La ministre déléguée aux Affaires francophones de l’Ontario, Caroline Mulroney, en compagnie du premier ministre ontarien, Doug Ford

C’est le monde à l’envers, Michel

CHRONIQUE / Salut Michel. Comment ça va de l’autre côté, mon frère ?

Ici-bas, ça brasse. Tu ne le croiras pas Michel, mais « la chicane est repognée » entre nous, les Francos, et le gouvernement de l’Ontario. Comme à l’époque de Montfort. Disons que j’ai parlé à tante Gisèle l’autre jour et qu’elle m’a lancé : « mon Dieu que Michel aurait du fun !».

Elle parlait évidemment du rôle immensurable que t’as joué pour sauver l’Hôpital Montfort, il y a 20 ans, et du malin plaisir que tu prenais à lutter contre le gouvernement conservateur de Mike Harris et ses décisions injustes envers les Franco-Ontariens.

Ce sont encore les conservateurs qui sont au pouvoir et qui nous provoquent, Michel. Mais cette fois-ci, ils sont dirigés par un premier ministre du nom de Doug Ford. Un populiste unilingue anglophone de Toronto. Un homme qui a décidé de saboter la mise sur pied de l’Université de l’Ontario français et d’abolir le Commissariat aux services en français de l’Ontario, tout ça dans le but d’épargner quelques sous.

Mais je crois que je vais un peu trop vite, hein Michel, toi qui as quitté ce monde en 2011 alors que la création de notre université n’était qu’un rêve ? 

Eh bien voici:  Crois-le, crois-le pas, mais l’an dernier, alors que l’Ontario était dirigée par les libéraux, le gouvernement a enfin donné son aval à la création d’une université gérée par et pour les francophones de l’Ontario. Elle était censée ouvrir ses portes à Toronto en 2020. Mais le gouvernement de ce Ford vient a scrappé tout ça jeudi dernier. En plus de flusher le commissaire aux services en français, ton ami François Boileau. 

Et nous voilà de retour au front…

Autre chose que tu ne croiras pas Michel. Assieds-toi. Devine qui est ministre déléguée aux Affaires francophones de l’Ontario ? T’es prêt ? C’est Caroline Mulroney.

Oui, la fille de ton ancien patron, Brian Mulroney. Je lui ai parlé il y a quelques semaines et elle m’a dit qu’elle se souvenait de toi et de tes années comme attaché de presse de son père alors qu’il était premier ministre. Elle m’a dit, en me parlant de toi : « qu’il était drôle, votre frère !».

Pas sûr qu’elle te trouverait aussi drôle aujourd’hui si t’étais au front avec nous…

Oui Michel, t’as bien compris. Les Franco-Ontariens doivent se battre contre une Mulroney pour faire valoir leurs droits. C’est le monde à l’envers, je te dis.

On fait quoi pour se défendre, demandes-tu ? Un regroupement des principaux acteurs franco-ontariens a vite été mis sur pied et une importante manifestation se tiendra dans les rues d’Ottawa vendredi. D’autres sont prévues ailleurs en province, dit-on. Une pétition circule et a déjà amassé plus de 7000 signatures. 

Les Québécois se disent avec nous. Plusieurs chroniqueurs de quotidiens québécois ont dénoncé le geste de Doug Ford. On reçoit des appuis de toutes les communautés francophones au pays. Le quotidien Montreal Gazette nous a appuyés dans un éditorial publié il y a quelques jours. Les libéraux et les conservateurs fédéraux sont à couteaux tirés à Ottawa depuis l’annonce de ces coupures aux services en français en Ontario. Plus de 20 000 $ ont été amassés en cinq jours, une somme qui pourrait être utilisée pour couvrir d’éventuels frais juridiques si jamais, ou plutôt LORSQUE la bataille se rendra devant les tribunaux. Et ton chum Ronald Caza est toujours là. Prêt à nous défendre encore une fois et plus fougueux que jamais. 

Quoi Michel ? Ça va vite, dis-tu ? Tu ne le croirais pas, mon frère. C’est d’une vitesse étourdissante. On est bien loin de l’époque de Montfort où il fallait attendre l’édition du Droit du lendemain matin et les bulletins de nouvelles de 18 h et de 22 h pour savoir ce qui se passait dans la lutte opposant S.O.S. Montfort au gouvernement ontarien.

Aujourd’hui Michel, avec les réseaux sociaux, tout est instantané. Tout le monde au pays est mis au courant dans les secondes qui suivent un événement ou une déclaration. Je me demande si la lutte S.O.S. Montfort aurait duré cinq ans si nous avions eu les réseaux sociaux à l’époque. J’en doute.

Mais ce qui n’a pas changé d’un iota, mon frère, c’est la résilience et la détermination des Francos. Jeunes et moins jeunes sont vite montés au front, prêts à lutter. Et comme Montfort, elle s’annonce longue cette lutte. Malgré les réseaux sociaux…

Je te tiendrai au courant, Michel. Parce que je doute que vous ayez un réseau wi-fi de l’autre côté.

Tiens mon frère, je termine avec tes mots. Avec cette phrase que t’ajoutais dans pratiquement tous les discours que t’écrivais pour Gisèle Lalonde il y a 20 ans. Cette même phrase par laquelle tu conclus ton livre Montfort — La lutte d’un peuple : « Courage. Notre cause est juste ».