Denis Gratton
Voici une photo de la famille de Johane Nolet de Gatineau (13 enfants, conjoints et conjointes, et 24 petits enfants). La mère, Johane Nolet, est la dame aux cheveux blancs, derrière la mariée. Photo prise l’an dernier aux noces de son fils Mathias, le 11e de ses 13 enfants. Le père, Normand Nolet, est décédé du cancer en janvier 2001.
Voici une photo de la famille de Johane Nolet de Gatineau (13 enfants, conjoints et conjointes, et 24 petits enfants). La mère, Johane Nolet, est la dame aux cheveux blancs, derrière la mariée. Photo prise l’an dernier aux noces de son fils Mathias, le 11e de ses 13 enfants. Le père, Normand Nolet, est décédé du cancer en janvier 2001.

Bonne fête des Mères... 40 fois

CHRONIQUE / «Bonne fête des Mères ! ». Ces mots chaleureux, Johane Nolet les entendra 13 fois dimanche. Et lorsque les conjoints et conjointes de ses enfants et ses 24 petits-enfants se joindront au groupe, c’est plus de 40 fois qu’elle accueillera ces souhaits dans son cœur.

Johane Nolet, 62 ans, est mère de 13 enfants. Cette famille de Gatineau a défrayé les manchettes en début 2001 lorsque l’époux de Johane et père de la marmaille, Normand Nolet, est décédé du cancer, le 5 janvier. Les 13 enfants étaient alors âgés de trois à 18 ans.

Une campagne de financement a été organisée à l’époque pour venir en aide à cette famille, et les Gatinois ont été fidèles à eux-mêmes, c’est-à-dire d’une générosité hors du commun. Johane Nolet, devenue mère monoparentale de 13 enfants, a pu « respirer » un peu mieux et assurer le bien-être des siens. Mais aucune somme d’argent ne pouvait remplacer le sourire de Papa.

Mme Nolet se souvient de cette première fête des Mères sans l’amour de sa vie, au printemps 2001.

« Avant le départ de Normand, la fête des Mères était une rare journée de congé pour moi, raconte-t-elle. La veille, je travaillais comme une folle. Le lendemain, je travaillais comme une folle. Mais cette journée-là, Normand et les enfants préparaient le brunch et le souper. On mangeait en famille, autour de la table de la cuisine. Et les enfants me répétaient toute la journée : “vas t’assoir dehors, Maman, il fait beau. Va te reposer au soleil”. C’était bien gentil de leur part, mais j’avoue que j’avais beaucoup de difficultés à décompresser, lance-t-elle en riant.

«En 2001, après le départ de Normand, les enfants ont voulu poursuivre la tradition. Je me souviens qu’ils m’avaient préparé un gâteau. Ça m’avait tellement fait pleurer. Les filles avaient fouillé dans les livres de recettes et les enfants, mes plus vieux, m’avaient fait en soirée ce délicieux gâteau au fromage et aux fruits frais, alors que j’étais couchée. Je ne l’oublierai jamais.

«Mais cette première fête des Mères sans Normand a été très difficile pour moi. Encore aujourd’hui, je trouve ça difficile. Mais ce n’est rien comme la première année sans lui. C’est bien moins pire aujourd’hui, surtout avec 24 petits-enfants !», ajoute-t-elle avec un sourire dans la voix.

La fête des Mères sera un peu différente cette année chez les Nolet, confinement et distanciation physique obligent. Ce n’est pas à la table de la cuisine qu’on se réunira comme la tradition le veut, mais bien «dans» l’ordinateur de Maman.

«Habituellement, nous avons un brunch en famille, dit Johane. La maison semble très petite quand tout le monde est ici ! Mais cette année, ce sera une fête des Mères virtuelle, par visioconférence. Ça fera une grosse mosaïque de 40 visages à l’écran plutôt qu’une grosse gang dans la maison, laisse-t-elle tomber en riant.

«C’est sûr que je préférerais tenir mes enfants et mes petits-enfants dans mes bras. Et je pense que l’accolade sera chaleureuse en maudit lorsqu’on se reverra tous et qu’on aura le droit de se toucher. J’ai tellement hâte. Ils auraient dû permettre les rencontres familiales plutôt que d’ouvrir les écoles.»

Johane Nolet est mère de huit garçons et de cinq filles. L’aînée de la famille, Marie-Christine, habite Québec avec son conjoint et leurs trois enfants. Son frère David, père de trois enfants aussi, vit également à Québec. L’aîné des garçons, Frédéric, gagne sa vie à Edmonton, en Alberta. Marianne, mère de trois enfants elle aussi, habite Saint-Hubert, tandis que Jean-Sébastien s’est établi à L’Ange-Gardien avec son épouse et leurs sept enfants.

Mireille Nolet est mère de huit enfants âgés de 12 à 2 ans

Les autres enfants de Johane habitent la région de Gatineau. Dont Mireille, la cinquième du clan Nolet, qui elle est mère de huit enfants âgés de 2 à 12 ans. Et qui ne dit pas non à un neuvième !

«On verra, l’avenir nous le dira, dit Mireille avec un sourire dans la voix. J’ai l’impression d’avoir gambadé à travers toute ma jeunesse. La vie était belle, il y avait toujours quelqu’un là avec qui jouer, discuter et se chicaner. (Rires). Et je ne me souviens que des bons moments. Ça veut peut-être dire qu’il y en a eu pas mal. Cette impression d’avoir gambadé toute ma jeunesse, cette joie, cette insouciance indescriptible, je veux partager tout ça avec mes enfants.

— Votre conjoint serait-il prêt à devenir papa d’un neuvième enfant ?

— André (Nault) vient d’une famille un peu plus traditionnelle, si on peut dire ainsi. Il a une sœur. Je ne peux pas parler pour lui, mais il aime beaucoup l’esprit d’une grande famille. Je me souviens des premiers soupers dans ma famille, André répétait : «Wow ! J’ai maintenant huit frères !». Il a été touché par le fait qu’il faisait maintenant partie d’une famille de 13 enfants.

— Comment se déroulait la fête des Mères dans votre enfance ?

— Je me souviens que mon père préparait le brunch et qu’il achetait le souper. Nous, les enfants, faisions des bricolages et des cadeaux à notre façon pour Maman. Mais je me souviens surtout du bouquet de fleurs. Mon père était très romantique et il achetait souvent des fleurs à Maman. Mais à la fête des Mères, le bouquet était super important !

— Vous souvenez-vous d’un gâteau que vous avez préparé avec vos frères et sœurs pour la fête des Mères ?

— Oui, je m’en souviens, répond-elle en riant. Mais ce n’est pas moi qui l’avais préparé. Je crois que c’était mes sœurs Marie-Christine, Marianne et Véronique. C’était la première fête des Mères après le décès de notre père. J’avais 15 ans quand Papa est parti. Et nous, les enfants, sentions que nous devions prendre le flambeau. On se disait qu’il fallait vraiment souligner le fait que nous étions là pour Maman et qu’elle le sache. Donc nous avions les fleurs, des petits cadeaux et le gâteau. On ne pouvait pas tout faire. Et ça ne ramenait pas notre père. Mais nous nous sommes assurés que Maman ait tout ce qu’elle aimait cette journée-là.

— Et comment se passera la fête des Mères chez vous, dimanche, en cette période de confinement ?

— Je m’attends à quelque chose de très simple. Chez nous, ça se passe autour de la table de la cuisine, comme dans ma jeunesse. Mais je ne sais pas si j’aurai un gâteau (rires). On va bruncher en famille avec nos huit amours. On va ensuite jaser avec toute la famille sur Zoom. Ce sera pas mal différent que de se revoir tous autour de la table chez ma mère. Et André et les enfants me disent que dimanche sera ma journée de repos. Mais une Maman est toujours sur appel», conclut Mireille dans un éclat de rire.