Mère de huit enfants, Alda Côté a fêté ses 93 ans cette année.

La maman de Montfort

CHRONIQUE / Léo Côté n’allait pas rater l’événement pour tout l’or du monde. On inaugurait un tout nouvel hôpital à deux pas de chez lui. À deux pas de la terre que ce cultivateur exploitait sur la rue Church, à Vanier.

Oui, une ferme à Vanier. C’était il y a 65 ans. 

Le 11 octobre 1953, toute la communauté était invitée à assister à l’inauguration de l’Hôpital Montfort. Près de 3000 personnes étaient attendues à cette cérémonie au cours de laquelle l’archevêque d’Ottawa, Mgr Marie-Joseph Lemieux, allait bénir ce nouvel immeuble du chemin de Montréal. Léo Côté était du nombre.

« Mon mari est allé à l’inauguration de Montfort avec ses parents, se souvient sa veuve, Alda Côté, 93 ans. Moi, je suis restée à la maison. J’aurais bien aimé y aller mais nous avions quatre enfants et j’en attendais un cinquième. »

Ce que Mme Côté ne savait pas, c’est qu’elle allait bel et bien être de l’inauguration de ce nouvel hôpital et qu’elle allait même y avoir une place d’honneur.

En fait, en ce 11 octobre 1953, Alda Côté allait devenir la toute première patiente de l’histoire de l’Hôpital Montfort…

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Alda Côté a accouché à l’Hôpital Montfort le jour de son inauguration, en 1953, devenant ainsi la première patiente de l’établissement.

« Pas très longtemps après que mon mari ait quitté pour l’inauguration de l’hôpital, j’ai commencé à avoir des contractions, se souvient-elle. Puis j’ai perdu mes eaux. Alors j’ai appelé une cousine qui habitait pas très loin de chez nous pour qu’elle vienne garder mes quatre enfants. Puis j’ai appelé un taxi pour me rendre à l’hôpital.

« Une fois rendu à Montfort, il y avait foule devant l’hôpital. Alors le taxi est passé par en arrière. Et le Dr Thomas Dufour m’attendait là. Pendant qu’on célébrait en avant, j’étais admise en arrière.

—Et votre mari dans tout ça, Mme Côté, où était-il ?

—Il était dans la foule devant l’hôpital avec ses parents. Il ne savait pas que je venais d’être admise et que j’allais accoucher de notre cinquième enfant d’une minute à l’autre. Quelqu’un est allé le chercher dans la foule à un moment donné.»

Peu de temps après, Mme Côté donnait naissance à un fils qu’elle et son époux ont nommé Louis-Marie, en l’honneur du saint patron de l’hôpital. Louis-Marie Côté : le premier-né de Montfort, fils de la première patiente de Montfort.

« Après la cérémonie d’ouverture, Mgr Lemieux est venu dans ma chambre baptiser mon garçon, se rappelle Mme Côté. C’était spécial comme journée. Louis-Marie a toujours été fier d’être le premier bébé de Montfort. Je suis allée avec lui au Grand Rassemblement S.O.S. Montfort (en février 1997) au centre-ville d’Ottawa. Il habitait Montréal mais il tenait à y être. Moi aussi je tenais à y être. Ça n’avait pas de bon sens de fermer notre hôpital. Louis-Marie est décédé le 5 janvier dernier. Il était tellement malade, mon pauvre garçon. Il a combattu le cancer pendant
dix ans. »

Mère de huit enfants, Alda Côté a fêté ses 93 ans cette année. Mais bien malin qui pourrait deviner son âge. Cette dame en pleine santé, vive d’esprit et bouillonnante d’énergie habite seule à Gatineau. « Mais j’ai de bons enfants qui prennent bien soin de moi et qui me visitent presque chaque jour », dit-elle fièrement. 

À midi aujourd’hui, Mme Côté sera accompagnée de l’épouse de son fils Louis-Marie, Colette Duval, lors d’une célébration à Montfort pour souligner le 65e anniversaire de l’ouverture de ce centre hospitalier universitaire. La première patiente de l’endroit, mère du premier-né de l’endroit, sera l’invitée d’honneur de ce rassemblement du personnel de l’hôpital. Et cette fois-ci, elle ne s’y rendra pas en taxi, et la porte principale à l’avant de l’établissement lui sera grande ouverte.

« Certains de mes enfants qui habitent la région y seront aussi, dit Mme Côté. Mais j’ai un fils qui habite en Colombie-Britannique, et mon fils Gilles est évêque et missionnaire en Papouasie-Nouvelle-Guinée depuis 47 ans. Donc eux n’y seront pas. Mais Colette tenait à y être en mémoire de Louis-Marie. On a bien hâte. Ce sera spécial pour nous deux. Ce sera spécial comme journée.»