Le ministre de l’Énergie de l’Ontario, Glenn Thibeault

Des excuses, M. Thibeault?

CHRONIQUE / Faut-il en rire ou en pleurer ? Le ministre de l’Énergie de l’Ontario, Glenn Thibeault, a annoncé cette semaine la mise sur pied d’un nouveau programme provincial de réduction des coûts d’électricité. Ce programme de 100 millions $ vise à encourager les contribuables à installer gratuitement des ampoules à DEL qui consomment peu d’énergie, des barres d’alimentation électrique et ainsi de suite. Or, pour vérifier leur admissibilité à ce programme et présenter une demande, les citoyens doivent visiter un site web. Un site web uniquement disponible en anglais.

Voyez-vous l’ironie dans tout ça ? La triste et décourageante ironie ?

Glenn Thibeault. Ce nom vous rappelle quelque chose ? Sinon, permettez-moi de vous rafraîchir la mémoire.

En décembre 2015, la première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne, a surpris la communauté franco-ontarienne en acceptant de lui présenter à Queen’s Park des excuses officielles pour le Règlement XVII. Adopté en 1912, ce règlement a interdit, pendant 15 ans, l’enseignement de la langue française dans toutes les écoles de l’Ontario.

Pourquoi Mme Wynne a-t-elle décidé de poser ce geste symbolique plus de 100 ans après l’imposition de cet infâme règlement ?

Eh bien, elle l’a fait à la demande de son député de Sudbury... Glenn Thibeault.

La voyez-vous maintenant la triste et désolante ironie ? Le député Thibeault — nommé ministre de l’Énergie en juin 2016 — a déposé une résolution en 2015 afin que l’Assemblée législative de l’Ontario présente des excuses formelles aux Franco-Ontariens. Et deux ans plus tard, ce même Glenn Thibeault vient nous demander de visiter un site web disponible uniquement en anglais... Misère.

Je me demande comment il expliquera ce geste à sa famille à Sudbury. Parce que tout le monde parle français chez lui. Voici ce qu’il me racontait — en anglais — dans le cadre de la Grande entrevue du samedi du 11 décembre 2015, quelques jours après qu’il ait présenté sa résolution pour les excuses aux Francos :

« Mon nom est Thibeault, ma mère est une Trottier, toute ma famille est francophone. Mon père et ma mère parlent français, tout comme mes sœurs, mes neveux et mes nièces. Mais pour moi, c’est difficile de parler le français. Quand j’étais jeune, j’allais à l’école de langue anglaise parce qu’elle était très près de chez moi. Je suis donc un exemple parfait (de l’assimilation des Franco-Ontariens). » Puis il avait ajouté qu’il était maintenant important pour lui d’apprendre le français.

Et peu plus loin dans cette entrevue, je lui ai posé la question suivante : « Croyez-vous que ces excuses formelles pourraient éventuellement mener vers le bilinguisme officiel pour la province de l’Ontario ? Seriez-vous en faveur d’une province officiellement bilingue ?

«Oui, avait-il répondu. Il y a beaucoup de francophones en Ontario et ils apportent beaucoup à l’Ontario. Et le pays est officiellement bilingue. Alors oui, je crois que la province devrait être officiellement bilingue.»

Eh bien... Il y a deux ans de ça et l’Ontario est toujours loin de devenir bilingue. Et la Ville d’Ottawa refuse toujours le bilinguisme officiel. 

Mais les excuses pour le Règlement XVII, ça, on les a eues ! Quand je vous disais que ces excuses de la première ministre Wynne n’étaient qu’un simple geste symbolique et presque de la poudre aux yeux des Franco-Ontariens.

Je me demande maintenant, à la suite de ce programme provincial de rabais disponible uniquement en anglais, si le ministre Thibeault nous présentera ses excuses...

Et parlant de bilinguisme...

On apprenait mercredi que les futurs juges de la Cour suprême n’auront pas l’obligation d’être bilingues. Une majorité des libéraux ont voté contre le projet de loi du député néo-démocrate François Choquette qui visait à ajouter ce critère à la nomination des juges. Et curieusement, ces mêmes libéraux avaient appuyé un projet de loi similaire lorsqu’ils étaient de l’autre côté de la Chambre des communes, dans l’opposition.

Or, de quel côté les députés de la région d’Ottawa et de l’Est ontarien ont-ils voté sur cette question ?

La députée d’Ottawa-Vanier, Mona Fortier, et son collègue de Glengarry-Prescott-Russell, Francis Drouin, ont voté en faveur de ce projet de loi.

Par contre, les députée(e)s Guy Lauzon (Stormont-Dundas-Glengarry), David McGuinty (Ottawa-Sud), Catherine McKenna (Ottawa-Centre) et Andrew Leslie (Orléans) ont voté contre ce projet de loi sur l’obligation des juges à la Cour suprême du Canada d’être bilingues.

Oui, le député Andrew Leslie, qui représente le quartier d’Ottawa où l’on retrouve le plus grand nombre de francophones (Orléans), a voté contre un projet de loi favorable aux... francophones. 

Je me répète : misère...

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PRÉCISION

Dans ma chronique publiée vendredi et intitulée «Des excuses, M. Thibeault ?», j'ai écrit que le ministre de l'Énergie de l'Ontario, Glenn Thibeault, a fait l'annonce cette semaine (mardi) d'un nouveau programme de réduction de coûts d'électricité auquel les Ontariens peuvent soumettre une demande, mais que le site web pour faire cette demande est uniquement disponible en anglais. Or, la version en français de ce site a été mise en ligne en fin d'après-midi, mercredi. "Nous avons eu des problèmes techniques, mardi, et il était impossible de repousser l'annonce (du ministre)", a expliqué l'attaché de presse de la première ministre de l'Ontario Kathleen Wynne, Ronan Le Guern. L'adresse de ce site est: www.affordabilityfund.org/fr