Michel Lepage a pris la relève de son père derrière le comptoir de la Bijouterie Florent Lepage, sur le boulevard Saint-Joseph, dans le secteur Hull, en 1983. Dans un mois, ce commerce fondé en 1946 fermera ses portes.

La fin d’une époque

CHRONIQUE / Après presque 75 ans en affaires, la petite bijouterie du coin fermera ses portes à tout jamais.

Le coin, c’est le boulevard Saint-Joseph. Le quartier : Saint-Jean-Bosco. Le commerce : la Bijouterie Florent Lepage. Un commerce fondé en 1946 par le bijoutier… Florent Lepage.

Lorsque celui-ci a pris sa retraite en 1983, son fils Michel a pris la relève. Et c’est ce réparateur et créateur de bijoux qui accueille les fidèles clients de ce commerce familial depuis. « Certains de mes clients sont les petits-enfants des anciens clients de mon père », lance M. Lepage en riant.

Aujourd’hui âgé de 74 ans, Michel Lepage a décidé à son tour d’accrocher ses bagues et ses colliers. Et à compter du 1er décembre prochain, la bijouterie Florent Lepage ne sera plus.

« L’édifice est vendu, dit le bijoutier. Je crois que c’est une boutique de toilettage d’animaux qui s’établira ici. Le temps est venu pour moi de profiter de la vie un peu plus. J’étais dans une sorte de semi-retraite depuis les trois dernières années. J’avais réduit mes heures de travail ainsi que les heures d’ouverture de la bijouterie, et je fermais boutique pendant trois mois durant l’hiver. Mais là, c’est fini. Je vais passer plus de temps sur les terrains de golf avec mon épouse, Thérèse », ajoute-t-il en souriant, lui qui s’est découvert une passion pour le golf il y a à peine quatre ou cinq ans.

J’ai rencontré Michel Lepage il y a 17 ans pour préparer un reportage sur les 55 ans de sa bijouterie. Il m’avait raconté à l’époque que la relève dans la bijouterie familiale n’était pas assurée puisque ses deux filles, Brigitte et Caroline, étaient enseignante et agente de bord, respectivement.

M. Lepage ajoutait cependant : « Mes deux filles ont réussi dans la vie et je suis très fier d’elles. Mais qui sait ? Peut-être que l’une d’elles changera de métier un jour ».

Eh bien non. Ni Brigitte ni Caroline ne prendra la relève derrière le comptoir de la bijouterie qui porte le nom de leur grand-père. Elles ont plutôt imité leur père en vivant leur passion jusqu’au bout et en excellant dans leur domaine.

Caroline, qui était agente de bord il y a 17 ans, est aujourd’hui enseignante et formatrice pour les nouveaux et nouvelles agents de bord qui font leurs débuts chez Air Canada.

Et Brigitte, l’enseignante, est aujourd’hui directrice de l’école élémentaire publique Jeanne-Sauvé, à Orléans. Elles ne seront jamais bijoutières, mais elles brillent à leur façon…

« Et je suis fier grand-papa de quatre petits-enfants, reprend M. Lepage. Deux garçons et deux filles qui sont aujourd’hui adolescents. »

Corrigez-moi si je me trompe, M. Lepage, mais vous n’aviez pas deux gros chiens ici dans la bijouterie à l’époque ?

— Oui. Deux dobermans. Ils sont décédés. Mais j’ai conservé la photo de l’un d’eux que j’affiche ici sur le comptoir. Il se nommait Fritz.

— Ces deux dobermans éloignaient les voleurs, je devine.

— Exactement. Et aujourd’hui, lorsqu’un client que je ne connais pas entre ici et me demande si ce doberman sur la photo est mon chien, je lui réponds : « oui ». Mais sans ajouter qu’il est mort », laisse-t-il tomber dans un éclat de rire.

C’est une page d’histoire qui se tournera le 1er décembre prochain lorsque la bijouterie Florent Lepage fermera ses portes pour la dernière fois.

Tenez, je vais offrir un petit cadeau à M. Lepage avant son départ : une « plogue ». D’ici le 1er décembre, tous les bijoux en magasin se vendront à 50 % de rabais. Voilà.

Bonne retraite Monsieur le bijoutier. Et bon golf !

Et de la part des innombrables clients qui ont franchi votre porte au cours des dernières décennies : un gros merci. Un ami comme vous vaut son pesant d’or…