Andrea Dubois

La lutte d’une vie

CHRONIQUE / Ils ont été de toutes les luttes, de toutes les mobilisations, de toutes les victoires.

De Penetanguishene au mouvement « C’est l’temps », en passant par Sault-Ste-Marie, l’accent aigu sur « Orléans » et S.O.S. Montfort, ils étaient là, aux barricades, prêts au combat et prêts à tout pour s’assurer que les générations futures puissent à leur tour clamer : « Nous sommes, nous serons ! ».

Si les Franco-Ontariens ont aujourd’hui la pleine gestion de leur système scolaire, c’est grâce à eux. Si la Loi sur les services en français de l’Ontario a été adoptée il y a 32 ans, c’est grâce à eux. Si on peut être soigné en français et parler de l’Hôpital Montfort avec une fierté dans l’âme, c’est grâce à eux.

C’est grâce à ces générations qui nous ont précédés et qui se sont courageusement battues pour nous léguer leur langue et leur culture. Pour nous léguer notre place.

Et bien qu’ils aient aujourd’hui atteint un… « certain âge », ils sont toujours prêts au combat. Prêts à prouver encore une fois que l’avenir est à ceux qui luttent. Sauf que…

Sauf qu’on ne sort pas manifester dans la rue en décembre quand l’hiver est devenu notre pire ennemi. Et quand nos « réseaux sociaux » se limitent aux visites de nos proches, aux repas ensemble à la salle à manger de la résidence, aux cafés chez McDo avec la gang, et à la partie de bridge ou de pétanque en après-midi, on ne « partage » pas en ligne et on ne « clique » pas à grands coups de « j’aime », de tweets et d’emojis.

Alors comment se joint-on aux nôtres pour lutter lorsqu’on est dépassé par la technologie et bousculé par le temps qui file ? L’enseignante franco-ontarienne à la retraite, Andréa Dubois, de la Résidence Héritage à Ottawa, a trouvé la solution.

« On peut signer, dit-elle. On est tous capables de signer une pétition. C’est ce que j’ai dit aux autres résidents de l’Héritage. Dans les jours qui ont suivi l’annonce de l’abolition du Commissariat aux services en français et de l’Université de l’Ontario français, j’ai dit aux gens que j’allais circuler dans la résidence avec une pétition le samedi 1er décembre (jour de la manifestation historique de La Résistance). Et je leur ai promis que notre pétition et une lettre que je rédigerais seraient sur le bureau du premier ministre Doug Ford le lundi 3 décembre.

«Les gens ici, les gens âgés sont une richesse. Ils ont tellement d’expérience de vie et de luttes, il faut aller les chercher et les inclure. Ces gens ont fait preuve de courage et de détermination toute leur vie. Ils sont plus convaincus que ceux qui sont déjà convaincus.»

Mme Dubois a tenu parole. Et elle a recueilli 140 signatures cette journée-là. Quelques jours pus tard, une lettre déposée sur le bureau de Doug Ford se lisait comme suit :

À l’attention du premier ministre de l’Ontario,

Nous unissons nos voix à celles des Franco-Ontariens et Franco-Ontariennes afin de réclamer nos droits à une université francophone et un Commissariat aux services en français. Tenez-le pour acquis. Nous demanderons toujours au gouvernement ontarien le respect de notre langue et de nos valeurs. Nos générations futures continueront avec l’ardeur et la ténacité de leur jeunesse.

Nous sommes, nous serons, nous continuons !

Mme Dubois a récidivé quelques jours plus tard.

«J’ai fait signer la pétition durant la fin de semaine, explique la septuagénaire. Or, certains résidents étaient à l’extérieur cette fin de semaine là et ils tenaient eux aussi à la signer. Il y avait aussi les visiteurs et les familles des résidents qui voulaient également apposer leur signature. Alors j’ai recommencé avec une nouvelle pétition. Et je me suis rendue au McDonald du chemin de Montréal, tout près d’ici, où certains se regroupent tous les matins pour prendre un café ensemble. Certains avaient de gros mots pour le gouvernement Ford. Ici aussi, à la résidence, j’ai entendu des gros mots de nos ancêtres, mais pas de blasphèmes. Enfin, j’ai rédigé une deuxième lettre et j’ai fait parvenir une deuxième pétition au premier ministre qui comptait 125 signatures cette fois-ci. Et en janvier, je commencerai à rédiger des messages pour Mme (Caroline) Mulroney (la ministre des Affaires francophones de l’Ontario).

«Les jeunes peuvent compter sur nous. Nous nous battrons comme nous nous sommes toujours battus afin qu’ils obtiennent leur université de langue française et qu’ils soient fiers de leur langue. On ne reculera pas. Nous continuerons à lutter pour eux, et pour toutes les générations à venir», conclut Andréa Dubois, qui invite toutes les résidences pour retraités de partout en région de l’imiter et de se joindre à La Résistance.