Une station de télé anglophone a posé la question à ses téléspectateurs : la Ville d’Ottawa devrait-elle être bilingue ?

ARRÊT-STOP au bilinguisme officiel

CHRONIQUE / « La Ville d’Ottawa devrait-elle être officiellement bilingue ? ».

C’est la question que la station de télévision anglophone CTV d’Ottawa a mise en ligne le 15 novembre dernier. Mercredi en fin de journée, plus de 2 400 commentaires avaient été enregistrés sur ce site.

C’est beaucoup. Et j’en ai lu plusieurs. Et sans en faire le décompte, je devine que le résultat final de ce sondage non scientifique, ou de ce vox pop en ligne, sera approximativement 60 % contre, et 40 % pour le bilinguisme officiel de la capitale du pays.

On notera que ce sont majoritairement des anglophones qui s’y opposent, bien que plusieurs d’entre eux y sont favorables. Mais ce qu’il y a de surprenant dans cet exercice, c’est que quelques francophones ont aussi indiqué leur opposition à ce que leur langue maternelle soit officiellement reconnue à Ottawa. « Je n’ai jamais eu de problème à être servi en français à la Ville d’Ottawa », affirment la plupart de ces francophones pour justifier leur choix.  

Par ailleurs, la majorité des anglophones qui s’opposent au bilinguisme officiel soulèvent sans surprise les mêmes arguments qu’on entend depuis des lunes :

– Les francophones voleront nos emplois. Ou je vais perdre mon emploi aux mains d’une personne bilingue.

– Le bilinguisme officiel coûterait trop cher.

– Nous ne sommes pas au Québec. Les francophones n’ont qu’à déménager à Gatineau s’ils ne sont pas satisfaits des services offerts par la Ville.

– Tous les francophones comprennent l’anglais, pourquoi un bilinguisme officiel ?

– Tant que les francophones ne représenteront pas 50 % de la population d’Ottawa, c’est non.

– Tant que Gatineau ne deviendra pas officiellement bilingue, c’est non. (On croirait lire les propos du premier ministre Justin Trudeau...).

Mais ce qui semble réellement embêter les anglophones d’Ottawa, ce qui les agace et horripile au plus haut point, c’est la signalisation routière unilingue du côté québécois de la rivière des Outaouais.

Ça n’a absolument rien à voir avec le bilinguisme officiel à la Ville d’Ottawa. Mais comme c’est souvent le cas dans ces « vox pop virtuels », certains en profitent pour dévier le débat et se vider le cœur. Et ces derniers ont jugé que ce sondage en ligne de CTV-Ottawa était l’occasion parfaite pour dénoncer la signalisation routière unilingue au Québec.

J’avoue cependant que je me suis parfois posé la question en roulant sur les routes du Québec. Comment les anglophones font-ils pour comprendre des panneaux tels : « Risque d’aquaplanage », ou « Allumez vos phares », ou encore « Voie cahoteuse » ?

Remarquez que je n’en perds pas de sommeil. Parce qu’on pourrait aussi bien poser la question : « comment les francophones font-ils pour comprendre les panneaux routiers aux États-Unis, dans certaines provinces canadiennes et ailleurs dans le monde ?».

Mais je comprends pourquoi certains, voire plusieurs anglophones sont agacés par la signalisation routière unilingue au Québec. Une pétition de plus de 5 300 noms a d’ailleurs été déposée à l’Assemblée nationale le printemps dernier pour demander l’affichage bilingue sur les panneaux routiers de la Belle Province. « C’est une question de sécurité publique », ont plaidé les signataires et le député libéral qui a piloté ce dossier, David Birnbaum.

Ils ont un point, mais ils crient dans le désert. Québec ne reculera jamais sur cette question. Et avec raison.

Mais nous voilà rendus bien loin de la question initiale : « La Ville d’Ottawa devrait-elle être officiellement bilingue ?». Sauf que ce « sondage » de CTV-Ottawa et les commentaires reçus nous donnent un bel exemple des « vertes et des pas mûres » qu’on entendrait si jamais les élus d’Ottawa songeaient sérieusement à voter en faveur du bilinguisme officiel pour la ville.

Bref, on n’est pas sorti du bois...