Denis Gratton
Antoine Hénault et Marie-Nicole Lamoureux sont clowns. Une fois retraités de leur profession respective, ils se sont métamorphosés en clowns professionnels. Mais depuis le début de la pandémie, ils ne riaient plus.
Antoine Hénault et Marie-Nicole Lamoureux sont clowns. Une fois retraités de leur profession respective, ils se sont métamorphosés en clowns professionnels. Mais depuis le début de la pandémie, ils ne riaient plus.

Constats d’affection [VIDÉO]

CHRONIQUE / Les clowns étaient tristes.

Marie-Nicole Lamoureux et Antoine Hénault sont clowns. Une fois retraités de leur profession respective, ils se sont métamorphosés en clowns professionnels. Mais depuis le début de la pandémie, ils ne riaient plus.

En confinement comme tout le monde, ils avaient rangé leur gros nez écarlate, leurs perruques multicolores et leurs costumes rigolos. Comment peut-on amuser les gens quand les gens sont cachés ? Comment cueillir des sourires dans les yeux des autres quand tous les regards sont tristes ?

Samedi dernier était la Journée mondiale du cirque. L’Association En Piste, une association nationale dont la mission est de promouvoir les arts du cirque, a fait parvenir un courriel à tous ses membres leur demandant de se manifester à leur façon dans le cadre de cette journée, tout en respectant les consignes des autorités de la santé publique.

Il n’en fallait pas plus pour Marie-Nicole et Antoine. Le clown en eux a vite ressurgi et repris toute sa place et, vêtus de leurs plus fous habits, ils sont descendus dans les rues du quartier Mont-Bleu, à Gatineau, pour semer un peu de joie. Et distanciation sociale oblige, ils tenaient entre eux un tissu multicolore aux couleurs de l’arc-en-ciel et mesurant exactement deux mètres.

«Antoine et moi songions depuis quelque temps à sortir pour faire sourire les gens, dit Marie-Nicole, alias Clown Ma Chouette. On se retenait. On ne voulait pas causer d’attroupements. Nous ne sommes pas au front, nous ne sommes pas dans les hôpitaux. On se disait: on fait quoi ? On pleure dans la maison ? Ce courriel de l’Association En Piste nous a donné le feu vert. Et samedi, j’étais comme un taureau qu’on retient dans l’enclos jusqu’à ce qu’on ouvre la porte. Je débordais de joie quand je suis sortie.

«Une amie nous a invités à un apéro qu’elle et ses voisins prenaient à 15 h de balcon en balcon. Alors Antoine et moi y sommes allés et, en arrivant, on a crié aux gens: «Nous sommes du gouvernement ! Nous venons vérifier la distanciation sociale !». Et, de loin, on vérifiait avec notre drapeau multicolore si les gens respectaient les deux mètres entre eux. Tout le monde riait, tout le monde souriait. Je pense qu’on a mis un peu de couleur dans la journée des gens. Je pense qu’on leur a fait du bien.»

C’était une première sortie pour ces deux clowns, mais certainement pas une dernière. Marie-Nicole Lamoureux compte répéter l’expérience sur une base régulière au cours des prochains jours et prochaines semaines. Dans tous les quartiers de Gatineau.

Antoine Hénault et Marie-Nicole Lamoureux sont clowns. Une fois retraités de leur profession respective, ils se sont métamorphosés en clowns professionnels. Mais depuis le début de la pandémie, ils ne riaient plus.

«Et nous allons dorénavant émettre des constats, avertit-elle. Des constats «d’affection». Les gens qui respecteront l’écart de deux mètres entre eux recevront un constat d’affection, soit une caresse de loin, un baiser de la main ou un grand sourire. Tous ceux sur notre chemin se verront remettre un constat d’affection.»

La troupe des CyClownes

Marie-Nicole Lamoureux, 58 ans, a enseigné pendant plus de 20 ans dans les écoles Montessori, tout en poursuivant parallèlement une carrière d’artiste solo en danse-trapèze, de 1991 à 2004, et en suivant des formations dans l’art clownesque à Toronto et à Montréal. Elle se consacre à l’art clownesque depuis 2007 et elle l’enseigne depuis 2014.

«J’ai travaillé avec des enfants toute ma vie, dit-elle. Mais là, en offrant une formation en art clownesque, je me retrouvais avec des adultes. Mais l’adaptation n’a pas été difficile, car une fois en clown, on fait surgir l’enfant en soi. J’ai formé de nombreux clowns au cours des dernières années. Et c’est moi qui ai formé mon conjoint Antoine lorsqu’il a pris sa retraite comme sténographe au Sénat du Canada.»

(Les mauvaises langues diront que l’apprentissage de l’art clownesque n’a probablement pas été très difficile pour lui après avoir vu tant de bouffons dans sa carrière…).

En 2015, Marie-Nicole Lamoureux dite Clown Ma Chouette a fondé la troupe Les CyClownes, une troupe d’une quinzaine de clowns sociaux qui participent à de nombreux événements culturels et caritatifs en Outaouais, et qui, en temps normaux, égaient régulièrement les journées des patients des hôpitaux et des CHSLD de Gatineau. Mais à compter d’aujourd’hui, c’est dans une rue de votre quartier que vous apercevrez les membres de la troupe Les CyClownes.

«Nous serons deux clowns à la fois dans chaque quartier, explique Mme Lamoureux. Manon, que j’ai formée, habite le quartier Limbour. Donc je visiterai ce quartier avec elle. Une autre habite Aylmer, j’irai avec elle passer dans ce quartier avec notre drapeau multicolore de deux mètres. On aime apporter de la joie, de la couleur, un contact humain. Et nous distribuerons nos constats d’affection pour faire sourire les gens et pour partager un moment de joie avec eux, malgré tout ce qui se passe», conclut Clown Ma Chouette.