À l’hiver 2014, moins de cinq ans après son amputation, Caroline Bisson, a participé à quatre épreuves en ski de fond et en biathlon aux Jeux paralympiques de Sotchi, en Russie, obtenant notamment une 11e position au 10 km de biathlon.

La championne

CHRONIQUE / Caroline Bisson était journaliste au bureau d’Ottawa de TFO. C’était en 2007. Et d’être journaliste était un rêve qui se réalisait pour cette jeune femme de la Basse-Ville d’Ottawa et diplômée de l’école secondaire publique De La Salle.

Mais en octobre 2008, son rêve s’est écroulé lorsqu’elle a été diagnostiquée avec un cancer des os. Sept mois plus tard, en avril 2009, on lui amputait l’épaule, la clavicule et le bras gauche.

Une lourde épreuve qui l’a retenue au sol pendant de longs et sombres mois. Mais Caroline s’est relevée. Plus forte que jamais. Et la journaliste qu’elle était s’est métamorphosée en athlète.

À l’hiver 2014, moins de cinq ans après son amputation, elle a participé à quatre épreuves en ski de fond et en biathlon aux Jeux paralympiques de Sotchi, en Russie, obtenant notamment une 11e position au 10 km de biathlon.

Et lorsque je l’ai rencontrée en février 2017 dans le cadre des grandes entrevues du samedi, Caroline Bisson s’apprêtait à quitter pour la Corée du Sud pour tenter de se qualifier au sein de l’équipe paralympique canadienne en vue des Jeux paralympiques de PyeongChang qui débutent le 9 mars prochain. « Ce sera plus difficile de me qualifier qu’en 2014, m’avait-elle confié. J’ai 42 ans et les jeunes sont très bons. Mais je m’en vais là-bas dans le but de me créer ma propre place aux Jeux. Et je vais me donner au maximum, donner le tout pour le tout, et la vie décidera. Et j’ai confiance en la vie ».

Elle a effectivement donné le tout pour le tout. Et mission accomplie. En mars 2017, sur le site des Jeux, Caroline Bisson s’est qualifiée. Elle pouvait même rêver à une place sur le podium aux Jeux paralympiques de PyeongChang.

Elle avait confiance en la vie et la vie lui a souri.

Mais lorsque l’avion des 55 athlètes paralympiques canadiens décollera pour PyeongChang cette semaine, Caroline Bisson ne sera pas à bord. Elle n’ira pas aux Jeux. La vie, cette drôle de vie, avait encore une fois d’autres plans pour elle.

Une simple balade en vélo l’été dernier s’est transformée en cauchemar lorsqu’elle a fait une chute et subi une commotion cérébrale.

Toujours trop faible pour accorder des entrevues, voici ce qu’elle a écrit dans un courriel qu’elle a intitulé « Un coup dur » et qu’elle a fait parvenir lundi soir à ses amis, ses proches et ses fans : « C’est avec un pincement au cœur que je reçois vos vœux de succès et de chance, car je n’irai pas à PyeongChang. (...) L’automne et l’hiver furent particulièrement difficiles, tant physiquement que moralement. Les symptômes s’aggravaient chaque fois que je tentais de reprendre mes activités. J’ai dû annuler, tour à tour, camps d’entraînement et compétitions, pour finalement me résigner à céder ma place aux Jeux. Il va sans dire que je suis très déçue. Mes performances lors des épreuves de qualification en Corée, en mars dernier, laissaient présager une autre fin. Comme quoi la vie a un autre plan pour moi ».

Elle ajoute qu’elle vit cet autre épisode de sa vie un jour à la fois et qu’une commotion cérébrale est une blessure capricieuse qui ne se guérit pas par pure détermination et volonté. « Mais bien que le progrès soit lent, ajoute-t-elle, je suis sur la voie de guérison et j’ai confiance que la vie m’entraîne là où je dois aller. La seule chose qui me manque vraiment... c’est de skier. »

La grande entrevue de mars dernier avec Caroline Bisson était coiffée du titre : « L’ambassadrice de la vie ». D’abord parce qu’elle est ambassadrice du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario. Mais aussi parce que cette femme, malgré toutes les épreuves qu’elle a subies et vécues au cours des dix dernières années, a une confiance inébranlable en la vie. Elle aime la vie. Profondément.

Mais que lui réserve maintenant cette vie ? Un retour en journalisme, peut-être ? Journaliste ou analyste aux Jeux olympiques et paralympiques ? Ou encore une nouvelle carrière dans un tout autre domaine. Qui sait ?

Chose certaine, on la reverra. Elle se relèvera. Encore plus forte et déterminée que jamais.

Elle ne montera pas sur le podium à PyeongChang. On ne lui passera pas une médaille au cou.

Mais par son courage, sa persévérance et son amour pour la vie, Caroline Bisson sera toujours une championne.