La candidate à la course à la direction du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario, Caroline Mulroney, a demandé qu’un débat en français soit tenu dans le cadre de cette course à la chefferie.

La machine Mulroney

CHRONIQUE / La nouvelle n’est pas passée inaperçue dans la communauté franco-ontarienne, mais c’est tout comme. Et pourtant...

C’est TFO qui l’a diffusée la semaine dernière. On apprenait que la candidate à la course à la direction du Parti progressiste-conservateur (PC) de l’Ontario, Caroline Mulroney, a demandé qu’un débat en français soit tenu dans le cadre de cette course à la chefferie.

« On ne peut pas rejoindre tout le monde dans notre province riche et diverse en ne débattant qu’en anglais. Amenez un débat en français », a-t-elle déclaré.

Certains observateurs diront qu’elle a du père. Que cette demande d’un débat en français est un piège qu’elle tend à ses quatre adversaires qui ne parlent pas le français, ou si peu. Peut-être. Ce serait effectivement du Mulroney tout craché. Une candidate à la course à la chefferie du Parti conservateur de l’Ontario a demandé un débat en français. Saisissez-vous l’ampleur de ce geste ?

Il s’agit sûrement d’une première dans l’histoire de l’Ontario. Je peux me tromper. Mais j’en doute. Oui, il y a déjà eu des débats en français dans certaines circonscriptions de la province où les francophones sont nombreux. Mais dans une course à la chefferie du PC ? De l’Ontario ? C’est du jamais vu. Et on me corrigera si je me trompe, j’en suis sûr.

Imaginez un instant.

Ces mêmes conservateurs qui, en 1912, voulaient interdire l’enseignement du français dans les écoles de la province.

Ces mêmes conservateurs qui n’ont pratiquement rien donné aux Franco-Ontariens pendant leurs 42 années consécutives au pouvoir, de 1943 à 1985. Entre 1971 et 1985, les députés libéraux d’Ottawa-Vanier, Albert Roy et Bernard Grandmaître – le grand-père et le père de la Loi 8 – ont successivement demandé qu’une loi sur les services en français soit adoptée à Queen’s Park. Mais le premier ministre de l’époque, Bill Davis, a toujours refusé d’acquiescer à leur demande. Il a fallu attendre l’arrivée au pouvoir des libéraux de David Peterson, en 1985, pour que la Loi 8 soit adoptée.

Ces mêmes conservateurs qui, en 1997, ont voulu fermer l’Hôpital Montfort.

Et voilà qu’une candidate au leadership de ces mêmes conservateurs exige un débat en français. Pincez-moi quelqu’un.

Les adversaires de Mme Mulroney sont plutôt tièdes à l’idée. La candidate Christine Elliott suit des cours de français sur une base régulière depuis deux ans, dit-on. Mais elle ne s’est pas vraiment prononcée sur la demande de Caroline Mulroney. Et deux autres candidats, Tanya Granic Allen et l’ancien chef de ce parti Patrick Brown, n’étaient pas encore dans cette course lorsque Mme Mulroney a fait cette suggestion.

Il reste l’autre candidat, Doug Ford. Lui, il s’est engagé à apprendre le français s’il est élu. (On prend une pause ici pour rire aux larmes.)

Combien de fois l’avons-nous entendue celle-là ? Souvenons-nous, par exemple, de l’ancien maire d’Ottawa, Larry O’Brien, qui avait fait la même promesse.

L’a-t-il appris ? Bien sûr que non. Il a plutôt choisi de bouder et d’ignorer la communauté francophone d’Ottawa pendant ses quatre années à l’hôtel de ville.

Mais revenons à Doug Ford. Lorsqu’un journaliste de Radio-Canada lui a demandé de se prononcer sur le bilinguisme du chef du Parti conservateur de l’Ontario, il a dit : « il est important de pouvoir communiquer avec une autre partie du pays qui parle le français. J’aime le Québec. J’aime les Québécois ; ils sont passionnés ». Hein ? Mais qui a parlé des Québécois ? Doug Ford ignore-t-il que l’on compte plus de 600 000 francophones en Ontario ?

Donc y aura-t-il un débat en français dans le cadre de cette course ? Comme diraient Doug Ford et Larry O‘Brien : « don’t hold your breath ».

Et qui sera élu à la tête des conservateurs de l’Ontario le 10 mars prochain ? Ma prédiction : Caroline Mulroney. Et pourra-t-elle défaire Kathleen Wynne aux élections provinciales ? Ma prédiction : oui. Surtout si la machine à papa se met à son service.

Et à en juger par sa surprenante demande pour un débat en français, je devine que la machine à papa est déjà très bien huilée et qu’elle roule à fond de train...