Le ministre des Affaires francophones de l’Ontario, Caroline Mulroney

Demande à ta mère

CHRONIQUE / «Maman, est-ce que je peux avoir le nouveau Xbox pour Noël ?

— Demande à ton père.

— Papa, est-ce que je peux avoir le nouveau Xbox pour Noël ?

— Demande à ta mère. »

Tout enfant vous le dira, la réponse à ce « ping-pong parental » est habituellement : non.

Doug Ford était de passage à Ottawa vendredi. Le premier ministre de l’Ontario s’est entretenu avec le maire Jim Watson. Ils ont discuté de radars photo et de train léger, dit-on. M. Ford a déclaré qu’il avait hâte que le système complet du O-Train soit en fonction dans la capitale. (La plupart des gens présents se sont gratté la tête en marmonnant : « nous, on a juste hâte qu’il fonctionne. »)

Au terme de cette rencontre, Doug Ford s’est arrêté un moment pour un point de presse. Les journalistes francophones en ont évidemment profité pour lui demander s’il rétablira le Commissariat aux services en français qu’il a aboli sans raison évidente en novembre 2018. Ce à quoi le premier ministre ontarien a répondu : « C’est une décision qui revient à la ministre des Affaires francophones ».

Demande à ta mère, quoi.

Mais on sait bien ce que la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, nous répondra. Elle a répondu à cette question à maintes reprises au cours de la dernière année. Il y a trois semaines, lorsque j’ai fait une demande d’entrevue avec elle, la ministre Mulroney a décliné. Mais son bureau s’est assuré de me faire parvenir des réponses toutes prêtes aux questions que j’aurais PEUT-ÊTRE posées si la ministre conservatrice avait accepté de s’entretenir avec le seul quotidien de langue française de l’Ontario. « Non, Mme Mulroney ne vous accordera pas d’entrevue, monsieur le journaliste, mais voici ses réponses. » Étourdissant, ce gouvernement.

Cela dit, voici ce qu’on peut lire dans ses réponses au sujet du commissariat :

« Le gouvernement de l’Ontario a pleinement confiance en la capacité de l’Ombudsman à assurer le respect de la Loi sur les services en français et a hâte de travailler avec le nouveau ou la nouvelle commissaire dont le poste et le rôle […] demeurent inchangés sous l’autorité de l’Ombudsman. »

En d’autres mots : votre commissariat indépendant, chers Francos, oubliez ça. Et si vous n’êtes pas contents, allez demander à votre père.

Le hic, c’est que c’est « papa » Ford lui-même qui a aboli ce commissariat. Non pas pour économiser des sous, tel qu’il le prétend. Mais bien par ignorance de la réalité franco-ontarienne, de ses acquis, de ses luttes et de son apport aux développements économique et social de la province.

Et ce dernier nous dit maintenant que la décision de rétablir ou non le Commissariat aux services en français revient à Caroline Mulroney ? Mais où était-elle lorsque son premier ministre a décidé d’abolir ce commissariat et de saboter la mise sur pied de l’Université de l’Ontario français ? Où était-elle pour aviser son gouvernement des conséquences et des répercussions d’une telle décision ?

Elle n’a rien dit. Elle n’a pas levé le petit doigt. C’est pourtant elle qui, à titre de ministre des Affaires francophones, avait le mandat d’informer et de conseiller son premier ministre sur cette question.

Mais aussi déconnectée de la réalité franco-ontarienne était-elle également qu’elle se trouvait à Terre-Neuve lors du « Jeudi noir », ce jour de novembre 2018 où le ciel est tombé sur la tête des Francos. Mme Mulroney, à l’instar de son chef, n’avait rien anticipé. Rien vu venir. Comme si nous allions accepter ces coupures injustifiées sans broncher.

Et aujourd’hui, les Franco-Ontariens doivent se fier à eux pour ravoir cet acquis si précieux qu’était le commissariat indépendant, alors qu’ils savent fort bien que maman leur dira d’aller demander à papa, et que papa dira d’aller demander à maman.

On se console en se disant que dans quelques années, on pourra toujours demander à « ma tante »…