Denis Gratton

Le barbier Boyardee

CHRONIQUE / Devrait-on le surnommer le Barbier de Séville ou le Chef Boyardee ? Parce qu’il est un peu des deux. Alors, allons-y pour le barbier Boyardee.

Le Gatinois Gaston Vachon, 69 ans, est barbier depuis 51 ans. Originaire de la Beauce, il a déménagé à Gatineau avec ses parents et ses neuf frères et sœurs alors qu’il était âgé de 15 ans.

« Et lorsque j’ai gradué à l’âge de 18 ans, raconte-t-il, j’ai été embauché comme barbier par la Défense nationale et j’ai travaillé pendant trois ans sur la base militaire à la Baie d’Hudson, puis une année et demie à la base de Chatham, au Nouveau-Brunswick. Je suis ensuite revenu m’établir à Gatineau et je travaille dans des salons de barbier et de coiffure d’Ottawa depuis. »

J’ai rencontré M. Vachon mercredi matin au Salon du Château, un salon de coiffure unisexe qui se trouve au rez-de-chaussée des édifices à condos Château Vanier, sur le chemin McArthur, à Ottawa.

C’est là qu’il travaille depuis un certain temps. Là où sa fidèle clientèle l’a suivi.

« Je coupe les cheveux de trois générations, lance-t-il. Le grand-père, le père et le fils viennent tous me voir pour une coupe de cheveux. Je travaille du mercredi au samedi et, croyez-moi, je ne chôme pas. »

Et ce père de deux enfants et grand-père de cinq petits-enfants ne chôme pas non plus les dimanches, lundis, et mardis. Ces jours-là, vous le trouverez dans sa cuisine commerciale située dans le parc industriel à Gatineau.

Vous avez peut-être déjà vu ses produits sur les tablettes des IGA, des Métro, des Loblaws et des épiceries indépendantes de Gatineau et d’Ottawa. Ses produits se nomment tout simplement : Gaston Vachon. Il s’agit d’une sauce à la viande maison, d’un chutney aux fruits et d’une moutarde sucrée qu’il prépare lui-même avec son seul et unique employé, son petit-fils, Kevin.

« J’ai commencé ça il y a six ans, dit-il. L’idée m’est venue alors que je me trouvais à l’épicerie et que j’ai entendu une dame dire à son mari : ‘va choisir une sauce à spaghetti sur les tablettes et assure-toi qu’elle contienne beaucoup de viande’. Puis le mari est revenu bredouille en disant qu’il n’y avait pas de sauce à spaghetti qui contenait beaucoup de viande.

«Alors je me suis mis à la recherche de la meilleure viande (bœuf haché) sur le marché et je l’ai trouvée à la boucherie Dumouchel, dans le secteur Overbrook à Ottawa. Et je prends tous mes fruits et légumes frais à l’épicerie Farm Boy. J’ai expérimenté pendant deux ans. Comment conserver la sauce sur les tablettes, comment arriver à une couleur, un goût et une texture parfaite et tout ça. Ça m’a pris deux ans à la mettre sur le marché. Et aujourd’hui, je produis à peu près 125 caisses (de 12 bocaux chacune) aux deux mois. Et c’est la même chose pour le chutney et la moutarde sucrée. Ça se vend bien, le monde aime ça. J’ai ma clientèle dans mon salon de barbier, et j’ai ma clientèle dans les épiceries. J’exerce deux beaux métiers.

­—Donc vous n’arrêtez jamais, si je comprends bien, que je lui lance.

«Il ne faut jamais s’arrêter.»

Si vous tapez les mots «sauce Gaston Vachon» dans un moteur de recherche, vous apprendrez que la sauce à la viande maison Gaston Vachon a fait l’objet d’un rappel en octobre 2015 en raison de la présence possible de bactéries dangereuses. Un rappel qui a été déclenché à la suite d’une enquête du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ).

Mais finalement, il n’y avait pas de bactéries dangereuses dans cette sauce. Et «aucun cas de maladie associé à la consommation de ce produit n’a été signalé», peut-on lire sur les sites web du MAPAQ et de l’Agence canadienne d’inspection des aliments.

«C’était banale, cette histoire-là, affirme M. Vachon. Un inspecteur est venu visiter ma cuisine à Gatineau et il m’a dit que je n’avais pas le droit de me procurer ma viande dans une autre province. Je ne le savais pas. Mais là tout est réglé. Et ma clientèle est vite revenue. J’ai maintenant une adresse d’affaires sur le chemin de Montréal, à Ottawa, et je suis en règle avec les gouvernements provinciaux et fédéraux.

— Et achetez-vous toujours votre viande chez Dumouchel ?

«Bien sûr. C’est la meilleure. Tu ne peux pas trouver mieux que ça.»

Je me suis procuré un chutney aux fruits et une sauce à la viande Gaston Vachon cette semaine, à la boucherie Dumouchel, justement. Mon verdict : bon. Très, très bon.

Et j’ai posé la question au barbier Boyardee. Parce que je sais qu’elle vous trotte dans la tête, chers lecteurs.

Et c’est «non», m’a-t-il assuré dans un éclat de rire. Il n’y a aucune chance de retrouver un cheveu dans sa sauce à spaghetti...

Denis Gratton

Seulement à Vanier...

CHRONIQUE / Dans ma chronique de mercredi dernier, je vous ai parlé d’un Club Playboy qui était situé sur le chemin Riverain, dans le secteur Vanier, durant les années 1960 et 1970.

Je ne savais pas qu’un tel club avait déjà eu pignon sur rue dans ma ville natale. Je l’ai appris en lisant l’un des textes publiés dans le recueil Raconter Vanier aux Éditions David.

Or, quelques lecteurs m’on écrit pour rectifier et préciser certains faits. D’abord, il ne s’agissait pas d’un Club Playboy tel qu’on retrouvait dans plusieurs grandes villes américaines à cette époque. Voici ce qu’un lecteur prénommé Yvon m’a écrit. Vas-y Salomon mon ordi. Partage ce courriel, mon cher ami à clavier :

« J’ai été policier à Vanier de 1959 à 1976. Il n’y a jamais eu un Club Playboy à Vanier, mais un hôtel appelé Riverside dont l’attrait principal était le Rib Steak House avec des serveuses en costume de Playboy bunnies. Mais cet hôtel n’a jamais utilisé le nom Playboy ».

Donc si je comprends bien, les propriétaires de l’hôtel Riverside imitaient la formule des clubs du fondateur du magazine Playboy, Hugh Hefner, mais sans utiliser le nom « Playboy », donc sans devoir payer à ce dernier des frais de franchise. Seulement à Vanier...

C’est un peu comme si j’ouvrais un restaurant de hamburgers à service rapide, que j’installais un gros « M » jaune lumineux devant l’endroit, mais que je n’appellerais pas ce resto un « McDonald ». Quelqu’un a dit : mise en demeure ?

Dans le prochain courriel, une lectrice prénommée Louise mentionne les noms des propriétaires et de deux employés de ce Rib Steak House. Toutefois, je ne partagerai pas les noms de ces gens dans cette chronique. Vous comprendrez pourquoi dans l’autre courriel qui suivra. Vas-y d’abord avec le courriel de Louise, Salomon :

« Le Club Playboy était situé dans l’hôtel Riverside, propriété de deux frères. (Il y avait un) responsable des Bunnies pour leur attribuer les sections à servir. Et il veillait également à la bonne tenue des clients. »

Merci pour votre courriel, Louise. Mais en lisant celui qui suit, je ne suis pas sûr que c’est sur les clients qu’il aurait dû veiller. Salomon, vas-y pour ce courriel de Léo :

« J’ai travaillé pour ces deux frères à cet hôtel comme serveur et préposé au bar. J’étais étudiant et je faisais une belle fortune à cet endroit. J’en ai vu des vertes et des pas mûres pour mon jeune âge. Je devais parfois donner un coup de main aux serveuses «bunny» à quitter les lieux en taxi pour ne pas que le propriétaire les harcèle à la fermeture. »

Denis Gratton

L’âme de Montfort

CHRONIQUE / Lorsque l’Hôpital Montfort a officiellement dévoilé son tout nouveau tomodensitomètre, il y a une dizaine de jours, on a voulu démontrer le fonctionnement de cet appareil à la fine pointe de la technologie aux invités et aux médias. Mais il fallait d’abord trouver quelqu’un pour jouer le rôle du patient dans cette mise en scène.

On n’a pas eu à chercher très loin. Gilles Ménard allait s’improviser comédien avec plaisir. Cet homme fait un peu de tout dans l’hôpital du chemin de Montréal. Alors pourquoi ne pas jouer la comédie si cela peut aider et être utile ?

Gilles Ménard, 72 ans, d’Embrun, est bénévole à l’Hôpital Montfort depuis 11 ans. Et cet ancien menuisier à la retraite donne aujourd’hui près de 2000 heures par année à cette institution franco-ontarienne. Oui, 2000 heures. Soit l’équivalent d’approximativement 40 heures par semaine.

« J’ai été superviseur de la base militaire de Rockcliffe jusqu’à l’âge de 50 ans, soit jusqu’à ce que cette base ferme, il y a 22 ans, raconte-t-il. J’ai alors pris ma retraite de la Défense nationale, mais j’ai continué à travailler à mon compte comme menuisier. Mais je suis atteint d’une maladie pulmonaire chronique depuis plusieurs années. Des particules d’amiante se sont accrochées à mes poumons. Et quand j’ai vu que j’avais de la difficulté à suivre les autres sur le chantier de construction, je me suis dit que c’était assez, que j’allais faire autre chose. J’ai donc laissé mes outils et je suis venu ici, à Montfort, faire du bénévolat. »

« J’ai une pleine retraite de la Défense nationale et la société a été très bonne pour moi, poursuit-il. Et tant que je le pourrai, je vais remettre de mon temps à la société. On voit toujours des plus malades que nous. Et je pense que chacun d’entre nous a une certaine responsabilité envers la société. »

Gilles Ménard est d’une bonne humeur contagieuse. Toujours souriant, toujours prêt à servir, il est ni plus ni moins le bénévole par excellence.

« Si je n’étais pas de bonne humeur, je ne viendrais pas ici, lance-t-il en riant. On a tous nos petits problèmes, mais venir ici nous fait vite oublier ces petits problèmes. Je peux quand même faire beaucoup, malgré ma maladie. Ça ne me demande pas beaucoup d’efforts et j’aime ce que je fais. »

« Je suis natif d’Embrun, un village où tout le monde se connaît. Et ici, à Montfort, c’est un peu la même chose. C’est comme un petit village où je connais pratiquement tout le monde. Et notre présence, c’est-à-dire la présence des 300 bénévoles, rassure les gens. Ils voient qu’il y a beaucoup de monde pour les aider et qu’ils ne sont pas de simples numéros. On a le temps de jaser avec eux, ce que les médecins et les infirmières ont rarement. Je dirais que nous, les bénévoles, sommes un peu l’âme de l’hôpital. »

Le bénévolat est une affaire de famille chez les Ménard. L’épouse de M. Ménard, Laura, consacre ses lundis à l’Hôpital Montfort. Tandis que leur petit-fils, Mathieu Legault, 24 ans, passe tous ses jeudis à accompagner son grand-père dans ses tâches.

Mathieu a été diagnostiqué à la naissance d’une déficience intellectuelle. « Quand il avait six mois, de dire M. Ménard, les médecins ont dit à ses parents que Mathieu ne marcherait probablement jamais. Mais nous avons été bénis. Aujourd’hui il marche, il fait du vélo et il a complété son secondaire à l’école de Casselman. »

« Il habite Limoges et, tous les jeudis, son père vient le mener ici à l’hôpital et revient le prendre après sa journée de travail. Mathieu m’accompagne partout où je vais dans l’hôpital. Les jeudis sont habituellement consacrés au déchiquetage de documents au sous-sol. Et Mathieu s’acquitte très bien de cette tâche. Ce sont de belles journées pour moi, car ça me donne la chance de passer du temps avec mon petit-fils. Et ça lui donne la chance de passer une journée avec son papy. Ça lui offre un autre environnement et tout le monde le connaît ici. »

Mais malheur aux membres du personnel de Montfort qui sont partisans du Canadien de Montréal. Parce que Mathieu — fan inconditionnel des Sénateurs d’Ottawa qu’il est — ne se gêne pas pour leur lancer un ‘chouuu !’ bien senti en les croisant dans les corridors de l’hôpital.

« Il fait rire tout le monde avec ça », de conclure son grand-père dans un éclat de rire.   

Denis Gratton

Le Club Playboy de Vanier

CHRONIQUE / Il y avait cette taverne, dont j’oublie le nom, qui se trouvait sur le chemin Riverain dans l’ancienne ville de Vanier. Je crois qu’on l’appelait simplement la taverne Riverside, parce que le chemin Riverain se nommait Riverside avant la fusion des municipalités, en 2000.

Cette taverne se trouvait au sous-sol d’un édifice. L’endroit était un peu sombre, un peu démoralisant, un peu désolant. 

Mais durant mes études collégiales, au début des années 1980, un bon ami et moi nous donnions rendez-vous à cette taverne tous les mardis soirs. On appelait cette sortie « les mardis sacrés ».

On prenait quelques bières, on jasait de notre semaine, de nos bons et de nos moins bons coups, on jouait quelques parties de billard et on allait clore la soirée au restaurant Louis’, à quelques pas de là, où l’on s’empiffrait de pizza. Puis on rentrait se coucher en se donnant rendez-vous à notre prochain « mardi sacré ».

(Je répéterais l’exercice aujourd’hui et j’aurais l’estomac en nœuds pendant des jours et des jours. Rien à voir avec la pizza de Louis’, tout à voir avec la vieillesse.)

Si je vous parle de tout ça, c’est que j’ai récemment appris qu’un Club Playboy a déjà occupé les locaux de la taverne Riverside durant les années 1960. Oui, un Club Playboy à Vanier. Je l’ignorais.

Ces clubs hyper sexistes où les serveuses devaient porter des uniformes de Playboy Bunny étaient très populaires dans les années 1960. Et on en trouvait dans toutes les grandes (et moins grandes) villes américaines, le tout premier ayant vu le jour à Chicago en 1960.

Heureusement, la société a évolué. (Bien qu’à ce niveau, elle ne semble pas avoir évolué tant que ça, par les temps qui courent...). Et pratiquement tous les clubs Playboy ont fermé leurs portes durant les années 1980.

Mais jamais n’avais-je entendu parler de la présence de l’un de ces clubs dans ma ville natale de Vanier. Faut croire que ceux qui le fréquentaient ne s’en vantent pas aujourd’hui...

Comment ai-je appris l’existence de ce club ? Dans le livre Raconter Vanier.

Je vous ai parlé de ce livre dans une chronique publiée en mai dernier. Il s’agit d’un recueil d’une trentaine de textes inspirés par des histoires ou des souvenirs de Vanier et rédigés par des Vaniérois qui ont participé au concours « racontez-nous Vanier » lancé par les Éditions David le printemps dernier.

Près d’une cinquantaine de personnes ont soumis un texte dans le cadre ce concours et un peu plus d’une trentaine d’œuvres ont été retenus par le jury au sein duquel j’ai eu l’honneur de siéger. J’ai donc lu tous les textes soumis dans le cadre de ce concours, et je me suis bien amusé. 

Certains textes sont nostalgiques, d’autres sont drôles et amusants (voire celui sur le Club Playboy d’Eastview), certains sont très touchants, et l’ensemble de l’œuvre est fort intéressant. Et si le cœur vous en dit, vous pourrez aussi lire la préface de ce livre écrite par un certain chroniqueur vaniérois du quotidien Le Droit... (Merci aux Éditions David de m’avoir accordé ce privilège.)

Le livre Raconter Vanier a été lancé vendredi dernier et est disponible en librairie ou aux Éditions David.

Parlant de Vanier... À classer dans la filière « petites victoires ».

On se plaint souvent — moi le premier — qu’on ne peut être servi en français dans certains commerces d’Ottawa.

Et le plus frustrant, c’est lorsqu’on ne peut être servi dans notre langue dans une succursale de la LCBO (Régie des alcools de l’Ontario), une société de la Couronne ontarienne pourtant assujettie à la Loi 8.

Or, j’ai récemment appris que toute personne qui postule pour obtenir un emploi à la succursale de Vanier de la LCBO doit maintenant passer un test d’évaluation du français. Donc tout nouvel employé à cette succursale devra dorénavant être bilingue.

Ce test aurait dû être imposé il y a belle lurette, je le sais. Mais bon, mieux vaut tard que jamais.

Petite victoire, disais-je.

Denis Gratton

Voter coûte que coûte

CHRONIQUE / On l’a dit et on l’a redit, seulement 38,7 % des Gatinois ont exercé leur droit de vote dimanche dernier. Seulement quatre personnes sur dix.

Mais il y a encore des gens pour qui voter est un devoir, une obligation, une responsabilité sociale. Huguette Desjardins et son fils Pierre sont de ce nombre. Et les deux se sont assurés d’aller inscrire leur « X » sur un bulletin de vote dimanche dernier.

Ils auraient tous deux eu toutes les excuses au monde pour rester à la maison par cette froide journée pluvieuse de novembre et laisser les autres élire le prochain conseil municipal de Gatineau.

Pierre Desjardins, 62 ans, habite le quartier Mont-Bleu avec sa mère depuis septembre 2015. « Mon père est décédé le 16 mars 2015 à l’âge de 87 ans, dit-il. Et je suis déménagé ici avec ma mère en septembre de la même année. Je ne voulais pas qu’on place ma mère dans un CHSLD. Parce que je sais qu’elle va mourir si on la place. Elle va se laisser aller. Alors je suis venu m’en occuper. »

Sa mère est âgée de 85 ans et elle est atteinte de la maladie d’Alzheimer. « Mais elle est encore très alerte et elle reconnaît toujours ses six enfants, explique son fils.

La maladie ne progresse pas autant parce qu’elle peut rester ici, dans sa maison où elle vit depuis plus de 55 ans. C’est le même encadrement, elle n’est pas perdue et dépaysée comme si on la plaçait. »

Pierre Desjardins prend donc soin de sa mère. Et elle, en retour, prend un peu soin de lui...

UN AN À VIVRE

M. Desjardins est atteint d’un cancer généralisé. La maladie a débuté par une tumeur cérébrale détectée en 2008. Et le cancer s’est propagé depuis dans ses os, son foie, son estomac et ses reins.

En janvier 2016, les médecins lui ont dit qu’il n’avait plus qu’un an à vivre. Il y a presque deux ans de ça. Vrai, M. Desjardins est visiblement affaibli et fragile, et il est passé d’un poids de 215 livres à 146 livres. Mais il n’abandonne pas la lutte. Parce que sa mère compte sur lui.

« Je suis de nature combative, laisse-t-il tomber. Je ne suis pas le genre à abandonner une lutte. Les médecins voulaient que je reçoive des traitements de chimiothérapie, mais je ne veux rien savoir de ça. C’est mon corps, c’est ma vie et j’ai été élevé dans la foi. Et je remercie le Seigneur tous les matins de me donner grâce. »

« Mon frère est mon héros, ajoute sa sœur, Lucie Desjardins. C’est grâce à lui si notre mère peut rester ici dans sa maison qu’elle aime tant. Elle est tellement chanceuse de l’avoir. Il s’occupe tellement bien d’elle, malgré sa maladie. Pierre veut que notre mère parte avant lui. Il ne veut pas la laisser seule. C’est sa raison de vivre. »

« Mon père n’aurait jamais laissé ma mère seule, poursuit Pierre. Et je vais faire comme lui, je ne la laisserai jamais seule. »

« Pierre me traite comme une reine, enchaîne leur mère. Je suis chanceuse de l’avoir et de pouvoir rester ici. »

DEVOIR DE CITOYEN

Dimanche dernier, Pierre et sa mère ont appelé l’équipe de la conseillère municipale Louise Boudrias, afin qu’un bénévole vienne les cueillir pour qu’ils puissent aller voter. Rien n’allait les empêcher. Ni la pluie, ni le froid, ni leur grave maladie, et ni l’effort physique que cela leur imposait.

« C’est notre devoir de citoyen, affirme M. Desjardins. C’est ce que notre père nous a enseigné. N’est-ce pas, Maman ? »

« Ah oui !, répond-elle. C’était très important pour mon mari et moi d’aller voter, oh my ! Et la sœur de Mme (Louise) Boudrias est venue nous chercher à la porte et elle nous a ramenés tout de suite après. Tout a bien été. »

« Mais le corridor à l’école où il fallait voter était un peu long, avoue Pierre. La marche a été un peu essoufflante. Mais c’est correct. On a fait notre devoir, c’est tout ce qui compte.

Et avez-vous gagné votre vote à la mairie ?

Ils se regardent et, en chœur, ils répondent : «Non, malheureusement. Mais notre conseillère a gagné !»

Denis Gratton

Le jeu de patience

CHRONIQUE / La ministre des Affaires francophones de l’Ontario, Marie-France Lalonde, « a demandé aux Franco-Ontariens de faire preuve de patience dans ce dossier. (...) Mme Lalonde n’a pas été en mesure de donner un échéancier à savoir quand le projet allait finalement voir le jour. Elle assure cependant que cela fait partie de ses priorités », pouvait-on lire dans un texte mis en ligne par TFO, mardi dernier.

J’ai éclaté de rire en lisant ces lignes. Car paraît-il que mieux vaut en rire qu’en pleurer...

De quel dossier s’agit-il ? Dans quel dossier doit-on faire preuve de patience, comme nous le demande la ministre Lalonde ?

On parle ici du système informatique du gouvernement ontarien — ceux des ministères des Transports et de la Santé, dans ce cas-ci — qui ne permet pas d’inclure des caractères français, comme les accents et les cédilles, sur les permis de conduire et les cartes Santé. Ainsi, un citoyen dénommé, par exemple, René Brûlé, devient Rene Brule aux yeux de la province.

Ce n’est pas la première fois qu’on discute de ce dossier. L’an dernier, dans une chronique publiée le 6 novembre, je vous ai parlé de Christian Prémont, un enseignant de l’école secondaire de langue française de London, dans le sud de l’Ontario, qui se bat depuis 13 ans — oui, 13 ans ! — pour que le ministère des Transports ajoute l’accent aigu dans son nom de famille qui apparaît sur son permis de conduire.

« C’est mon identité, m’avait-il expliqué. C’est une question de respect pour ma famille, pour mes ancêtres et pour mes enfants. »

Mais chaque fois que M. Prémont renouvelle son permis de conduire et sa carte Santé et qu’il exige l’ajout d’un accent aigu dans son nom, il se fait répondre que le système informatique ne permet pas d’inclure des caractères français. Et on lui donne la même réponse depuis maintenant 13 ans. Et sa plainte, déposée il y a plusieurs années au bureau du Commissaire aux services en français de l’Ontario, n’a rien donné non plus.

Mais ça ne s’arrête pas là. Une semaine après la publication de cette chronique, en novembre 2016, j’ai rédigé un deuxième papier sur le sujet avec le témoignage d’un résident d’Orléans du nom de François LeMay.

Celui-ci demande que la cédille soit ajoutée à son prénom qui apparaît sur sa carte Santé. Et il le demande depuis... 1990. Il y a 27 ans de ça...

M. LeMay a conservé une lettre que lui a fait parvenir le ministère de la Santé en 1990. En voici un extrait :

« Vous avez raison de croire que les majuscules devraient porter les accents autant que les minuscules. L’impeccabilité du français sur les cartes Santé est importante et le ministère de la Santé poursuivra ses efforts pour trouver une solution à ce problème. »

« Très complexe »

Bel effort. Vint-sept ans d’efforts, et toujours rien. Et voilà que la ministre Lalonde vient nous demander d’être patient dans ce dossier.

« Au sein du gouvernement, nous aimerions trouver la solution le plus rapidement possible, a-t-elle dit à TFO. Mais c’est vraiment une mise à jour d’un système informatique très complexe. »

Je veux bien le croire. C’est effectivement compliqué, l’informatique. C’est même du chinois en ce qui me concerne. Je suis nul, mais nul en informatique.

Mais si on me donnait 27 ans pour régler un problème avec un système informatique, je vous parie que j’y parviendrais !

Je me renseignerais, je consulterais, je suivrais des cours, je demanderais l’aide d’un ami ou d’un collègue qui s’y connaît et je suis sûr et certain que je le réglerais le problème, que je parviendrais à « mettre les accents là où il le faut », et que je respecterais l’échéancier de... 27 ans !

Qu’on cesse de rire de nous, bâtard !

Savez-vous, je pense que je préférerais parfois obtenir une réponse du gouvernement du genre : « Oubliez ça, les Francos, on s’en balance royalement de vos accents aigus et de vos cédilles », plutôt que d’obtenir des réponses bidons pour nous fermer le clapet.

On aurait au moins les points sur les « i » et les barres sur les « t ».

Denis Gratton

Pour toi mon cœur

CHRONIQUE / La campagne de financement portait le slogan accrocheur : « Pour toi mon cœur ».

Lancée il y a deux ans par la Fondation de l’Hôpital Montfort, cette campagne visait à amasser dans la communauté la somme de 2,5 millions $ pour l’achat d’un tomodensitomètre à module cardiaque, communément appelé un « CT Scan ». Il s’agit d’un appareil à la fine pointe de la technologie sorti tout droit des films Star Trek avec lequel les médecins obtiennent un diagnostic cardiaque de manière rapide, fiable, non invasif et sans inconfort pour le patient. L’appareil permet de déceler la plupart des maladies et des troubles cardiaques les plus graves, et il permet également la détection d’embolies pulmonaires.

On a donc généreusement donné dans le cadre de cette campagne. Sans trop savoir ce que signifiait le mot « tomodensitomètre ». Mais on savait que si c’était pour l’Hôpital Montfort, que nos sous n’allaient pas être gaspillés et que cet appareil au drôle de nom était essentiel au travail des médecins du seul hôpital universitaire francophone de l’Ontario.

La communauté a Montfort à cœur. Alors elle a donné « Pour toi mon cœur ». Et Montfort a pu récemment se procurer son tomodensitomètre — le seul appareil du genre dans la grande région d’Ottawa — et il est en fonction depuis quelques semaines.

Et une vie a déjà été sauvée...

Kevin Ciesielski, un homme d’Ottawa âgé de 45 ans, était présent jeudi matin au dévoilement officiel du tout nouveau « CT Scan » de l’Hôpital Montfort. Entouré de médecins et de cardiologues de l’endroit, du président-directeur général de Montfort, Dr Bernard Leduc, du président de la campagne « Pour toi mon cœur », Me Lawrence Greenspon, et de la présidente-directrice générale de la Fondation de l’Hôpital Montfort, Christine Sigouin, M. Ciesielski a offert son témoignage.

« Il y a un mois, jour pour jour, j’ai subi un triple pontage, a-t-il dit d’emblée. Mais mon histoire a débuté l’été dernier.

«Je me rendais à ma voiture lorsque j’ai soudainement manqué de souffle. Je trouvais ça plutôt curieux puisque je me croyais en bonne santé, je suis sportif et je n’aurais jamais cru que j’avais un problème cardiaque. Alors je n’en ai pas fait de cas. Mais ces courts essoufflements se sont répétés à quelques reprises durant l’été. Mais puisque je n’avais pas de douleurs ni de symptômes, je les ai ignorés.

«Un jour, poursuit-il, ma femme et moi marchions notre chien. À un moment donné, j’ai tendu la laisse à mon épouse en lui demandant de prendre la relève parce que j’avais vraiment le souffle court. Je n’avais même plus la force pour tenir la laisse du chien et je me demandais même si je pouvais continuer à marcher pour rentrer à la maison. Ma femme m’a vite convaincu de voir mon médecin de famille.»

M. Ciesielski a subi une batterie de tests qui n’ont rien indiqué d’anormal. Mais son médecin l’a tout de même dirigé vers un cardiologue de l’Hôpital Montfort.

«Une fois ici à Montfort, reprend-il, j’ai subi un électrocardiogramme, ainsi qu’une échographie, mais on n’a rien trouvé. Tout indiquait que mon cœur fonctionnait normalement. J’ai ensuite porté un moniteur à fréquence cardiaque pendant deux semaines, mais, encore une fois, les tests se sont avérés négatifs. Tout semblait donc normal. Jusqu’à ce que je revienne à Montfort le 26 septembre pour passer un CT scan.»

En quelques instants, les images captées par le tout nouveau tomodensitomètre et retransmises à travers le module cardiaque ont démontré un blocage important de trois artères du cœur de M. Ciesielski. «Mes artères étaient bloquées à 90 % et 95 %», de préciser ce dernier.

Il a été transféré d’urgence à l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa où il a subi un triple pontage six jours après son arrivée.

«Un arrêt cardiaque était imminent puisque je n’avais aucun symptôme et aucune douleur, de dire M. Ciesielski. Et sans cet appareil (le tomodensitomètre), je ne serais probablement pas ici aujourd’hui. Et je remercie les médecins et les cardiologues de l’Hôpital Montfort et de l’Institut de cardiologie de m’avoir sauvé la vie.»

À souligner que la campagne «Pour toi mon cœur» a atteint 73 % de son objectif de 2,5 millions $ et qu’il est encore temps d’y contribuer. Les sommes recueillies permettront de déployer toutes les fonctionnalités de l’appareil et de l’utiliser à pleine capacité.

Pour faire un don : www.pourtoimoncoeur.com

Denis Gratton

Sauvés de la rue

CHRONIQUE / Sans le centre d’hébergement pour jeunes Le Belvédère, Mathieu Bertrand et Mathieu Roy se seraient retrouvés à la rue. Ils en sont convaincus.

Le Belvédère de l’organisme Vallée Jeunesse du secteur Hull est menacé de fermeture, alors que le Centre intégré de santé et des services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) veut lui retirer 180 000 $ de son budget annuel de 250 000 $. « Si on nous enlève cette somme, on nous ferme », laisse tomber la coordonnatrice clinique à Vallée Jeunesse, Annie Castonguay.

Le Belvédère offre aux jeunes de l’Outaouais âgés de 16 à 24 ans l’opportunité d’accéder à une démarche vers l’autonomie. Il s’agit d’une résidence volontaire de 16 lits où « le jeune doit apprendre à subvenir à ses propres besoins dans une perspective de prise en charge de son projet de vie », peut-on lire sur le site Web de l’organisme à but non lucratif.

« Le Belvédère aide à prévenir l’itinérance et à développer l’autonomie chez les jeunes pour les aider à partir vivre en appartement et voler de leurs propres ailes », résume Mme Castonguay.

Fondé il y a 15 ans, Le Belvédère a aidé au fil des années d’innombrables jeunes — garçons et filles — à se prendre en main et à éviter l’itinérance, la rue, la misère et le désespoir. Des jeunes comme Mathieu Bertrand et Mathieu Roy.


Mathieu Bertrand, 23 ans, s’est retrouvé à la rue à l’âge de 15 ans.

« Mes parents se sont séparés à ma naissance, raconte-t-il. Je vivais avec ma mère qui avait de graves problèmes d’alcool. On déménageait aux trois mois et l’atmosphère qui régnait chez nous était malsaine. Ce n’était plus vivable. J’ai donc quitté, j’avais 15 ans. Je me suis retrouvé dans un abri d’autobus, la nuit, avec un sac de poubelle qui contenait mes vêtements. Je n’avais pas de problèmes d’alcool ou de drogue, et je n’en ai jamais eu. Parce que j’ai choisi de faire le contraire de l’image que j’ai reçue toute mon enfance. Mais je ne pouvais plus vivre à la maison. Et je me suis retrouvé à Héberge-Ados. Puis, quand j’ai eu 16 ans, je suis venu ici, au Belvédère de Vallée Jeunesse. »

Mathieu Bertrand a habité pendant deux ans au Belvédère. « Et grâce à Vallée Jeunesse, dit-il, j’ai pu découvrir une passion qui est le slam-poésie. Ç’a donné un sens à ma vie. »

Mathieu est déménagé en appartement au bout de ces deux ans. Mais il est retourné vivre au Belvédère deux ans plus tard. Mais comme employé cette fois-ci.

« Le Belvédère cherchait un étudiant accompagnateur. Alors je vis ici depuis, je suis logé et nourri en échange de mes services. Je travaille à temps partiel et je poursuis des études collégiales en soutien informatique. Donc si je ne peux pas vivre de mon art, j’ai un plan B.

«Vallée jeunesse m’a fait découvrir un potentiel qui existait en moi, mais que j’ignorais. Et aujourd’hui, je tente de redonner aux autres ce que j’ai obtenu ici».


Mathieu Roy, 28 ans, est arrivé au Belvédère en juin 2007, à l’âge de 18 ans.

Avant ça, il avait vécu tantôt chez son père en Abitibi, tantôt dans le minuscule appartement de sa mère à Gatineau, puis tantôt dans un logement minable du Vieux-Gartineau qu’il partageait avec 14 personnes ! «Là où j’étais logé et drogué», lance-t-il en riant, puisqu’il peut en rire aujourd’hui. 

«J’avais des problèmes de consommation, dit-il, d’alcool et de drogue, mais surtout de drogue. Alors je suis venu au Belvédère en juin 2007 et j’ai habité ici pendant six mois. Durant cette période-là, j’ai appris à payer un loyer, établir un budget, faire une épicerie. À être autonome, bref. J’ai pu me reprendre en main durant ces six mois. Puis je suis déménagé en appartement avec mon frère, ici à Gatineau, tout en sachant que j’avais un filet de sécurité au Belvédère. Si ça ne marchait pas avec mon frère, je savais que j’avais une place à aller et que je ne me retrouverais pas dans la rue.

«Ce filet de sécurité, c’est habituellement quelque chose que les parents seraient censés offrir à leur enfant. Mais ce n’est pas une option pour nous. Notre filet de sécurité, c’est ici, au Belvédère», ajoute-t-il. 

Mathieu ne consomme plus. Et il travaille depuis 10 ans au Belvédère à titre d’intervenant ressource, en plus d’être membre du conseil d’administration.

«Je suis ici pour éviter que des jeunes des centres jeunesse se retrouvent dans la rue à l’âge de 18 ans, une fois devenu adulte, avec un sac de poubelles sur l’épaule. Mais si le Belvédère ferme, combien de jeunes de 18 ans se retrouveront dans la rue ? Je n’ose même pas y penser.»

Denis Gratton

Des excuses, M. Thibeault?

CHRONIQUE / Faut-il en rire ou en pleurer ? Le ministre de l’Énergie de l’Ontario, Glenn Thibeault, a annoncé cette semaine la mise sur pied d’un nouveau programme provincial de réduction des coûts d’électricité. Ce programme de 100 millions $ vise à encourager les contribuables à installer gratuitement des ampoules à DEL qui consomment peu d’énergie, des barres d’alimentation électrique et ainsi de suite. Or, pour vérifier leur admissibilité à ce programme et présenter une demande, les citoyens doivent visiter un site web. Un site web uniquement disponible en anglais.

Voyez-vous l’ironie dans tout ça ? La triste et décourageante ironie ?

Glenn Thibeault. Ce nom vous rappelle quelque chose ? Sinon, permettez-moi de vous rafraîchir la mémoire.

En décembre 2015, la première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne, a surpris la communauté franco-ontarienne en acceptant de lui présenter à Queen’s Park des excuses officielles pour le Règlement XVII. Adopté en 1912, ce règlement a interdit, pendant 15 ans, l’enseignement de la langue française dans toutes les écoles de l’Ontario.

Pourquoi Mme Wynne a-t-elle décidé de poser ce geste symbolique plus de 100 ans après l’imposition de cet infâme règlement ?

Eh bien, elle l’a fait à la demande de son député de Sudbury... Glenn Thibeault.

La voyez-vous maintenant la triste et désolante ironie ? Le député Thibeault — nommé ministre de l’Énergie en juin 2016 — a déposé une résolution en 2015 afin que l’Assemblée législative de l’Ontario présente des excuses formelles aux Franco-Ontariens. Et deux ans plus tard, ce même Glenn Thibeault vient nous demander de visiter un site web disponible uniquement en anglais... Misère.

Je me demande comment il expliquera ce geste à sa famille à Sudbury. Parce que tout le monde parle français chez lui. Voici ce qu’il me racontait — en anglais — dans le cadre de la Grande entrevue du samedi du 11 décembre 2015, quelques jours après qu’il ait présenté sa résolution pour les excuses aux Francos :

« Mon nom est Thibeault, ma mère est une Trottier, toute ma famille est francophone. Mon père et ma mère parlent français, tout comme mes sœurs, mes neveux et mes nièces. Mais pour moi, c’est difficile de parler le français. Quand j’étais jeune, j’allais à l’école de langue anglaise parce qu’elle était très près de chez moi. Je suis donc un exemple parfait (de l’assimilation des Franco-Ontariens). » Puis il avait ajouté qu’il était maintenant important pour lui d’apprendre le français.

Et peu plus loin dans cette entrevue, je lui ai posé la question suivante : « Croyez-vous que ces excuses formelles pourraient éventuellement mener vers le bilinguisme officiel pour la province de l’Ontario ? Seriez-vous en faveur d’une province officiellement bilingue ?

«Oui, avait-il répondu. Il y a beaucoup de francophones en Ontario et ils apportent beaucoup à l’Ontario. Et le pays est officiellement bilingue. Alors oui, je crois que la province devrait être officiellement bilingue.»

Eh bien... Il y a deux ans de ça et l’Ontario est toujours loin de devenir bilingue. Et la Ville d’Ottawa refuse toujours le bilinguisme officiel. 

Mais les excuses pour le Règlement XVII, ça, on les a eues ! Quand je vous disais que ces excuses de la première ministre Wynne n’étaient qu’un simple geste symbolique et presque de la poudre aux yeux des Franco-Ontariens.

Je me demande maintenant, à la suite de ce programme provincial de rabais disponible uniquement en anglais, si le ministre Thibeault nous présentera ses excuses...

Et parlant de bilinguisme...

On apprenait mercredi que les futurs juges de la Cour suprême n’auront pas l’obligation d’être bilingues. Une majorité des libéraux ont voté contre le projet de loi du député néo-démocrate François Choquette qui visait à ajouter ce critère à la nomination des juges. Et curieusement, ces mêmes libéraux avaient appuyé un projet de loi similaire lorsqu’ils étaient de l’autre côté de la Chambre des communes, dans l’opposition.

Or, de quel côté les députés de la région d’Ottawa et de l’Est ontarien ont-ils voté sur cette question ?

La députée d’Ottawa-Vanier, Mona Fortier, et son collègue de Glengarry-Prescott-Russell, Francis Drouin, ont voté en faveur de ce projet de loi.

Par contre, les députée(e)s Guy Lauzon (Stormont-Dundas-Glengarry), David McGuinty (Ottawa-Sud), Catherine McKenna (Ottawa-Centre) et Andrew Leslie (Orléans) ont voté contre ce projet de loi sur l’obligation des juges à la Cour suprême du Canada d’être bilingues.

Oui, le député Andrew Leslie, qui représente le quartier d’Ottawa où l’on retrouve le plus grand nombre de francophones (Orléans), a voté contre un projet de loi favorable aux... francophones. 

Je me répète : misère...

***

PRÉCISION

Dans ma chronique publiée vendredi et intitulée «Des excuses, M. Thibeault ?», j'ai écrit que le ministre de l'Énergie de l'Ontario, Glenn Thibeault, a fait l'annonce cette semaine (mardi) d'un nouveau programme de réduction de coûts d'électricité auquel les Ontariens peuvent soumettre une demande, mais que le site web pour faire cette demande est uniquement disponible en anglais. Or, la version en français de ce site a été mise en ligne en fin d'après-midi, mercredi. "Nous avons eu des problèmes techniques, mardi, et il était impossible de repousser l'annonce (du ministre)", a expliqué l'attaché de presse de la première ministre de l'Ontario Kathleen Wynne, Ronan Le Guern. L'adresse de ce site est: www.affordabilityfund.org/fr


Denis Gratton

Changer l’heure, pour ou contre ?

CHRONIQUE / Une lectrice m’a écrit pour me poser la question suivante : « Bonjour M. Gratton. J’ai demandé à Google quand il fallait changer l’heure. Comme réponse, j’ai obtenu le 29 octobre 2017. Je suis pourtant certaine que c’est le 5 novembre. Est-ce que je suis correcte ? »

Avant de vous répondre, chère lectrice, j’ai à mon tour une question pour vous. Si vous êtes certaine qu’on recule l’heure le 5 novembre prochain, pourquoi êtes-vous allée vérifier sur Google ?

Mais bon. J’en conclus que vous n’étiez pas si certaine que vous l’affirmez. Et pourtant, vous avez raison. C’est bien le 5 novembre 2017 que l’on revient à l’heure normale. Ou à l’heure d’hiver, si vous préférez.

Alors pourquoi Google a-t-il « répondu » : le 29 octobre 2017 ? Parce que ce moteur de recherches vous a probablement dirigée vers un site Web français ou européen. Et les dates de changements d’heure du printemps et de l’automne différent en Europe et en Amérique du Nord.

En Europe, le changement d’heure de l’automne a lieu le dernier week-end d’octobre.

Mais depuis 2007, le Québec, l’Ontario ainsi que toutes les autres provinces canadiennes (sauf la Saskatchewan), se sont alignés sur les États-Unis, prolongeant ainsi d’un mois la période de l’heure avancée d’été qui débute trois semaines plus tôt au printemps et se termine une semaine plus tard en automne.

Tout ça pour dire qu’on devra reculer nos montres (pour ceux et celles qui portent encore une montre) dans la nuit du 4 au 5 novembre.

Ça répond à votre question, ma chère lectrice ?

De rien.

•••

Ceci étant dit...

Je déteste reculer l’heure. Je déteste la noirceur à 16 h 30, en plein après-midi. Et je déteste le fait que les mots « reculer l’heure » soient synonymes des mots : froid, hiver, neige, refroidissement éolien, tempête hivernale, chaussée glissante, gratte en plastique, mitaines, foulard, grippe, déneigeuse... Et je pourrais continuer. C’est à tout ça que je pense quand j’entends les mots : reculer l’heure.

Et je ne suis pas le seul. Une pétition signée par plus de 8 200 personnes a d’ailleurs été déposée à l’Assemblée nationale du Québec, en 2013, afin d’abolir le changement d’heure. Cette pétition n’a évidemment pas porté fruit. Mais c’est tout de même un signe assez clair qu’il y a un paquet de monde qui grince des dents quand vient le temps de modifier le temps.

J’ai trouvé un texte sur le site Web de MétéoMédia dans lequel on énumère les « pour » et les « contre » du changement d’heure. On y soulève deux « pour » et quatre « contre ».

Chez les « pour » : 

1. L’heure normale (ou l’heure d’hiver) augmente la clarté le matin (transport, sécurité). Bon point.

­­2. L’heure d’été (ou l’heure avancé) permettrait des économies d’énergie.

Je n’en suis pas convaincu. On économise peut-être l’énergie le soir venu, l’été, puisque le soleil ne se couche pas avant 21 h. Mais il nous en faut davantage le matin, alors que le soleil se lève plus tard. Et, en général, on utilise plus d’énergie le matin qu’à 20 h le soir. Mais je sais qu’on pourrait longuement débattre cette question.

Passons donc aux « contre » le changement d’heure :

1. Les changements d’heure peuvent provoquer des troubles de sommeil temporaires. Certaines études avancent même qu’ils favoriseraient la dépression en automne et des risques d’infarctus lors du passage à l’heure avancée. (Ils favoriseraient la dépression en automne, dit-on. Voir paragraphe ci-haut qui débute avec les mots : « Je déteste reculer l’heure »...).

. De nombreux agriculteurs soutiennent que le bétail s’adapterait difficilement aux changements d’heure, ce qui provoquerait une baisse de rendement et de la production. (Même les vaches sont contre les changements d’heure. Ils les font meuh...gler de rage).

3. Les changements d’heure perturberaient la prise de médicaments de certains patients.

4. Les changements d’heure seraient nuisibles aux enfants qui arrivent mal à gérer cette perturbation deux fois par année, ce qui a évidemment des conséquences pour les parents.

Alors voilà. Quatre arguments contre cette pratique et deux arguments pour. 

En fait, la seule bonne chose, selon moi, dans ces changements d’heure, c’est l’immense joie que je ressens dans la nuit du samedi au dimanche de mars quand vient le temps d’avancer l’heure. Parce que les mots « avancer l’heure » sont synonymes des mots : printemps, été, chaleur, golf, chalet, vacances...

Je ne voudrais pas perdre ce merveilleux moment annuel.

Donc à bien y penser, oubliez tout ça. Gardons les changements d’heure et apprenons — nous les « hiver-phobes » — à vivre avec nos dépressions automnales. Et au diable ce qu’en pensent les vaches.