Denis Gratton

Les «mots de cœur» de Julie

CHRONIQUE / Le mot fait peur et fait frémir les plus forts et les plus braves gens sur cette Terre. Le cancer.

Julie Boulanger le connaît bien ce mot. Disons que le cancer et elle se connaissent intimement. Si bien, que cette Gatinoise de 47 ans lancera un livre cette semaine sur sa « relation » avec cette satanée maladie.

Son livre intitulé Mots de cœur porte sur sa lutte, ses peines, ses craintes. « Mais aussi sur les belles choses qui m’arrivent depuis le diagnostic, dit-elle. L’appui de la communauté, le clin d’œil des gens, les clins d’œil de l’univers, les rencontres avec des gens merveilleux. Le beau comme le moins beau, tout y est. Et en bout de ligne, j’espère que mon livre apportera un peu d’espoir dans le cœur des gens. »

Julie Boulanger a perdu sa mère, Lauraine, il y a 19 ans. « Ma mère a appris qu’elle avait le cancer du col de l’utérus en janvier 1999 et elle est décédée en novembre de la même année, se souvient-elle. C’était un cancer virulent, elle n’avait que 63 ans. J’étais l’aidante naturelle de ma mère durant sa maladie. La première de mes trois filles n’était âgée que de 15 mois, mais j’ai été très présente au côté de ma mère durant sa lutte. Je voulais être là pour elle, j’y tenais. Ce fut ma première expérience réelle avec le cancer. »

La deuxième allait être encore plus « réelle »…

En 2010, alors que Julie était âgée de 39 ans et que ses trois filles avaient six, neuf et 11 ans, elle a été diagnostiquée d’un lymphome non hodgkinien, une forme de cancer du sang. « J’étais renversée, dit-elle. J’ai craint pour un bref moment d’être atteinte du même cancer qui avait emporté ma mère. J’ai subi six traitements de chimiothérapie et mon corps a bien réagi. Les médecins croyaient devoir procéder à une greffe de moelle osseuse, mais ce ne fut pas nécessaire. J’étais en rémission. Les médecins m’ont cependant prévenue qu’une greffe serait nécessaire si le cancer devait récidiver. »

Quatre ans plus tard, en début de l’année 2014, le père de Julie, Yves Boulanger, apprenait à son tour qu’il était atteint de cette terrible maladie. Un cancer qui s’était propagé de ses poumons à ses intestins et à son foie.

« Les médecins lui donnaient un an à vivre, se rappelle Julie. J’ai accompagné mon père au début de sa lutte. Mais à peine quelques semaines après le diagnostic, j’ai trouvé mon père mort, dans sa chambre, victime d’un arrêt cardiaque. Mon père était un homme fier et il m’avait prévenue qu’il ne voulait pas être un fardeau pour qui que ce soit. En venant le chercher, je pense que le Bon Dieu a répondu à sa demande. »

Mais « l’aventure » entre Julie et le cancer n’en était pas à son dernier chapitre…

Quatre mois après le départ de son père, le cancer récidivait. Et cette fois-ci, le corps et la résilience de Julie allaient être réellement mis à l’épreuve afin d’anéantir une fois pour toutes la maladie.

Dix-huit journées de chimiothérapie, biopsies, greffe de moelle osseuse, 30 jours de zona, 15 traitements de radiothérapie, influenza et de nombreuses semaines d’hospitalisation…

« En janvier prochain, ça fera quatre ans que je serai en rémission, dit Julie. Après cinq ans, les médecins parlent de guérison », ajoute-t-elle en souriant.

Elle, son conjoint Lino et leurs trois filles se croisent les doigts.

« Je suis confiante, dit Julie. À travers tout ça, je n’ai jamais sombré dans le désespoir et la dépression. La vie est trop courte pour ne pas en profiter pleinement. Et j’espère que les gens qui liront mon livre réaliseront que malgré les maladies, les tempêtes, les obstacles et les deuils, il fait toujours soleil après la pluie. »

***

Le lancement du livre Mots de cœur se fera le jeudi 15 novembre, à la Grange de la Gatineau, à Cantley. Pour réserver une place ou pour obtenir une copie du livre : juliemotsdecoeur@gmail.com ou sur la page Facebook : Julie Mots de cœur.

À souligner qu’une fraction des profits seront remis au Centre Carmen de Gatineau.

Denis Gratton

Le cadeau Coca-Cola

Mon frère Jean-Pierre est collectionneur d’articles Coca-Cola. Ils sont des milliers, voire des millions dans le monde à s’arracher les articles aux couleurs du bon vieux Coke. Certains le font par plaisir. D’autres par nostalgie. Et d’autres en font presque une profession.

Jean-Pierre est un peu un mélange de tout ça. Comptable agréé à la retraite, il s’amuse. Et la pièce de sa maison à Toronto qu’il a décorée de ses articles de Coke ressemble à un petit musée. Il pourrait demander un prix d’entrée à son « musée Coca-Cola » et je crois que personne ne s’y objecterait.

Denis Gratton

Le Droit. Toujours. Tout le temps.

CHRONIQUE / J’ai «Le Droit» de tatoué sur le cœur. Depuis toujours.

Depuis que je le livrais aux portes de Vanier aux guidons de mon vélo « mustang » au siège banane. Depuis que je l’attendais, adolescent, pour lire la plus récente chronique de mon frère, Michel. Depuis que l’édition du samedi et sa revue Perspective pouvaient m’occuper pendant des heures. Depuis que Philomène, Ferdinand et Le Fantôme faisaient la pluie et le beau temps dans la page des « p’tits bonshommes ».

Denis Gratton

La fin d’une époque

CHRONIQUE / Après presque 75 ans en affaires, la petite bijouterie du coin fermera ses portes à tout jamais.

Le coin, c’est le boulevard Saint-Joseph. Le quartier : Saint-Jean-Bosco. Le commerce : la Bijouterie Florent Lepage. Un commerce fondé en 1946 par le bijoutier… Florent Lepage.

Denis Gratton

Remettre Saint-Joseph sur les rails

CHRONIQUE / Ainsi, le boulevard Saint-Joseph de Gatineau sera éventré. « D’ici cinq ans, ce boulevard sera complètement refait à neuf entre les boulevards Alexandre-Taché et Saint-Raymond », a écrit le collègue Mathieu Bélanger dans notre édition de mardi.

On va y mettre le paquet, comme on dit. Remplacement complet des conduites d’égouts et d’aqueduc, réfection de la fondation, asphaltage, aménagement pour les piétons et les cyclistes, alouette. Ce sera un tout nouveau boulevard, quoi. Et il était temps.

Les travailleurs qui œuvreront sur ce chantier risquent toutefois d’être surpris par ce qu’ils trouveront sous l’asphalte et le béton de ce bon vieux boulevard. Je dirais même qu’ils en seront peut-être… déraillés.

Je m’explique.

Un tramway électrique roulait sur ce boulevard, il y a longtemps. Il y a très, très longtemps. Ce tramway sillonnait les rues de Hull. De Montclair à Montcalm, en passant par Fortier et d’autres rues de ce secteur. Et le boulevard Saint-Joseph était évidemment l’une des artères principales empruntées par ce train qui était la propriété de la Hull Electric Company, fondée en 1894.

« Le trajet du tramway qui comprenait le boulevard Saint-Joseph s’appelait la Belt Line », se souvient Michel Lajoie.

Michel Lajoie est mon beau-père. Il a fêté ses 79 ans il y a trois mois, mais bien malin qui pourrait deviner son âge. Le bonhomme est droit comme un chêne, vif d’esprit, fort comme un cheval et en pleine santé. Il habite depuis plusieurs années le charmant village de Sainte-Luce-sur-Mer, près de Rimouski, sur la rive du fleuve Saint-Laurent. Mais il est un « gars de Hull » qui a fait carrière ici, dont de nombreuses années comme technicien chez Hydro-Québec.

L’histoire de Hull, Michel la connaît comme le fond de sa poche. Et il vous racontera que le tramway de la Hull Electric Company a cessé de rouler en 1946 pour faire place aux autobus de la compagnie Transport urbain de Hull.

Mon beau-père est venu nous visiter, il y a deux semaines. Comme ça. Pour le plaisir de revoir sa fille et les siens. Une petite promenade en auto d’approximativement neuf heures de Rimouski à Ottawa, « Y a rien là », dira-t-il.

(Quand je vous disais qu’il ne fait pas son âge…).

Grand nostalgique, il profite de chaque visite dans la région pour aller flâner dans les rues de Hull et revisiter son enfance et son passé.

« Je suis allé me promener à Hull aujourd’hui, me dit-il alors qu’on prenait le souper l’autre jour. Je te dis que le boulevard Saint-Joseph fait dur en titi ! »

Ce n’est pas d’hier que je réplique. On devrait l’appeler le nid-de-poule Saint-Joseph.

« Il serait peut-être moins pire si les rails du tramway avaient été retirés. Quand je roule sur ce boulevard, je peux voir exactement où se trouvent ces rails. Et je ne serais pas surpris de voir des morceaux de rails percer l’asphalte à certains endroits. » 

Ils n’ont jamais été enlevés. Les rails du tramway de Hull qui a cessé de rouler en 1946 — il y a plus de 60 ans — sont toujours là, enfouis sous des couches d’asphalte et de béton.

C’est un peu comme acheter une vieille maison et décider de retirer la tapisserie sur les murs. Puis de se rendre compte qu’il y a une dizaine de couches de tapisseries qui ont été collées les unes sur les autres au fil des années et des décennies, selon les goûts des propriétaires.

« La Ville de Hull a simplement pavé par-dessus les rails du tramway, raconte mon beau-père. J’imagine que c’était moins onéreux de procéder comme ça à l’époque. »

De décennie en décennie et de maire en maire, les couches de bétons, de goudron et d’asphalte se sont accumulées sur le boulevard Saint-Joseph, par-dessus les rails du tramway.

En 1986, alors qu’il était à l’emploi d’Hydro-Québec, Michel Lajoie et son équipe ont creusé sur le boulevard Saint-Joseph pour y effectuer des travaux sous-terrain. « Et en creusant, se souvient-il, il a fallu trancher ces vieux rails à certains endroits. Donc aujourd’hui, ce sont des morceaux de rails qui se trouvent sous le béton. Et j’imagine que le gel et le dégel font bouger et lever ces longs morceaux de rails chaque année. Ça expliquerait en partie le piètre état de ce boulevard. »

Reste à voir si les travaux majeurs entrepris cette semaine sur le boulevard Saint-Joseph comprennent (enfin) le retrait de ces rails historiques.

Et si c’est le cas, messieurs et mesdames de la construction, en garderiez-vous un petit morceau pour mon beau-père ? Juste un petit morceau.

Je le conserverai pour lui. Comme un morceau de son enfance. Un morceau de sa vie.

Denis Gratton

Le Ciel peut attendre

CHRONIQUE / «Denis.

— Oui, Manon ?

— Je n’aime pas parler de ça, mais il faudrait commencer à penser à se départir de Bibi (notre vieille chatte).

— Que veux-tu dire par : “se départir” ?

— La faire endormir, comme on dit. La faire euthanasier.

— Tu crois ?

— Je n’ai pas à t’énumérer ses problèmes de santé. Et sa vue semble dépérir de jour en jour. Je crains qu’il faille bientôt dire au revoir à notre pauvre Bibi.

— Je vais appeler un vétérinaire au cours des prochains jours et voir comment on pourrait procéder. 

— D’accord. Mais rien ne presse, Denis. Ce serait bien si Bibi pouvait passer un dernier Noël avec nous.

— Je suis certain qu’elle en conserverait un merveilleux souvenir, Manon. Elle qui dort tout l’hiver et qui n’ouvre les yeux que lorsque tu déposes la dinde sur la table à manger le soir de Noël.

— Denis.

— Oui, Manon.

— Appelle un vétérinaire. »

Trois jours plus tard…


« Manon, j’ai appelé le vétérinaire le plus près d’ici aujourd’hui.

— Et…. ?

— Et n’endort pas un chat qui veut.

— Que veux-tu dire ?

— Il y a des coûts à tout ça.

— Bien entendu qu’il y a des coûts, Denis. Pensais-tu que c’était gratuit d’euthanasier un animal ?

— Gratuit, non. Mais…. Petite question pour toi. Voudrais-tu conserver les cendres de Bibi ?

— Je n’y avais pas vraiment pensé. Pourquoi me demandes-tu ?

— Eh bien voilà. Lorsqu’on emmènera Bibi chez le vétérinaire pour son… dernier voyage, il en coûtera d’abord 80 $ pour l’examen.

— Quel examen ?

— Je n’en ai aucune idée. Je suppose qu’on l’examine pour confirmer qu’elle devrait bel et bien aller rejoindre ses amis au paradis des félins. Un examen final, quoi. Et s’ajoute à ces 80 $ la somme de 142 $ pour l’euthanasie.

— Donc un total de 222 $ ?

— Plus 30 $ pour la crémation. Donc 252 $.

— C’est un peu cher. Mais ce n’est pas si mal.

— Je n’ai pas fini, Manon. Je te connais, tu voudras sans doute être avec Bibi lorsqu’elle s’endormira, n’est-ce pas ? 

— Bien sûr !

— Alors ça coûtera 35 $ de plus. Donc 287 $.

— Trente-cinq dollars pour simplement être à ses côtés !?

— C’est le prix de la chaise, semble-t-il. Une La-Z-Boy, je devine.

— Et si on veut conserver ses cendres ?

— J’y arrivais. Conserver ses cendres demanderait une crémation privée. Sinon, c’est 30 $  – comme je te disais tantôt –  pour la crémation commune, soit avec d’autres chats qui feront le dernier voyage avec elle. C’est un peu comme la différence entre la classe économique et la classe affaires dans un train VIA Rail.

— Idiot. Et c’est combien la crémation privée ?

— À peine 187 $…

— Misère.

— Je récapitule, Manon. D’abord 80 $ pour l’examen final ; 177 $ pour l’euthanasie en ta présence ; 187 $ pour la crémation privée et les cendres. Pour un grand total de 444 $. Et je n’ai pas osé demander si cette somme inclut les taxes et le coût du récipient dans lequel les cendres de Bibi seraient déposées.

— Ouf… Alors on fait quoi, Denis ?

— On demande à Bibi si elle préfère de la farce ou des canneberges avec sa dinde de Noël. »

Denis Gratton

On parle français. Bien oui...

CHRONIQUE / Vous êtes francophones et vous êtes nés et vivez à l’extérieur du Québec ? Oui ? Alors je vous parie qu’un Québécois vous a déjà posé la question qui suit : « Hein !? T’habites (ville de votre choix) et tu parles français !? ».

On m’a (re)posé cette question alors que je me trouvais à Québec dans le cadre du 400e anniversaire de cette magnifique ville, à l’été 2008.

« Vous venez de quel coin du Québec ?, me demande le serveur d’un restaurant.

— Je viens d’Ottawa, que je lui réponds. (Si j’avais répondu Vanier, il aurait sûrement cru que j’étais natif du quartier Vanier en banlieue de Québec).

— Vous venez d’Ottawa !?, me réplique-t-il d’un air étonné.

— Oui. Né, élevé et grandi à Ottawa.

— Et vous parlez français !?».

Misère…

Bien oui, mon chum. Je parle français. Imagine-toi donc. Comme les 136 000 autres francophones d’Ottawa, comme les 625 000 autres Franco-Ontariens en province, et comme les 2,7 millions de francophones de l’extérieur du Québec, de l’Acadie jusqu’au Yukon, je parle français. Comme vous. On n’a pas tous le même accent que vous, mais on parle tous la même langue. Croyez-le ou non. (Et si j’étais le moindrement malin, j’ajouterais : « vous devriez sortir plus souvent »).

J’ai pris un long détour par la Ville de Québec, mais j’aurai bien pu revenir sur une anecdote survenue pas plus tard que l’été dernier, ici, lorsqu’un policier de Gatineau m’a arrêté pour excès de vitesse. Ce policier - un francophone évidemment - s’est adressé à moi en anglais. Pourquoi ? Parce que ma voiture est plaquée en Ontario. Tout simplement. Dans sa tête, qui vit en Ontario est anglophone, point à la ligne. 

Ainsi, Denise Bombardier a déclaré à Tout le monde en parle, dimanche dernier, que toutes les communautés francophones à travers le Canada ont à peu près disparu. « Il en reste encore un peu en Ontario, a-t-elle dit. Au Manitoba, j’y suis allée encore au mois de janvier chez les Métis, on ne parle plus le français », a-t-elle ajouté.

Je regardais Tout le monde en parle lorsque Mme Bombardier a fait cette déclaration. J’ai haussé les épaules et deux personnes me sont revenues en tête en l’écoutant : le serveur de Québec et le policier de Gatineau.

Parce que j’avoue que je n’ai pas été offusqué par les propos de Denise Bombardier. Mais pas du tout. C’était de l’ignorance de sa part. Et peut-être aussi de la provocation compte tenu que l’ancien premier ministre Jean Chrétien prenait place à ses côtés. C’était du n’importe quoi, bref. 

Et sa déclaration a bel et bien fait parler, à en juger par les réactions des francophones hors Québec dans les médias et sur les réseaux sociaux. Mission accomplie, Mme Bombardier. On parle de vous « from coast to coast ». Et le fait que vous venez de lancer votre autobiographie est sûrement une pure coïncidence…

Pourquoi s’offusquerait-on de ces propos ? On le sait bien, nous, Franco-Ontariens, Acadiens, Franco-Manitobains, Franco-Albertains et tous les autres francophones au pays que nous sommes là, bien vivants, et que nous y sommes pour rester. 

Pourquoi s’arrêter à des paroles lancées en l’air qui n’avaient pour but que de provoquer et de faire grimper les cotes d’écoute et les ventes de livre ?

Il faudrait arrêter de s’inquiéter du jugement des Québécois à notre égard. Surtout du jugement des Québécois qui n’ont visiblement jamais ou rarement visité les communautés francophones de l’extérieur de leur province, mais qui se permettent tout de même de dire n’importe quoi à notre sujet. Ne perdons pas notre temps et nos énergies avec eux.

Ce que pensent les autres de nous ne nous regarde pas. Si certains Québécois veulent croire que nous sommes voués à la disparition, c’est leur problème, pas le nôtre. 

Enfin Mme Bombardier, si vous lisez cette chronique (ce que je doute fortement), j’accepterais l’invitation de Denis Desgagné, le président-directeur général du Centre de la francophonie des Amériques.

Dans une lettre publiée sur notre application et sur ledroit.com, M. Desgagné conclut en vous invitant à vous joindre à lui la prochaine fois qu’il effectuera une mission en francophonie canadienne. Allez-y, Mme Bombardier.

J’ai visité les francophones de la Saskatchewan avec M. Desgagné il y a deux ans et j’ai passé cinq agréables journées là-bas avec lui et en compagnie de ces irréductibles Fransaskois qui sont fiers de leur langue et de leur culture.

Vous en serez surprise, Madame. 

Denis Gratton

La décision d’une vie

CHRONIQUE / Diane Mercier croyait perdre son emploi. Cet emploi auquel elle tenait tant.

C’était en 1996. Mère monoparentale de deux filles et bénéficiaire de l’aide sociale, Diane travaillait à l’époque pour l’organisme Entraide familiale de l’Outaouais, dans le Vieux-Gatineau. Emploi Québec lui avait déniché ce boulot où elle devait placer les vêtements sur les tablettes et les pendre à des cintres, s’occuper de l’entretien ménager de la boutique, accueillir les clients et le reste.

Denis Gratton

Un quartier français ? Non merci

CHRONIQUE / En voilà un qui n’a pas très bien compris…

Matt Lowe est candidat au poste de conseiller municipal du quartier Rideau-Vanier. Le lundi 22 octobre, journée d’élections municipales en Ontario, les résidents de ce quartier devront choisir entre lui, le conseiller sortant, Mathieu Fleury, et l’ex-vice-président de l’Association communautaire de la Basse-Ville, Thierry Harris, pour les représenter à la table du conseil municipal d’Ottawa.

Messieurs Fleury et Harris sont bilingues. M. Lowe ne l’est pas. Mais ce dernier affirme suivre des cours de français.

Lequel des trois sera élu lundi ? Bien malin qui peut le prédire. M. Fleury ne s’est pas fait d’amis à Vanier au cours de la dernière année dans le dossier de la construction éventuelle d’un méga-centre de l’Armée du Salut en plein cœur de cette ancienne ville. Par contre, il s’est fait un paquet d’amis dans la Basse-Ville en réussissant à sortir le refuge de l’Armée du Salut du marché By pour le « déménager » à…. Vanier.

Pourquoi le conseiller sortant a-t-il attendu que ce projet soit pratiquement un fait accompli avant d’avertir les résidents de Vanier de la venue de cet imposant complexe de 350 lits dans leur cour ? On ne le saura peut-être jamais. Mais selon moi, Mathieu Fleury a échappé le ballon dans ce dossier. Il aurait dû agir plutôt que de réagir. Ça lui coûtera peut-être son poste, lundi.

Thierry Harris est un adversaire de taille, lui qui est connu du milieu des affaires et du milieu communautaire. Il semble aussi bien au fait des dossiers qui touchent les francophones de Rideau-Vanier qui représentent 29 % de la population de ce quartier.

Bref, ça risque de chauffer lundi dans Rideau-Vanier et je n’oserais même pas parier un « p’tit deux » sur le résultat. On dit cependant que le candidat sortant a toujours un léger avantage sur ses adversaires. On verra bien…

Un quartier français ?

Mais je reviens à la toute première phrase de cette chronique : « En voilà un qui n’a pas très bien compris… ».

Dans notre édition de mercredi, notre collègue Daniel LeBlanc trace un portrait de la course dans Rideau-Vanier. Et dans ce texte, Matt Lowe se prononce sur son engagement de transformer le secteur Vanier en « un vrai quartier français ». Voici ce qu’il a déclaré :

« Je ne comprends pas pourquoi ça n’a jamais été développé comme projet. C’est un non-sens. J’ai vécu en Louisiane (qui a son French Quarter/Vieux carré français) et on devrait à mon avis s’en inspirer. Ça permettrait d’attirer des commerces, d’améliorer l’image du secteur, etc. Il faut que ça devienne un quartier au même titre que la Petite Italie et le quartier chinois ».

Misère…

Premièrement, M. Lowe, contrairement à ce que vous avancez, un « quartier français » a déjà été développé comme projet dans le secteur Vanier. Sur le tronçon du chemin de Montréal qui traverse ce secteur, pour être plus précis. C’était vers la fin des années 1980, début des années 1990, alors que Gisèle Lalonde était mairesse de Vanier. 

Le but était d’inciter des commerçants et des institutions francophones à venir s’y installer. Ça n’a pas marché, M. Lowe. Mais pas du tout. Jean-Coutu est à peu près la seule entreprise qui a répondu à l’appel à l’époque en y ouvrant une succursale.

Mme Lalonde a beau tenté en attirer davantage en embellissant cette partie du chemin de Montréal de bacs à fleurs multicolores accrochés à des lampadaires en fer forgé affichant la trille et la fleur de lys, il n’y avait rien à faire.

Et depuis, une dizaine de boutiques de prêts sur gage et d’avance d’argent à la Money Mart ont ouvert leurs portes dans ce « quartier français ». Et c’est sans parler des boutiques de cannabis, de pipes à marijuana et des filles de joie qui sont venues se mêler au décor de ce « French Quarter ».

Deuxièmement, M. Lowe, les francophones de Vanier — et d’Ottawa — ne veulent rien entendre d’un quartier français « au même titre que la Petite Italie et le quartier chinois », comme vous le dites. Nous ne sommes pas une population immigrante, mais un peuple fondateur. Notre présence dans la grande Ville d’Ottawa ne s’arrête pas aux frontières du secteur Vanier. 

En fait, ce secteur autrefois majoritairement francophone arrive au troisième rang des quartiers d’Ottawa comptant le plus grand nombre de francophones. Les Francos sont plus nombreux à Orléans et à Cumberland qu’ils le sont à Vanier. Et si les écoles de langue française poussent comme des champignons dans l’ouest de la ville, c’est parce que l’oncompte aussi un plus grand nombre de francophones dans cette région de la capitale.

Comme l’a déjà dit votre adversaire Mathieu Fleury lorsque questionné il y a quelques années sur l’aménagement possible d’un quartier français à Vanier : « Pourquoi mettre l’accent uniquement sur le quartier Vanier quand les francophones se retrouvent partout en ville ? ». Bien dit.     

On ne veut pas un quartier français à l’image de celui de La Nouvelle-Orléans en Louisiane, M. Lowe, on veut une ville officiellement bilingue à l’image du Canada. 

« Arrivez en ville », vous aurait dit ma mère.

Denis Gratton

L’amour d’un frère

CHRONIQUE / André Charron n’en croyait pas ses oreilles. Son médecin venait de lui apprendre qu’il était atteint d’une grave maladie aux reins.

« Une glomérulonéphrite m’a dit le médecin, se souvient André. J’avais 39 ans à l’époque. Je ne savais pas de quoi il parlait, je me sentais en pleine forme et j’ai presque ri de lui en sortant de son bureau. »