On apprenait dans notre édition de lundi qu’il est pratiquement impossible d’être servi en français dans les concessions de l’aéroport international Macdonald-Cartier d’Ottawa.

Des passagers de deuxième classe

CHRONIQUE / On apprenait dans notre édition de lundi qu’il est pratiquement impossible d’être servi en français dans les concessions de l’aéroport international Macdonald-Cartier d’Ottawa.

Que ce soit dans les Tim Hortons des lieux, dans les dépanneurs Relay, au restaurant Harvey’s ou au bureau de change, c’est partout pareil, les francophones se butent au sempiternel « sorry, I don’t speak French ».

Ça vous surprend ? Plusieurs répondront : non. Et que cette situation ne se limite pas à l’Aéroport d’Ottawa. C’est vrai.

J’ai rédigé une chronique la semaine dernière sur la place qu’occupera le français dans la nouvelle épicerie Adonis d’Ottawa et j’ai reçu de nombreux courriels de lecteurs qui y allaient de leur expérience « English only » dans d’autres commerces d’Ottawa, d’Embrun, de Rockland et d’ailleurs. Le problème est généralisé et prend de l’ampleur au même rythme que l’étalement urbain.

(J’ouvre une parenthèse. Je suis passé chez Adonis samedi, question de voir si les francophones sont bien accueillis et si l’affichage est bilingue. Ma note : A+. Tout l’affichage est bel et bien dans les deux langues officielles du pays et les trois employés auxquels je me suis adressé parlaient français. Coïncidence ? Peut-être. Mais c’est déjà trois employés bilingues de plus que dans plusieurs autres commerces de la capitale.)

Revenons maintenant à l’Aéroport d’Ottawa et l’absence de services en français dans les concessions de l’endroit. J’avoue que cette situation me surprend un peu.

Elle me surprend parce que le président et chef de la direction de cet aéroport est francophone. Il s’agit de Mark Laroche, un diplômé du collège Saint-Alexandre de Gatineau, ancien président et chef de la direction de la Société immobilière du Canada et ancien directeur général de la Ville de Gatineau.

Lorsque je l’ai rencontré pour une entrevue, en novembre de l’année dernière, je lui ai demandé comment il voyait l’Aéroport d’Ottawa dans cinq ans. Voici ce qu’il m’a répondu :

« On entreprendra de grands projets au cours des cinq prochaines années. Nous aurons, entre autres, le train léger qui se rendra ici. Nous sommes aussi en demandes de propositions publiques dans le but de changer toutes les concessions. Et nous planifions la construction d’un hôtel (Alt) qui sera rattaché à l’aéroport. Il y aura donc le train léger d’un côté, un hôtel de l’autre et, entre les deux, on refera toutes les concessions ».

Et ici, je m’en veux. Si cette entrevue était à refaire, ma prochaine question serait : allez-vous vous assurer que ces nouvelles concessions comptent des employés bilingues ? Mais je ne l’ai pas posée, cette question. Je n’ai pas eu ce réflexe.

Peut-être parce que je croyais naïvement qu’il allait de soi que les commerces de l’aéroport international de la capitale d’un pays officiellement bilingue embauchent des gens bilingues. Ça me semblait tellement logique. Donc je craignais peut-être que ma question soit impertinente.

Mais je me rends compte aujourd’hui que j’aurais peut-être dû la poser...

Je sais bien que ce n’est pas M. Laroche qui procède à l’embauche des employés des Tim Hortons et des autres concessions de l’aéroport. L’homme a d’autres chats à fouetter et ces concessions sont gérées par l’entreprise privée.

Mais le président Laroche a tout de même un mot à dire dans tout ça. Un « gros » mot. Un très « gros » mot.

Et puisqu’il n’est jamais trop tard pour bien faire, dit-on, je vais lui poser la question que j’aurais dû lui poser l’an dernier. Voici :

« M. Laroche,

«Toutes les concessions de l’aéroport seront bientôt changées pour faire place à des restaurants originaires d’Ottawa tels le Zak’s Diner, l’épicerie italienne La Bottega et la brasserie Big Rig, ainsi qu’à des commerces d’ici tels que Bee Savvy, et Hummingbird Chocolate, pour ne nommer que ceux-ci. En tant que président et chef de la direction de l’Aéroport d’Ottawa, avez-vous l’intention d’obliger ces nouvelles concessions à offrir un service bilingue afin que tous les clients puissent être servis dans la langue de leur choix ?

Si oui, quelles mesures prendrez-vous si cette obligation n’est pas respectée ?

En vous remerciant et en attendant votre réponse, M. Laroche, je vous souhaite une très belle journée.»