a des stations de télévision qui parlent de la météo 24 heures par jour et sept jours semaine. On a des applications météo qu’on peut télécharger sur nos appareils. À la radio, on nous rappelle les prévisions météorologiques aux 15 minutes. Et il n’est pas rare que le bulletin de nouvelles de 18 h à la télé s’ouvre avec la météo en manchette. Je n’arrive pas à cerner à quel moment exact la météo est devenue si importante dans nos vies. C’est rendu complètement fou. Complètement débile avec l’indice humidex.

—Puis Denis ? Es-tu content que le hockey reprendra bientôt ?

—Veux-tu que je te dise Manon c’était quoi un bulletin météo quand j’étais enfant ?

—(Long soupir….) D’accord…

—La météo, c’était me bercer sur la balançoire avec mes grands-parents en fin de journée quand le soleil commençait à se coucher. « Il va faire chaud demain, disait ma grand-mère, les cigales chantent fort ». Et voilà ! Pas de degrés. Pas d’indice humidex. Pas de radar. Pas d’avertissements ou d’alertes météo. Les cigales chantent, il va faire chaud. Et ma grand-mère avait toujours raison. Ou quand mon grand-père disait: « il faudra rentrer bientôt, on va avoir des orages », il ne se trompait pas. Il n’écoutait pas la radio ou la télé. Il ne regardait pas un radar sur un téléphone intelligent pas encore inventé. « Comment tu sais grand-papa qu’on aura bientôt des orages ? », que je lui demandais. « Les hirondelles volent basses », qu’il répondait. C’était aussi simple et aussi précis que ça. Les hirondelles volaient au ras du sol, il était temps de rentrer. C’était ÇA, la météo, quand j’étais jeune !

—Tu devrais aller prendre une marche pour te changer les idées, Denis ?

—Une marche, dis-tu ?

—Ouais. Et observer les hirondelles.

—Non. Fait trop chaud. »