La jeune femme sur la photo se nomme Hanan Al Taha.

Deux ans loin des siens

CHRONIQUE / Le carton laissé sur la table d’un café a piqué ma curiosité. « Personne ne devrait être sans famille », pouvait-on y lire sous une photo d’une jeune Syrienne au sourire un peu timide et aux yeux pleins d’espoir.

La jeune femme sur la photo se nomme Hanan Al Taha. Voici son histoire.

Il y a deux ans, Hanan, ses parents, ses trois frères et ses deux sœurs ont obtenu le statut de réfugiés et il était prévu qu’ils viennent tous au Canada débuter une nouvelle vie, loin des atrocités de leur Syrie natale. Un pépin administratif est cependant survenu et seules Hanan, 20 ans, et sa sœur, Zainab, 18 ans, ont pu quitter. Les autres membres de leur famille, réfugiés au Liban, devaient venir les rejoindre dans les semaines ou les mois qui suivaient. Il y a deux ans de ça…

Hanan et Zainab sont arrivées au Canada — à Gatineau plus précisément — le 20 décembre 2016. Le gouvernement fédéral leur a trouvé un logement de la rue Mutchmore, secteur Hull. Et c’est dans cet appartement que les deux jeunes femmes devaient débuter leur nouvelle vie. Sans trop d’encadrement, avec un minimum de meubles et d’accessoires, sans repères, sans connaître la langue et la culture d’ici, sans les leurs. Seules au monde.

Au bout de sept mois, Zainab n’en pouvait plus. Et elle est retournée au Liban auprès de ses parents et des siens. Hanan, elle, est restée.

« Ma sœur n’arrivait pas à s’adapter à la vie ici, a dit Hanan lorsque je l’ai rencontrée il y a quelques jours. C’était trop froid et Zainab trouvait ça très dur. La langue, la culture, la solitude, toutes ces choses. Elle n’y arrivait pas.

— Et pourquoi êtes-vous restée ?, lui ai-je demandé.

— Je n’aimais pas le Liban. Je ne me sentais pas en sécurité là-bas.

— Et vous vous sentez en sécurité ici, seule ?

— Plus qu’au Liban, oui.

— Et comment voyez-vous votre vie dans cinq ans ou dans dix ans ?

— Je pense que je vais être une femme très importante au Canada. J’aimerais devenir neurologue, peut-être gynécologue. Je veux être médecin. »

Hanan, 22 ans, suit des cours de français au Centre Nouvel-Horizon depuis maintenant deux ans et elle maîtrise de mieux en mieux la langue d’ici. Elle apprend aussi la conduite automobile et passera un examen dans quelques semaines. Elle s’adapte bien, elle a tissé des amitiés avec ses collègues de classe et elle parle régulièrement avec sa famille via les réseaux sociaux.

Mais elle vit toujours seule. Et elle attend patiemment que sa famille puisse venir la rejoindre dans son nouveau pays qu’elle apprivoise de jour en jour.

Si Hanan a pu passer à travers les moments les plus difficiles de sa nouvelle vie, c’est beaucoup grâce à un groupe de gens qui se sont réunis pour former « Les Amis canadiens de Hanan ». C’est ce groupe d’une vingtaine de personnes qui a distribué les cartons « Personne ne devrait être sans famille » et qui travaille depuis plusieurs mois pour faciliter la venue à Gatineau des parents et des frères et sœurs de Hanan. Jean Roberge et son épouse, Monique Michaud, en font partie.

« Nous supportons Hanan du mieux que nous le pouvons, dit M. Roberge. On voit cependant que ce support ne remplacera jamais sa famille. Présentement, les quotas de réfugiés reçus au Québec par les gouvernements sont atteints. La seule opportunité qui demeure est via un organisme sans but lucratif (OSBL) qui soit déjà approuvé par les gouvernements fédéral et provincial pour commanditer la famille, et d’avoir accumulé un minimum de 35 000 $ pour pouvoir les supporter durant leur première année d’intégration. Nous avons trouvé un tel organisme prêt à nous appuyer : l’église Grace United, ici en Outaouais, qui a un certificat de recevabilité pour faire venir dix réfugiés. Et notre demande à travers cette église est pour six personnes, soit la famille de Hanan au Liban. Il ne manque que les 35 000 $. »

Le processus est long. Le succès n’est pas garanti. Mais « Les Amis canadiens de Hanan » gardent espoir qu’un jour Hanan sera réunie avec les siens.

« Nous organisons toutes sortes d’activités pour amasser les 35 000 $ requis, affirme Monique Michaud. Nous sommes rendus à approximativement 15 000 $, dont 8 000 $ ont été recueillis par sociofinancement (gofundme.com). Nous avons un plan d’établi pour l’arrivée de la famille Al Taha. Qui va faire quoi ? Comment, par exemple, aller chercher de l’assurance-maladie ? Quelqu’un du groupe est déjà désigné pour faire ça, et ainsi de suite. Chaque bénévole s’est donné un rôle pour s’assurer que la famille de Hanan soit bien encadrée à son arrivée ainsi que dans les mois et les années qui suivront.

«Notre but, conclut Mme Michaud, est de remplir son cœur de joie. De voir Hanan sourire. De la voir heureuse. Personne ne devrait être seul.»