Après la décision de Doug Ford de réduire la taille du conseil municipal torontois, Ottawa pourrait aussi voir son nombre de conseillers municipaux chuter, croit l’ancien ministre Bernard Grandmaître.

Après Toronto, Ottawa ?

CHRONIQUE / On dit que les élus municipaux sont les politiciens les plus près du peuple, des électeurs. Qu’ils sont sur le terrain, accessibles et à l’écoute de monsieur et madame Tout-le-monde.

C’est vrai. Ces élus partagent notre vécu, notre réalité, notre chez-nous. Et ce n’est certainement pas votre député provincial ou fédéral qui se préoccupera du nid-de-poule devant votre demeure ou du retard dans la collecte des déchets.

Or, hier à Queen’s Park, le nouveau premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a réduit de 47 à 25 le nombre de conseillers municipaux de Toronto. C’est drastique comme coupure, c’est le moins qu’on puisse dire.

Ces 25 conseillers torontois représenteront les quelque 2,8 millions de personnes vivant dans la Ville-Reine. Donc approximativement 112 000 résidents par quartier. C’est énorme. Disons que l’élu devient un peu moins près du peuple lorsqu’il a 112 000 personnes qui comptent sur sa proximité et son écoute.

À Ottawa, on compte 23 conseillers qui se partagent la représentation d’environ 950 000 résidents. Donc approximativement 41 300 personnes par quartier.

La question se pose. Le premier ministre Ford réduira-t-il aussi la taille du conseil municipal d’Ottawa au cours de son mandat ? Passera-t-on de 23 conseillers à 10 ? Peut-être 12 ? Car s’il peut le faire à Toronto, pourquoi pas à Ottawa ?

Doug Ford parle d’économies de 25,5 millions $ sur quatre ans en réduisant le nombre de conseillers municipaux à Toronto. Alors pourquoi n’irait-il pas de l’avant avec une réduction des élus à Ottawa (et ailleurs) et ainsi épargner plusieurs autres millions de dollars ?

Rien à craindre, répondra M. Ford, puisqu’il a laissé entendre la semaine dernière que la Ville d’Ottawa et ses conseillers ne sont pas dans la mire de Queen’s Park.

Les sceptiques répliqueront : « Oui, oui, M. Ford. Comme l’Hôpital Montfort n’était pas dans la mire du bulldozer nommé la Commission de restructuration des services de santé de l’Ontario ». On connaît la suite… Tout le monde est tombé sur le cul lorsque le président de cette commission, Duncan Sinclair, a déclaré en février 1997 : « The Montfort Hospital will be closed ».

Donc doit-on craindre une réduction d’élus à la table du conseil municipal d’Ottawa ?

Oui, croit l’ancien ministre et député provincial d’Ottawa-Vanier, Bernard Grandmaître.

M. Grandmaître m’a appelé vendredi soir. Je n’attendais pas son appel. Mais pas du tout. Je m’installais plutôt pour regarder le film Suburbicon sur Netflix. Un excellent film, soit dit en passant. De l’humour noir à son meilleur. Mais bon, je m’éloigne du sujet.

Donc M. Grandmaître m’a appelé, disais-je. Et lorsque le « Père de la Loi 8 » appelle, on répond et on écoute.

Il n’était pas content, l’ancien ministre des Affaires francophones et des Affaires municipales. Mais pas du tout. Il m’appelait pour déplorer le fait que le premier ministre Ford sabrait dans le conseil municipal de Toronto sans même consulter la population de cette ville.

« Les municipalités sont une création du gouvernement provincial, m’a-t-il dit d’emblée. Et les municipalités se veulent la voix des électeurs à Queen’s Park. Donc s’il y a moins d’élus au sein des municipalités, la voix et l’opinion des contribuables seront moins entendues et moins prises en considération à Toronto. »

« Mais ce qui me choque le plus, a-t-il poursuivi, c’est que Doug Ford agit sans consulter. »

Il a raison. Doug Ford n’a jamais soulevé cette question en campagne électorale. Mais ce dernier affirme, à la Donald Trump, avoir consulté des milliers de personnes à ce sujet, mais sans pouvoir donner de détails sur cette supposée consultation…

« Il faudrait un référendum avant de sabrer dans les conseils municipaux, a ajouté M. Grandmaître. Quand j’étais ministre à Queen’s Park, nous avions trois règles à suivre avant de prendre de telles décisions. Il fallait consulter, consulter et consulter. Mais l’opinion du peuple ne semble pas être importante pour Doug Ford. Et c’est navrant.

— Craignez-vous que la Ville d’Ottawa soit la prochaine dans sa mire, M. Grandmaître ?

— Absolument. »

À suivre...