L'édition du journal Le Droit en date du 10 août 1967

Boutons non frottés et cheveux longs (4e de 4)

CHRONIQUE RECULONS DANS LE TEMPS / On recule une dernière fois dans le temps, ce matin pour passer du 150e de la Confédération au 100e. Voici donc ce qu'on racontait dans l'édition du Droit du jeudi 10 août 1967.
On apprenait dans un texte publié dans la section « Hull et la région » que ça jouait dur, à l'époque, au poste de police de Hull. Le texte en question était coiffé du titre : À la Sûreté municipale de Hull - Les accusations contre le sergent Morin mèneraient à une enquête sur la police. Que reprochait-on au juste à ce sergent Morin ? Voici ce qu'on pouvait lire :
« Le 4 août courant, le sergent Morin s'absenta du poste de police pour se rendre chez le dentiste afin d'y cueillir son fils et le reconduire à sa demeure du 11, rue Legault. (Oui, on donnait l'adresse du policier !) Le jeune Morin venait d'être anesthésié et la présence de son père était requise par le dentiste. (Le sergent Morin) fut relevé de ses fonctions pour s'être absenté du poste de police (pendant 35 minutes) sans obtenir l'autorisation d'un officier supérieur. »
Un peu plus loin dans ce texte, on énumérait les autres accusations déposées contre le sergent Morin :
« On lui reproche de s'être servi du nom de la Sûreté de Hull dans une lettre adressée à la Cie Bell du Canada ; d'avoir regardé le hockey par le truchement de la télévision au poste d'essence Gilles Dupont, rue Montcalm ; d'avoir incité des policiers de poser des griefs dans des conflits de travail ; d'être entré au poste le 6 janvier 1965, avec des boutons non frottés et d'avoir privé ainsi la population de Hull de 15 minutes de son temps pour avoir frotté ses boutons. »
Un peu plus loin dans Le Droit du 10 août 1967, la Chambre de commerce de Hull se prononçait en faveur d'un district fédéral. « Mais à la condition que l'on obtienne à Hull ce que l'on donne à Ottawa et ce dans tous les domaines », précisait la Chambre de commerce dans un mémoire présenté à la Commission sur l'intégrité du territoire (Commission Dorion). Les dirigeants de la Chambre de commerce ajoutaient : « l'heure a sonné pour l'aménagement d'édifices fédéraux sur le côté québécois et l'implantation de nouvelles industries dans un climat de confiance et d'entraide mutuelles ». 
Trois ans plus tard, une bonne partie du Vieux-Hull était rasée pour faire place à des... édifices fédéraux. Mais on attend toujours la création d'un district fédéral.
Pendant ce temps, à l'Expo 67 de Montréal, la « chicane était poignée » entre la SPCA et le personnel du pavillon de la jeunesse de l'Expo. La SPCA de Montréal exigeait que les colombes relâchées à la Place des nations quelques jours plus tôt soient capturées et remises entre les mains de la SPCA. Ce à quoi l'assistant directeur du pavillon de la jeunesse, Michel Demers, avait répliqué : « Ces oiseaux n'étaient pas des colombes, mais simplement des pigeons de couleur pâle. Je devrais le savoir, car après tout, je suis celui qui les a achetés. La SPCA devrait être capable de faire la distinction entre une colombe et un pigeon ».
Et il me semble que la chanson de Céline Dion serait pas mal moins belle si on chantait « un pigeon de couleur pâle est parti en voyaaaage...».
La mode chez les hommes était aux cheveux longs en 1967. Et l'éditorialiste du Droit, Marcel Gingras, s'est penché sur ce cauchemar des pauvres barbiers. Voici ce qu'il écrivait :
« Après plusieurs autres villes, c'est maintenant aux municipalités sises entre Chelsea et Grand-Remous de connaître une augmentation du coût de la coupe de cheveux. Dans ce métier comme dans le commerce, le débit faisant le crédit, on se demande s'il ne faut pas imputer à la mode des cheveux longs la décision des barbiers. La clientèle qui se présentait jadis chez le coiffeur une ou deux fois par mois et qui ne s'y présente maintenant qu'une fois l'an - si encore elle le fait - doit se remplacer en argent et en hommes. Les barbiers se rabattent donc sur ce qu'il leur reste de fidèles pour gagner leur pain. »
Ah ! Ces maudits Beatles !
Dans les pages des sports du Droit du 10 juillet 1967, une annonce d'une demi-page de la brasserie Carling nous rappelait « qu'une fin de semaine sans Red Cap, c'est une fin de semaine beaucoup trop longue !».
De retour dans la section « Hull et la région », on publiait un texte intitulé : Deux apaches dévalisent la Caise populaire.
Deux... quoi!? Deux apaches!? Vérification dans le Larousse mot « apache » : « Vieux. Voyou des grandes villes ». Ah bon, je comprends maintenant. Mais imaginez si Le Droit publiait aujourd'hui un titre tel : Autre fusillade à Ottawa liée aux gangs d'apaches... Le téléphone de la salle des nouvelles ne dérougirait pas de la journée.
En terminant, je ne sais trop si Le Droit blaguait en ce 10 août 1967 ou s'il s'agissait réellement d'un fait divers survenu dans les jours précédents, mais voici ce qu'on publiait :
« Il y a quelques jours, on retira de l'eau un pauvre diable qui venait de s'y jeter du haut d'un pont. Conduit au poste de police et interrogé sur les motifs qui l'avaient poussé à commettre son acte, il finit par répondre : 'C'est pour une cause d'affaires de famille'.
Comme on insistait pour avoir plus de précisions, il se décida à raconter son histoire :
«Je me suis marié, dit-il, avec une veuve ayant une fille de dix-huit ans. Mon père s'éprit de la fille de ma femme et l'épousa. Alors il devint mon gendre et ma belle-fille ma mère. Quelque temps après, ma femme mit au monde un fils qui était le beau-frère de mon père et en même temps mon oncle, en qualité de frère de ma marâtre. Celle-ci mit au jour un enfant qui était mon frère et mon petit-fils à la fois. D'où il suit que ma femme était ma belle-soeur, puisque la femme de mon père était sa fille, moi j'étais le mari de ma femme et son petit-fils, et, comme le mari de la belle-mère d'une personne est le beau-père de cette même personne, il arrive que je suis maintenant mon propre beau-père».
Et le pauvre homme conclut : «Tout ça, voyez-vous, m'a donné le noir car je ne sais plus qui je suis et c'est pour cela que j'ai voulu me tuer, ne pouvant plus vivre dans une pareille incertitude».