Alain Larivière est un ambassadeur de la Société Alzheimer Outaouais. Le fondateur et propriétaire des Brasseurs de Montebello a été touché de près par cette terrible maladie.

Briser l’isolement

CHRONIQUE / « Le plus difficile pour eux, c’est l’isolement. Je pense que mon beau-frère et ma sœur se sentent parfois bien seuls. »

Alain Larivière, le fondateur et propriétaire de la brasserie et du pub Les Brasseurs de Montebello, dans la Petite-Nation, est aussi ambassadeur de la Société Alzheimer Outaouais. Sa mère est décédée de cette terrible maladie il y a quelques années. Et sa sœur aînée, Ginette, 59 ans, en est atteinte depuis l’âge de 48 ans.

« C’est jeune, 48 ans, pour apprendre qu’on est atteint de la maladie d’Alzheimer, dit M. Larivière, lui qui est âgé de 49 ans. Je pense à ça parfois et je me dis que la vie est loin d’être terminée à cet âge-là. Et ça me force à avancer et à profiter de chaque moment de la vie. La santé n’est pas un acquis, c’est un privilège. »

Ginette Larivière était adjointe administrative à l’Hôpital de Gatineau. Mère de deux enfants aujourd’hui dans la jeune trentaine, elle est aussi grand-mère. Mais son monde s’est brusquement arrêté à l’âge de 48 ans lorsque le diagnostic est tombé. Et depuis, elle vit chez elle sous les soins et l’amour de son mari, Normand Bergeron.

« La maladie de ma sœur est très avancée, reprend M. Larivière. Je pense qu’elle me reconnaît lorsque je vais la visiter, mais je n’en suis pas sûr parce qu’elle ne parle plus. Je crois cependant que ça lui fait du bien. Elle me lance souvent de grands sourires. Et c’est mon but chaque fois que je vais la voir. De la faire sourire, de la faire rire et tenter de lui rappeler des souvenirs de notre enfance et de notre adolescence. Souvent, elle rit et elle a un flash dans ses yeux. Mais je me demande parfois ce qu’elle voit dans sa tête, ce qu’elle pense. Voit-elle une autre personne devant elle ? Impossible de le savoir. »

Alain Larivière l’avoue, ce n’est pas facile de visiter un proche atteint de cette maladie. C’est épuisant, démoralisant. On en sort le cœur brisé et avec un lourd sentiment de vulnérabilité. C’est cependant si important, croit-il.

« Il faut aller les voir, même si on pense qu’ils ne nous reconnaissent pas, dit-il. C’est sûr que lorsque je sors de chez ma sœur, je suis toujours un peu dévasté. Et je sais que plusieurs personnes hésitent à visiter un proche atteint de la maladie d’Alzheimer parce qu’ils sont carrément à terre lorsqu’ils quittent. Mais il faut mettre nos petits problèmes personnels de côté et aller les encourager, les appuyer. Et aussi appuyer leurs proches qui sont régulièrement à leurs côtés.

«Mon beau-frère, Normand, me parle souvent de l’isolement que lui et ma sœur vivent, ajoute M. Larivière. Certains amis les délaissent parce qu’ils ont leurs activités, leur travail, leurs enfants et le reste. Ils ne peuvent pas suivre. Et c’est normal. Mais il faut faire l’effort afin d’accorder un peu de répit à la personne qui prend soin d’un proche malade.

«Ma sœur Ginette est chez elle. Mon beau-frère veut la garder à la maison le plus longtemps possible. Et si on lui disait que ma sœur devrait bientôt être admise là où des spécialistes et des infirmières prendraient soin d’elle, ce serait comme lui assener un coup de poignard dans le dos. Mais à un moment donné, ce sera inévitable. Tu ne peux pas tout faire seul non plus.

«Normand ne travaille plus depuis de nombreuses années. Il a été victime d’un «face-à-face» sur l’autoroute 50 il y a 25 ou 30 ans et il est handicapé depuis cet accident. Sa jambe a dû être reconstruite et il marche aujourd’hui à l’aide d’une canne. Donc, il est limité pour s’occuper de ma sœur. Et ils sont souvent seuls à la maison. Et le problème, c’est qu’il n’y a pas d’endroit dans la Petite-Nation où un proche peut obtenir un peu de répit. Ce service n’existe pas ici. De là l’importance de visiter une personne atteinte de cette maladie le plus souvent possible. Ce n’est pas toujours facile, je le sais, nous sommes tous occupés dans nos vies d’aujourd’hui. Mais il faut se donner un petit coup de pied et y aller. Tout le monde a 24 heures dans une journée et on devrait tous être capables de le faire. C’est si important.»

La Société d’Alzheimer Outaouais procédera ce matin au lancement du mois de la sensibilisation à la maladie d’Alzheimer et maladies apparentées.

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