Le projet pilote financé par le ministère des Richesses naturelles et des Forêts vise à installer 50 abris pour chauves-souris dans la région.

Adopter une chauve-souris

CHRONIQUE / Habitez-vous la région d’Ottawa ? Êtes-vous propriétaire d’une maison ? Aimez-vous les chauves-souris ? Si vous avez répondu « oui » à ces trois questions, la Fédération canadienne de la faune a besoin de vous.

Cette fédération nationale a récemment lancé un projet pilote pour sauver certaines espèces de chauves-souris qui sont menacées d’extinction. Et pour ce faire, elle invite les propriétaires de maisons de la région d’Ottawa à héberger des chauves-souris. Oui, à héberger des chauves-souris.

Mais attention, cette fédération ne vous demande pas d’ouvrir grandes vos portes et d’inviter une chauve-souris à souper. Ni d’ouvrir un bed and breakfast pour ces insectivores nocturnes.

Elle vous demande plutôt d’acheter un abri pour chauves-souris ou d’en fabriquer un vous-mêmes et de l’installer dans votre cour arrière. Ce projet pilote est financé par le ministère des Richesses naturelles et des Forêts et vise à installer 50 abris pour chauves-souris dans la région.

Mais on achète ça où, un abri pour chauves-souris ? Y a-t-il une allée chez Canadian Tire où se trouvent des abris pour chauve-souris ? Car d’en fabriquer un est hors de question. Ça m’a déjà pris trois jours pour assembler un meuble IKEA. Et j’ai déjà passé une semaine à tenter d’assembler un barbecue. Et dans les deux cas, il restait des pièces à la fin.

Puis de toute façon, je n’en veux pas de chauves-souris chez moi. J’aimerais bien faire ma part pour la faune et pour sauver les espèces en voie d’extinction. Je voudrais bien faire mon devoir de citoyen. Mais entre vous et moi, vous ne trouvez pas ça un peu dégueulasse, une chauve-souris ?

Une petite souris au sol, ça passe. C’est cute une petite souris. C’est mignon. Mais une souris qui vole ? Là, ça commence à être problématique. Surtout des souris volantes qui se prennent pour des vampires.

FAUX, dira la Fédération canadienne de la faune. La chauve-souris d’ici n’a rien à voir avec les vampires. Il y a juste certaines chauves-souris tropicales qui se nourrissent de sang. (Avis aux snowbirds...). « La chauve-souris d’ici est un insectivore qui mange habituellement une quantité d’insectes égale à la moitié de sa masse corporelle chaque soir », peut-on lire sur le site web de cette fédération.

Bon. Elle n’est peut-être pas Dracula, mais c’est connu que la chauve-souris donne la rage.

FAUX, dira la Fédération de la faune. Selon les spécialistes dans le domaine — les Batman, comme on les appelle — les chauves-souris ne sont pas plus touchées par la rage que d’autres animaux comme les écureuils ou les souris.

Alors O.K. d’abord. Mais les chauves-souris sont aveugles et elles aiment s’accrocher dans les cheveux des humains pour les faire freaker.

FAUX, dira la Fédération canadienne de la faune. Les chauves-souris voient très bien. Et elles ne s’amusent pas à s’accrocher à votre cuir chevelu, elles essaient simplement d’attraper les insectes qui gravitent autour des humains. Elles vous font une faveur, quoi. Elles mangent les maringouins qui s’apprêtaient à vous piquer et vous sucer le sang. On devrait presque les remercier.

Je suis donc à court d’arguments. Je n’ai plus aucune raison de ne pas adopter une chauve-souris. Je devrai donc faire ma part pour la faune, même si ces petites bêtes me répugnent. À moins que...

« Manon.

— Oui Denis.

— Toi qui est une amoureuse des animaux, j’ai une surprise pour toi.

— Vas-y.

— On va adopter un petit animal.

— Mais tu dis toujours que nous en avons assez sur les bras avec le chien et le chat.

— J’ai changé d’idée. Je veux te faire plaisir.

— T’es gentil, merci. Alors on adopte quoi ? Un hamster ? Une perruche ?

— Non. Une chauve-souris.

— Yeurk !! T’entres une chauve-souris ici, Denis Gratton, et mes valises seront faites en deux temps, trois mouvements. Compris ?

— Oublie ça alors. »

Désolé, chère Fédération canadienne de la faune. Je ne pourrai pas adopter une chauve-souris. Ma femme ne veut pas.