Denis Gratton
Le Droit
Denis Gratton
L’un de ces examens à passer à un certain âge est la coloscopie. Ou la côlonoscopie.
L’un de ces examens à passer à un certain âge est la coloscopie. Ou la côlonoscopie.

La côlonoscopie

CHRONIQUE / Je suis à un âge où certains examens médicaux deviennent nécessaires, inévitables. On devient un tacot en vieillissant. Il roule toujours, le vieux tacot. Oui, il a un peu de rouille, il a vu de meilleurs jours, il émet parfois des bruits mystérieux. Mais il avance, il est fiable. Mais il faut régulièrement vérifier l’engin et chaque petite pièce du mécanisme afin qu’il puisse rouler encore longtemps. Il faut changer l’huile aux 5 000 kilomètres, mettons.

L’un de ces examens à passer à un certain âge est la coloscopie. Ou la côlonoscopie. Les deux s’utilisent et veulent dire la même chose: on vous insère une espèce de caméra dans le corps pour aller visiter vos entrailles.

Ouch. Ouille. Ayoye.

Ce sont les trois premiers mots - le quatrième n’étant pas publiable - qui me sont venus en tête lorsque le médecin m’a dit qu’il me «rentrait au garage» pour ce coup d’oeil sur mon système d’échappement.

Mais je me suis vite rendu compte que ce n’est pas la côlonoscopie comme telle qui est pénible, mais bien la préparation à cet examen médical.

Parce qu’avant que le médecin insère une minuscule caméra là où… là où… comment vous dire ? Tenez, je vais utiliser les mots d’introduction de la série télévisée «Star Trek»:

Avant que le médecin insère une caméra là où «no one has gone before», vous devez être à jeun, vos entrailles doivent êtres vides. Vides, vides. Et pour les vider, il faut prendre trois sachets d’un produit nommé Pico-Salax dilué dans l’eau qui «vous fera aller» vite. Vite, vite.

Le tuyau de votre évier de cuisine est bloqué ? Vous réglerez probablement le problème avec du Drano.

Eh bien le Pico-Salax est le Drano de votre tuyauterie intestinale. Tout y passe avec ce produit. Le souper d’hier soir, le petit-déjeuner d’hier matin, le McDo d’avril dernier que vous n’arriviez pas à digérer… tout. J’ai même cru apercevoir dans le fond du bol un sou noir que j’avais accidentellement avalé quand j’étais enfant.

Le Pico-Salax se prend dans les 24 heures avant la côlonoscopie. Mais avant de prendre le premier des trois sachets, vous devez d’abord boire quatre litres de liquide clair.

Donc si on vous indique que vous devez prendre le premier sachet à 16 h, vous devez d’abord tenter d’éviter la noyade en buvant quatre litres de liquide en quelques heures. De l’eau, du Gatorade, du jus, des popsicles, du Jell-O, du Seven-Up, du bouillon…

C’est bien bon tout ça. Mais quatre litres entre l’heure du réveil et le premier sachet de 16 h… laissez-moi vous dire que c’est beaucoup, beaucoup de liquide à ingurgiter en si peu de temps. Le Jell-O finit par goûter le bouillon et à vous rouler en bouche.

Une fois ces quatre litres bus vient le sachet de Pico-Salax de 16h. Puis vient la course folle vers la salle de bain à 17 h. Puis vient votre sortie de la salle de bain à 18h.

Ça ne s’arrête pas là. Vous devez maintenant boire deux autres litres de liquide clair pour préparer vos entrailles pour le deuxième sachet de Pico-Salax de 20 h. Sans blague. Tout est à recommencer.

Vos intestins sont complètement vidés, vous en êtes sûrs et certains. Vous venez de perdre instantanément de deux à trois livres tout en vous rendant compte que vous étiez «plein de marde» avant ce traitement de Pico-Salax. Et tout est à refaire !

Le troisième sachet, lui, se prend le lendemain matin, après deux autres litres de liquide clair et cinq heures avant la côlonoscopie. Et à ce point-là, le Jell-O que vous prenez passe comme du beurre. Plus rien n’existe dans vos entrailles pour l’arrêter. Vous pourriez avaler une pièce d’un dollar et elle vous sortirait par l’autre bout à la vitesse d’une pièce de monnaie qui passe dans une machine distributrice vide.

Après ce troisième et dernier sachet et deux autres litres de liquide clair, vous êtes enfin prêt pour la côlonoscopie.

J’étais étendu sur un lit de la clinique Ottawa Gastrointestinal Institute. Nu comme un vers, mais recouvert de la traditionnelle «p’tite jaquette bleue pas de dos». Le gastroentérologue est venu me voir avant l’intervention pour m’expliquer la procédure. Puis il a ajouté…

«On va vous faire un «deux pour un» aujourd’hui, M. Gratton.

—Que voulez-vous dire, Docteur ?

—Pendant que vous serez sous anesthésie, nous ferons la côlonoscopie, mais aussi une endoscopie.

—C’est quoi, une endoscopie ?

—On insère une sonde par la bouche pour aller voir l’estomac et le petit intestin. Ça ne prendra que quelques minutes.

—S’agit-il de la même sonde que vous utiliserez auparavant pour la côlonoscopie ?

—Bien sûr que non !

—Donc une caméra par ma bouche, et une autre par ma «sortie de secours» ?

—C’est ça.»

Misère… ce n’est pas une simple caméra qu’ils ont insérée dans mes entrailles, mais toute une équipe de tournage !

Je crois que la sortie du film est prévue pour le printemps 2021.

Le résultat ? Rien à signaler, m’a dit le médecin. Soulagé - dans tous les sens du mot - je me suis dit que c’était un mal pour un bien, un souci de moins. Que c’était chose faite et que mes entrailles étaient bénies.

Jusqu’à ce que le gastroentérologue ajoute: « on vous revoit dans cinq ans, M. Gratton ! ».

Changer l’huile aux 5 000 km, disais-je. Pas drôle être un tacot.