Diane Mercier a pris une décision qui a changé sa vie : apprendre à lire et à écrire.

La décision d’une vie

CHRONIQUE / Diane Mercier croyait perdre son emploi. Cet emploi auquel elle tenait tant.

C’était en 1996. Mère monoparentale de deux filles et bénéficiaire de l’aide sociale, Diane travaillait à l’époque pour l’organisme Entraide familiale de l’Outaouais, dans le Vieux-Gatineau. Emploi Québec lui avait déniché ce boulot où elle devait placer les vêtements sur les tablettes et les pendre à des cintres, s’occuper de l’entretien ménager de la boutique, accueillir les clients et le reste.

« Je recevais de l’aide sociale, mais j’étais apte à travailler et je voulais travailler, donc Emploi Québec m’avait aidée à trouver cet emploi », dit-elle.

Atteinte d’une légère déficience intellectuelle, Diane Mercier s’acquittait de ses tâches sans problème. Elle travaillait, elle contribuait à sa façon, elle s’entendait bien avec ses collègues de travail et elle était heureuse.

Jusqu’au jour où la directrice d’Entraide familiale de l’Outaouais lui a demandé de placer des étiquettes qui correspondaient aux vêtements nouvellement reçus. Alors là, ça ne marchait plus. Et Diane est disparue.

« Je me suis cachée dans un coin du magasin, là où personne ne pouvait me voir, se souvient-elle. Mais la directrice m’a trouvée et elle m’a fait venir à son bureau. Elle m’a demandé pourquoi je m’étais cachée comme ça. Je n’ai rien répondu. Puis elle m’a demandé si je savais lire et écrire. J’ai été obligée de lui dire. C’était non. »

Diane a conservé son emploi. Et elle a œuvré à Entraide familiale de l’Outaouais (EFO) pendant quatre ans et demi. Mais cette journée-là, cette journée où elle a choisi de se cacher plutôt que de dévoiler son lourd secret, sa vie a changé.

La directrice d’EFO l’a guidée vers l’organisme d’alphabétisation populaire de Gatineau, Le vent dans les lettres. Et Diane fréquente ce centre depuis les 21 dernières années. Elle siège même depuis quelques mois au conseil d’administration du « Vent dans les lettres » à titre de représentante des participants. « Et je vais être ici jusqu’à ma mort ! », lance-t-elle en souriant.

« Ma vie a réellement changé le jour où j’ai mis les pieds ici, dit-elle. J’apprends toujours. Je peux lire assez bien, mais j’ai encore de la difficulté avec l’écriture. Et ce n’est pas toujours facile de comprendre certains mots. Mais j’apprends chaque jour », ajoute-t-elle en lisant sans trop de difficultés les grands titres à la « Une » de l’édition du Droit de mardi déposée sur la table devant elle.

« Ça n’a pas toujours été facile, reprend Diane. Je devais me débrouiller. Si, par exemple, le médecin me donnait une ordonnance, le pharmacien devait me l’expliquer et me dire ce qui était écrit sur la bouteille de médicaments. Quand je recevais une facture par la poste, je ne pouvais la lire. Je ne pouvais pas lire le nom des rues, ni les instructions pour la laveuse et la sécheuse à la buanderie, ni les notes que les enseignants envoyaient aux parents. Et au restaurant, lorsqu’on m’apportait le menu, je ne pouvais pas le lire. Donc je commandais toujours la même chose : un hamburger all dress. C’était tout ce que j’avais à dire à la serveuse en lui redonnant le menu. Même si, parfois, je n’avais pas vraiment faim pour un hamburger all dress », ajoute-t-elle en riant.

Malgré tous ces défis et ces obstacles, Diane Mercier a réussi à élever ses deux filles. « Quand ma fille aînée était à la maternelle, dit-elle, j’ai expliqué à l’enseignante que je ne savais pas lire ni écrire. Et on a pris les mesures nécessaires pour que ma fille puisse l’apprendre. Plus tard, c’est elle qui aidait sa jeune sœur avec la lecture et l’écriture. »

Ses filles sont aujourd’hui âgées de 39 et 30 ans. Les deux occupent un emploi au gouvernement fédéral et savent très bien lire et écrire.

Et Diane, 60 ans, est aujourd’hui fière grand-maman de quatre petits enfants.

« Quand mes filles étaient à l’école, dit-elle, je regardais les autres parents prendre soin de leurs enfants et je me demandais si je pouvais faire aussi bien qu’eux. Je ne voulais pas montrer aux autres que je ne savais pas lire ni écrire. Je voulais juste être une maman comme les autres. »

Le vent dans les lettres tient une journée portes ouvertes à ses nouveaux locaux, le jeudi 25 octobre, de 14 h à 17 h, au 797 de la rue Jacques-Cartier, dans le secteur Gatineau. L’événement est ouvert à tous.

Pour plus de renseignements : Le vent dans les lettres au 819-561-5473 ou www.ventdansleslettres.ca