Denis Gratton

Le guichet de la discorde

CHRONIQUE / Je fais un « pèlerinage » annuel à Val-des-Bois, à une heure de route d’Ottawa, depuis maintenant sept ou huit ans. J’ai des amis qui sont propriétaires d’un merveilleux chalet là-bas et ils me le prêtent gracieusement et généreusement chaque été. Je suis chanceux, je sais.

J’aime bien Val-des-Bois. La boulangerie à l’entrée du village et son pain frais du jour. Le marché d’alimentation à l’autre bout du village qui prépare les meilleurs cretons au monde. Le casse-croûte où je me procure ma poutine annuelle. (Oui, seulement une poutine par année. Pour la simple et unique raison que ça me prend approximativement 365 jours à digérer ce mets.) 

Puis, il y a la dame du dépanneur du village qui chaque matin me garde une copie du Droit. Parce qu’il faut se lever tôt pour lire Le Droit à Val-des-Bois. Il faut faire vite. Les copies se vendent comme des petits pains chauds. Mais grâce à cette chère dame du dépanneur, je peux faire la grasse matinée tout en sachant que mon Droit m’attend.

J’aime bien Val-des-Bois, disais-je. Les gens sont chaleureux. L’endroit est paisible. La vie semble au ralenti. De belles vacances, bref.

Il y a deux ou trois ans, je me suis arrêté un matin à la Caisse Desjardins du village pour retirer quelques dollars du guichet automatique. Mais puisque cette caisse n’est ouverte que de 9 h 30 à midi, l’endroit était bondé.

Les quatre ou cinq chaises étaient occupées. D’autres villageois attendaient debout que l’une des deux caissières les appelle. Puis, il y avait un client dans le coin de l’étroite pièce qui utilisait le seul guichet automatique de la place.

Celui-ci termine sa transaction et il quitte. J’attends alors que l’un des clients assis se lève pour utiliser le guichet à son tour... mais non. Personne ne se lève. Personne ne bouge.

Toutes les personnes dans la pièce attendaient d’être servies au comptoir bancaire. Pas question pour eux d’utiliser ce « machin futuriste » dans le coin de la pièce.

Je n’en croyais pas mes yeux. Et lorsque j’ai poliment et timidement demandé à haute voix si quelqu’un allait utiliser le guichet, on m’a répondu d’un hochement de tête collectif qui se traduisait comme suit : « Non, pas pour nous ce machin, monsieur le citadin. À vous de vous en servir à vos risques et périls. Ici, on ne confie pas notre argent à une machine ». Je croyais avoir été transporté dans le temps, des décennies en arrière, dans un épisode du Temps d’une paix.

Pourquoi je vous raconte tout ça ? C’est que je lis depuis quelques semaines sur le conflit qui oppose les résidents du village de Ripon et la Caisse Desjardins de la Petite-Nation. Les Riponais sont en « beau joual vert » depuis que Desjardins a retiré, mercredi dernier, le seul et unique guichet automatique du village. Et ce, malgré le fait que 1950 personnes aient signé une pétition demandant le maintien de ce guichet à Ripon.

Or, je crois avoir trouvé la solution à ce problème. Et vous me voyez sûrement venir, n’est-ce pas ? C’est ça. On prend le guichet Desjardins qui se trouve dans la caisse de Val-des-Bois et on le remplace par une plante (les gens de Val-des-Bois n’y verront que du feu). Puis on transporte ce guichet à Ripon où il sera enfin utilisé à bon escient.

Pas plus compliqué que ça et tout le monde sera content. Et après tout, la coopération n’est-elle pas au cœur du Mouvement Desjardins ?

Mais ceci étant dit, quelqu’un devra m’expliquer un jour pourquoi un village de 938 habitants (Val-des-Bois) a un comptoir bancaire ET un guichet automatique, alors qu’un village de 1 522 habitants (Ripon) n’a ni comptoir bancaire, ni guichet automatique...

Ça ne balance pas.

Denis Gratton

Le début d’une nouvelle vie pour Sabryna

CHRONIQUE / «Je suis contente d’être en vie, Maman.»

Sabryna Mongeon a prononcé ces paroles à sa mère, vendredi. Sa sœur, Samantha Mongeon, raconte ce moment touchant avec beaucoup de fierté dans la voix. Fière est-elle de sa sœur cadette qui a combattu pour sa vie et qui combat toujours. «Sabryna ne regrette aucunement son choix» de dire Samantha.

Ce choix, c’est celui de vivre plutôt qu’abdiquer. C’est le choix que les médecins du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) ont donné à Sabryna avant de lui amputer les deux jambes et les deux bras. Et la jeune fille de 18 ans leur a donné le feu vert. Elle n’avait pas courageusement combattu et survécu pendant quatre heures dans un froid extrême, souffrant de graves brûlures et d’engelures, pour se laisser mourir.

Et plus les jours avancent, plus Sabryna reprend vie.

«Sabryna s’est assise dans son lit, vendredi dernier, pour la première fois depuis son accident, de reprendre Samantha. Mais pas longtemps puisqu’elle a eu de fortes nausées. Mais les médecins disent que c’est normal »

«J’ai pu parler à Sabryna de la vague d’amour qui l’entoure et de la campagne de sociofinancement que j’ai créée. Elle trouve ça incroyable. Et elle remercie tous les gens qui ont donné et qui l’appuient. Elle n’en revient tout simplement pas. Et son moral est bon. Mais plus les jours avancent et plus les médecins diminuent la médication. Donc Sabryna commence peut-être à comprendre un peu plus l’ampleur de la situation. Mais elle a un bon moral. Elle fait même des petites blagues.»

Samantha se trouvait à sa résidence de Buckingham, il y a quelques jours, et elle et son fils de quatre mois, Lucas — le filleul de Sabryna —, parlaient avec cette dernière via FaceTime. 

«C’était vendredi dernier, de raconter Samantha. Sabryna était assise dans son lit d’hôpital et elle avait un petit tube dans le nez. À un moment donné, elle a dit à mon fils: “Regarde Lucas, j’ai une trompe d’éléphant.” Puis elle s’est mise à faire des bruits d’éléphant pour faire rire son filleul. C’était comique. Malgré tout.»

Denis Gratton

Unis pour Sabryna (partie 2)

CHRONIQUE / La triste histoire de Sabryna Mongeon l’a touché droit au cœur. Et comme j’écrivais dans ma chronique de lundi dernier (Unis pour Sabryna ), le directeur général d’Ottawa 2017, Guy Laflamme, veut aider la famille de cette jeune Gatinoise de 18 ans, tout en donnant au suivant.

M. Laflamme a d’abord offert un don de 10 000 $ aux proches de Sabryna. Mais sa générosité ne s’arrête pas là...

Reculons à juillet dernier. À un événement qui a marqué l’imaginaire des gens et qui s’est tenu dans le cadre des célébrations du 150e de la Confédération.

Je vous parle évidemment de La Machine. De ces deux mastodontes qui ont déambulé dans les rues du centre-ville d’Ottawa pendant trois jours et qui ont attiré dans leur sillage plus de 750 000 spectateurs. L’araignée Kumo et le dragon Longma ont été le hit de l’année dans la capitale nationale. Un théâtre urbain ambulant inoubliable.

Vous y étiez ? Vous avez aimé ? Eh bien voici votre chance de revoir ces Machines, mais dans leur pays « natal » cette fois-ci. À Nantes, en France.

En guise de remerciement pour votre appui aux célébrations d’Ottawa 2017, et pour venir en aide à Sabryna Mongeon, Guy Laflamme offre personnellement deux prix qui seront remis à la suite d’un tirage parmi les participants qui auront offert un don.

Pour chaque tranche de 25 $ en don, vous obtenez un droit de participation. Ou un nom dans le chapeau, comme on dit. Exemple : un don de 100 $ vous donne quatre chances de gagner l’un des deux prix.

Le premier prix : un voyage à Nantes, incluant l’avion et l’hébergement pour deux personnes.

En compagnie de Guy Laflamme, vous rencontrerez l’équipe de La Machine, en plus de faire une sortie à bord de l’une des Machines. Vous obtiendrez de plus deux billets pour assister aux activités des Folles journées de Nantes. Valeur approximative de ce prix : 5 000 $. 

Il y a cependant des conditions. Vous devez être âgé de 18 ans ou plus, avoir un passeport valide, et être disponible aux dates prévues pour ce voyage, soit du 30 janvier au 5 février 2018. (Dans un peu moins de trois semaines.)

À souligner que les frais de déplacement à Nantes et les repas ne sont pas inclus.

Le deuxième prix offert par Guy Laflamme : son manteau de marque Roots d’Ottawa 2017, édition limitée, d’une valeur de 650 $.

Toutes les sommes recueillies dans le cadre de ce concours seront remises à la famille de Sabryna Mongeon.

Pour participer, rendez-vous sur gofundme.com (mots-clés : Sabryna Mongeon). Attention, il y a plus d’une campagne sur ce site sous ces mots-clés. Assurez-vous de choisir celle de Guy Laflamme.

Le tirage se tiendra le vendredi 19 janvier à 16 h. Bonne chance et... merci.

Des nouvelles de Sabryna

La Gatinoise Sabryna Mongeon, faut-il le rappeler, est soignée à l’unité des grands brûlés du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) à la suite d’un grave accident survenu dans la nuit du 25 décembre. La jeune femme de 18 ans a été électrocutée, mais elle a miraculeusement survécu après voir passé 4 h seule dans le froid avant d’être secourue. Elle a été amputée de ses deux jambes et de ses deux bras.

« Sabryna est réveillée et consciente, a dit sa sœur, Samantha Mongeon, lorsque jointe à Montréal mardi. Sabryna est cependant «intubée» et ne peut pas nous parler. Mais elle communique avec nous par des hochements de tête et des clins d’œil. Les médecins craignaient que ses reins aient été affectés dans cet accident. Mais bonne nouvelle, ça regarde bien de ce côté. Les médecins se disent optimistes.

«Je n’ai pas encore parlé à Sabryna de la campagne de sociofinancement, de la générosité incroyable des gens et de l’attention médiatique qu’elle reçoit, ajoute Samantha. Il faut qu’elle se repose et je ne veux pas la bouleverser. Je vais peut-être essayer de lui en parler en fin de semaine. Mais si je sens qu’elle n’est pas prête, je vais attendre un peu.»

À midi mardi, la somme amassée dans le cadre de la campagne de sociofinancement de Samantha Mongeon s’élevait à plus de 134 000 $.

Denis Gratton

Briser l’isolement

Des rencontres de soutien pour les proches de personnes atteintes du syndrome Gilles de la Tourette débuteront demain, jeudi, à Gatineau.

« Enfin ! », diront les personnes concernées puisque le groupe de soutien le plus près de l’Outaouais se trouve à Ste-Thérèse-de-Blainville, à une trentaine de kilomètres au nord de Montréal. Mais deux bénévoles de la région, Marie-Josée Bernier et Daniel Gagnon, ont récemment accepté de prendre en main le tout premier groupe de soutien de Gatineau.

Mme Bernier et M. Gagnon s’y connaissent. Leur fils de 15 ans, Zacharie, est atteint du syndrome de la Tourette. Et ils savent comment une famille touchée peut être isolée et incomprise. « Juste de savoir qu’on n’est pas seuls à vivre pareilles angoisses est rassurant », de dire Mme Bernier.

Zacharie a été diagnostiqué à l’âge de 10 ans. Et selon sa mère, le jeune adolescent a pratiquement tous les symptômes associés à ce trouble neurologique qu’est le syndrome de la Tourette.

« Tous les gens qui ont la Tourette ont des tics, explique-t-elle. Des tics moteurs et des tics sonores. Et à ces tics se greffent des symptômes associés. Mon fils les a tous, sauf les problèmes d’apprentissage. On parle d’hyperactivité, d’impulsivité, de troubles d’adaptation sociale, de troubles d’organisation et de planification. Il a tout ça.

«Et c’est très difficile pour lui, de poursuivre sa mère. À l’école, Zacharie a des jeunes de son âgé avec lesquels il se tient. Mais si on parle d’amis qui vont se voir les fins de semaines ou qui vont aller jouer dehors et tout ça, c’est non. Zacharie n’en a pas. C’est donc difficile pour lui et difficile pour nous, ses parents. Quand ton enfant vit échec après échec, qu’il n’a pas d’amis et, qu’en plus, il souffre physiquement à cause des tics, ça devient décourageant.»

Le syndrome de Gilles de la Tourette est effectivement mal connu et souvent incompris au sein de la population. Comme il s’agit d’un trouble neurologique, les symptômes de la personne atteinte ne dépendent pas de sa volonté. On leur attribue souvent, à tort, de la mauvaise volonté ou un malin plaisir à provoquer ou déranger l’entourage. La personne vit alors de l’isolement et de l’incompréhension.

«C’est très difficile parce que ce n’est pas sexy, de laisser tomber Marie-Josée Bernier. La Tourette, c’est parfois dérangeant et malaisant. On ne veut pas regarder la personne atteinte parce qu’on ne veut pas la fixer. Mais en même temps, ça attire notre attention. Et si on tente de l’ignorer alors que c’est évident qu’on s’en rend compte, on est mal à l’aise. Et les gens atteints de la Tourette le savent. Donc eux aussi sont mal à l’aise. Ils savent qu’ils dérangent, et ça les dérange autant. Mais ils n’ont pas le contrôle. Donc ils s’isolent.»

Mme Bernier communiquait régulièrement avec L’Association québécoise du syndrome de la Tourette (AQST) pour obtenir des conseils. Et elle soulignait souvent le fait qu’il n’y avait pas de services à Gatineau pour les familles des personnes atteintes.

««Un jour, de dire Mme Bernier, une dame du conseil d’administration de l’AQST m’a demandé si je voulais devenir bénévole. Je me suis dit que ce serait peut-être le bon moment. Je suis en arrêt de travail de mon poste de fonctionnaire depuis un peu plus d’un an. Et je pense que je peux contribuer tout en allant chercher de l’appui et rencontrer d’autres familles de la région qui vivent les mêmes situations et les mêmes défis que nous. Et j’espère que les gens qui se sentent concernés se sentiront à l’aise de venir aux rencontres de soutien. On a toujours besoin d’échanger. On ne peut pas rester isolé.»

Les rencontres du groupe de soutien de l’AQST de Gatineau animées par Marie-Josée Bernier et Daniel Gagnon débutent le jeudi 11 janvier, de 19 h à 21 h, et auront lieu tous les deuxièmes jeudis du mois, de janvier à juin.

Elles se tiendront dans les locaux de CAP Santé Outaouais, au 92 boulevard Saint-Raymond, secteur Hull.

Pour de plus amples renseignements : 819-771-2277.

Denis Gratton

La bénévole globe-trotter

CHRONIQUE / La Gatinoise Martine Salomon sera des Jeux olympiques d’hiver à PyeongChang, en Corée du Sud, le mois prochain. Il s’agira de ses quatrièmes Jeux olympiques depuis ceux de Vancouver, en 2010, elle qui a aussi pris part aux jeux d’hiver de Sotchi, en 2014, et les jeux d’été à Rio, en 2016.

Dans quelles disciplines olympiques excelle-t-elle, demandez-vous ? Aucune. Parce que Martine Salomon n’est pas une athlète olympique, mais bien une bénévole. « Une bénévole globe-trotter s’autoproclame-t-elle. Et je fais le plus beau métier du monde », ajoute-t-elle dans un enthousiasme contagieux.

C’est aux Jeux d’hiver de Vancouver que Mme Salomon et son conjoint, Rock Émond, ont eu la piqûre du bénévolat. Et cette passion pour l’entraide et la solidarité ne les a jamais quittés.

Et depuis 2010, Mme Salomon a de plus participé à plus d’une dizaine d’événements sportifs internationaux un peu partout au Canada et en Europe.

« J’étais parfois bénévole, parfois salariée, dit-elle. Je travaille en organisation d’événements, en communication, en marketing et en tourisme, et j’ai parfois décroché des contrats pour certains événements. Mais que j’aie un contrat ou non, j’y suis à titre de bénévole et j’adore ça. »

Ne parlez pas à Martine Salomon de passer une semaine dans les Caraïbes à se prélasser sur une plage. « Je l’ai fait une fois et je voulais rentrer chez moi au bout de quatre jours », lance-t-elle en riant.

Pour elle, voyager veut dire aller à la rencontre des gens et s’immerger totalement dans la culture de la région et du pays qu’elle visite.

« Le bénévolat est une belle façon de voyager, de découvrir le monde, de tisser des liens d’amitié et d’affaires et d’être en contact direct avec la culture locale, dit-elle. C’est de rentrer en contact avec un inconnu par un ‘bonjour’  et un ‘d’où viens-tu ?’ C’est aussi de sortir de sa zone de confort pour avancer, pour apprendre et pour se réaliser. Et pour une bénévole, c’est aussi de ne pas se poser la question ‘comment vais-je m’habiller ce matin ?’ ni ‘qu’est-ce que je vais manger ?’ C’est plutôt de vivre pleinement et à fond, et d’avoir toute la place pour vivre le quotidien à 100 milles à l’heure. »

Tout ça semble bien amusant et fort intéressant. Aider tout en s’amusant, que demander de mieux ? Mais de voyager un peu partout sur cette boule coûte des sous. Parfois beaucoup de sous. Disons que ce n’est pas donné à tout le monde.

« C’est une question de priorités, de répliquer Mme Salomon. Moi, toutes mes vacances annuelles et tout mon argent de poche sont dédiés à ces voyages de bénévolat. Et c’est la même chose pour mon conjoint. C’est une question de choix.

«Et tant et aussi longtemps que je pourrai contribuer, que je pourrai voyager, rencontrer des gens de partout dans le monde et, surtout, de faire une différence dans le rêve d’un athlète, je serai présente aux quatre coins du monde, prête à aider, à partager et à découvrir pour mieux grandir. Le bénévolat, pour moi, est une passion. Une véritable passion», de conclure Martine Salomon.  

Denis Gratton

Unis pour Sabryna

CHRONIQUE / C’est aujourd’hui que Sabryna Mongeon devrait se réveiller d’un coma artificiel dans lequel elle est plongée depuis une dizaine de jours.

«Les médecins [du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM)] ont commencé à réveiller Sabryna tranquillement, de dire sa sœur, Samantha Mongeon, lorsque jointe à Montréal, samedi. Ils baissent la médication pour qu’elle se réveille graduellement. Et ils disent qu’elle devrait se réveiller lundi [aujourd’hui]. Je serai auprès d’elle pour son réveil. On a vu ses plaies hier. L’équipe médicale a fait un bon travail.»

La Gatinoise Sabryna Mongeon, 18 ans, a été amputée des deux bras et des deux jambes, la semaine dernière, après un grave accident survenu dans la nuit de Noël.

Sabryna conduisait sa voiture vers 2h le matin du 25 décembre lorsqu’elle a perdu le contrôle et a percuté un poteau d’électricité sur une route secondaire, tout près de Gatineau. Craignant que sa voiture ne prenne en feu, elle est descendue du véhicule et a reçu une violente décharge électrique qui a parcouru son corps, brûlé ses mains et fait éclater son pied gauche. Elle est restée semi-consciente dans le froid pendant plus de quatre heures, souffrant à la fois de brûlures et d’engelures, avant qu’un passant l’aperçoive et lui porte secours. Elle repose depuis à l’unité des grands brûlés du CHUM. 

Sabryna était consciente à son arrivée au CHUM. Et c’est elle qui a donné le feu vert aux médecins pour qu’ils aillent de l’avant avec les amputations. C’était une question de vie ou de mort. Et Sabryna a choisi de vivre. Coûte que coûte.

Cette triste histoire a touché les gens droit au cœur. Et nombreux sont ceux qui ont contribué à une campagne de sociofinancement mise en ligne la semaine dernière par Samantha Mongeon. À midi dimanche, plus de 2550 personnes avaient donné et la somme amassée s’élevait à plus de 110 000 $.

Samantha a depuis élevé l’objectif de cette campagne à 200 000 $. « J’espère que les gens ne croiront pas que j’ai élevé l’objectif pour être égoïste, a-t-elle dit. Cette somme permettra à ma mère de rester au chevet de Sabryna, mais aussi à pouvoir éventuellement offrir à Sabryna un véhicule adapté pour les suivis médicaux, un logement adapté, des prothèses et le reste. Les coûts seront énormes. Et si ma sœur peut retrouver un jour son autonomie, ce serait merveilleux.

«L’objectif de cette campagne était petit au début (10 000 $) parce que je ne pensais pas que ça allait fonctionner, ajoute-t-elle. Mais les gens ont été si généreux. Et je n’ai pas de mots assez grands et assez forts pour dire aux gens qui ont donné ce que je ressens. C’est tout simplement incroyable!»

Le don de Guy Laflamme

Le producteur et directeur général d’Ottawa 2017, Guy Laflamme, s’est dit bouleversé par la triste histoire de Sabryna Mongeon. Voici ce qu’il m’a écrit vendredi :

«J’ai été très touché et je reste obsédé par cette terrible histoire de Sabryna. [...] Cette pauvre jeune fille a vécu l’horreur, mais elle reste malgré tout d’un courage incroyable. J’aimerais donc redonner à l’univers pour la chance inouïe que j’ai eue durant la dernière année.

«J’aimerais remettre mon boni [10 000 $] de 2017 à la famille de Sabryna. J’aimerais de plus offrir mon manteau Roots que je portais toujours en entrevue [une fois nettoyé] pour une collecte de fonds. Et, toujours dans le cadre d’une collecte de fonds ou d’un encan, je paierais un voyage pour deux personnes qui viendraient avec moi à Nantes, en France, du 31 janvier au 3 février, pour voir Long Ma [le dragon de La Machine], faire un tour sur le dos de l’une des Machines et rencontrer l’équipe et le directeur de La Machine, François Delarozière », a écrit M. Laflamme.

Les détails de ces deux encans (manteau Roots d’une valeur approximative de 600 $ et le voyage en France) restent à venir. Je vous donne tous les détails dans une prochaine chronique. Et il va sans dire que les sommes amassées dans le cadre de ces deux encans seront remises à Sabryna Mongeon.

Pour faire un don: onedollargift.com (mots-clés: grave accident de la route).

Les grandes entrevues

Le nouveau visage du Plateau

CHRONIQUE / Les élections municipales à Gatineau se sont tenues le 5 novembre dernier, mais Maude Marquis-Bissonnette a été élue dans le district du Plateau à la fin octobre. Engagée dans une course à deux contre le candidat Patrick Doyon, Mme Marquis-Bissonnette a été élue par proclamation lorsque son adversaire, qui était la cible d’allégations de comportements inappropriés envers plusieurs femmes, s’est retiré de la course.

« Je trouve malheureux que cela se fasse dans de telles circonstances », avait alors déclaré la nouvelle conseillère du Plateau. Mais ce que Maude Marquis-Bissonnette n’a pas dit en octobre dernier, c’est qu’elle était carrément déçue de ne pas pouvoir mener cette campagne à terme.

« C’était une déception, affirme-t-elle. J’avais l’impression que je pouvais la gagner cette campagne. Et j’aurais aimé gagner le 5 novembre. J’aurais aimé gagner en même temps que mes collèges d’Action Gatineau dans d’autres districts.  

«Ma campagne se déroulait très bien, poursuit-elle. J’avais deux directeurs de campagne à temps plein, dont mon père, de Québec, qui est venu rester chez moi pendant quatre mois. Il est un enseignant de carrière qui avait comme premier projet de retraite d’aider sa fille à gagner ses élections (rires). Mon équipe et moi avons cogné à des milliers de portes, j’ai fait le tour du quartier une fois et demi, et le Plateau est le plus gros district avec ses quelque 13 000 électeurs. Et la réception des gens était très bonne. Je pense que les gens du Plateau étaient contents de voir que c’était une jeune femme qui se présentait. L’âge moyen dans le Plateau est assez bas. La personne typique du Plateau, c’est sa première maison, avec un ou deux enfants, début trentaine, instruite. C’est ce que j’incarne. Et j’étais très confiante, même si (l’animateur radio) Roch Cholette pensait que je n’aurais pas dû gagner et qu’on n’entendrait plus mon nom après le 5 novembre» laisse-t-elle tomber, sourire en coin.

— Allez-vous lui rappeler ses paroles ?, que je lui demande.

— Je ne pense pas qu’il faut accorder trop d’attention à ces gens-là.  

—Mais ça blesse quand même d’entendre de tels commentaires, non ?

— Disons que je l’ai pris comme un défi. »

Qu’elle ait été élue de façon traditionnelle ou non, les gens du Plateau seront dignement représentés à la table du conseil municipal de Gatineau au cours des quatre prochaines années.

Originaire de Québec, Maude Marquis-Bissonnette, 29 ans, s’est établie à Gatineau il y a cinq ans. Entrepreneure, consultante et enseignante en politiques publiques à l’Université Carleton, à Ottawa, elle est titulaire d’un baccalauréat en sciences politiques de l’Université de Montréal, ainsi que d’une maîtrise en administration publique en gestion urbaine de l’École nationale d’administration publique (ÉNAP) de Montréal. Mère monoparentale d’un garçon de quatre ans, Maude Marquis-Bissonnette poursuit de plus un doctorat en politiques publiques à l’Université Carleton.

« Et je compte terminer mon doctorat durant le présent mandat, affirme-t-elle. Je suis habituée de faire plusieurs choses en même temps. Je n’ai pas vraiment de vie sociale (rires). Je travaille énormément et je me plais là-dedans. En plus de compléter mon doctorat, je termine présentement des mandats de consultation, mais je n’enseigne plus à l’Université Carleton.

«Mais mon enfant sera toujours ma priorité, dit-elle. Et je pense qu’il faut changer la vision qu’on a envers les élus. Moi, je ne serai pas à tous les soupers de bines. Mais lorsque les gens vont m’appeler parce qu’ils ont besoin de moi, je serai là. Mais je ne pense pas que je vais me démarquer en ma qualité d’élue parce que je suis à tous les soupers de bines, mais plutôt parce que je vais être là (à la table du conseil) pour offrir des solutions, parce que j’ai une vision et parce que je vais travailler fort. Mais d’être à tous les événements communautaires, c’est impossible. Et si on veut de la diversité parmi les élus, il faut qu’on accepte ça.»

Ancienne championne plongeuse («j’étais parmi le top 10 au Canada quand j’avais 17 ans», dit-elle), Maude Marquis-Bissonnette est vouée à une brillante carrière. Mais pourquoi a-t-elle — et vous m’excuserez le jeu de mots — plongé en politique municipale ?

«C’est ce qui anime ma recherche depuis plusieurs années, répond-elle. J’avais déjà un intérêt très marqué pour la politique municipale. Parce que selon moi, c’est au niveau local qu’on peut régler des enjeux qui ont une grande portée. Comme, par exemple, les changements climatiques. Les solutions les plus pratiques se trouvent au niveau local. C’est la même chose pour l’immigration. On sait qu’il y a des réfugiés, des mouvements de masse et de plus en plus de réfugiés climatiques. C’est au niveau local qu’on fera en sorte que ces gens-là vont s’intégrer et diversifier la société.

«Et là, je trouve que j’ai le meilleur job au monde. Et je vais me représenter dans quatre ans», de conclure la nouvelle conseillère du district Le Plateau.

Denis Gratton

De l’amour venu de loin

CHRONIQUE / Les cartes de Noël. En voilà une espèce en voie d’extinction.

Il y a une vingtaine d’années, je recevais à mon bureau au Droit une centaine de cartes de Noël, décembre venu. Cette année, je n’en ai reçu que quatre. J’en profite d’ailleurs pour remercier le maire d’Ottawa, Jim Watson, Me Ronald Caza, la députée de Hull, Maryse Gaudreault, et l’équipe des communications de l’Hôpital Montfort pour leurs cartes des Fêtes. Merci d’avoir pensé à moi.

Parce que c’est un peu ça une carte de Noël. C’est une pensée pour quelqu’un. Un sourire envoyé par la poste. Un clin d’œil d’amitié qui réchauffe le cœur. Et c’est 100 fois plus chaleureux qu’une carte virtuelle.

Une centaine de jeunes Australiens ont compris ça.

Je viens de vous perdre, n’est-ce pas chers lecteurs ? Que viennent faire des jeunes du land down under dans cette histoire ? Je vous explique.

Erin Ritchie est Canadienne. Et depuis quelques années, cette dame enseigne le français au Brookside College, à Caroline Springs, à une vingtaine de kilomètres de Melbourne, en Australie. Cette école au pays des kangourous accueille des élèves de la maternelle à la neuvième année.

Or, cette année, Mme Ritchie a invité ses élèves de 5e et de 6e années à fabriquer et rédiger une carte des Fêtes en français à offrir à des personnes qui ne peuvent être avec leurs proches durant les Fêtes.

Mais à qui faire parvenir ces souhaits de Noël ? Parce qu’on ne compte pas des milliers de francophones en Australie, à ce que je sache.

Mais l’enseignante Ritchie est Canadienne, je me répète. Et je présume qu’elle était ici, en Ontario, il y a une vingtaine d’années lorsque l’Hôpital Montfort défrayait presque quotidiennement les manchettes tant régionales que nationales. Montfort luttait pour sa survie et toute personne qui suivait moindrement l’actualité savait qu’un hôpital de langue française tenait tête au gouvernement de l’Ontario.

Mme Ritchie se serait donc souvenue de cette lutte historique des Franco-Ontariens en choisissant l’Hôpital Montfort pour faire parvenir les cartes de Noël de ses élèves.

(Je présume tout ça, notez bien, parce qu’il a été impossible de communiquer avec Mme Ritchie cette semaine. Les Australiens commencent leurs vacances d’été en ce début janvier – les chanceux –  et l’école en question est fermée jusqu’en mars.)

L’enseignante Ritchie a donc communiqué avec la direction de l’Hôpital Montfort il y a quelques semaines. Et mercredi dernier, ce sont 115 cartes de Noël, aussi originales les unes que les autres, qui ont été distribuées aux patients de l’hôpital du chemin de Montréal.

Lise Savoie est hospitalisée à Montfort. Enseignante à la retraite, elle a été enchantée de recevoir une carte d’une élève prénommée Jennifer. Voici ce que cette dernière lui a écrit :

« Joyeuses Fêtes !

Je vous souhaite beaucoup de petits bonheurs. J’espère que vous vous sentirez mieux bientôt. Qu’est-ce qui tombe du Pôle Nord et ne se fait jamais mal ? La neige. Au revoir !

De Jennifer, je viens de Melbourne en Australie».

Tout un sens de l’humour, cette Jennifer. Et Mme Savoie l’a bien ri. «Ça me fait tellement plaisir de recevoir cette carte, a-t-elle dit. Ça fait ma journée», a-t-elle ajouté d’un large sourire. Et Mme Savoie a demandé à ce qu’on lui remette les coordonnées de l’enseignante en question afin qu’elle puisse remercier personnellement cette jeune Jennifer qui lui a réchauffé le cœur de son banc d’école à l’autre bout du monde.

«Plusieurs patients qui ont reçu une carte veulent répondre à ces élèves, de dire Jacinthe McPartland, conseillère de services spirituels à l’Hôpital Montfort. Ils ont été très touchés par ce geste posé par les élèves de l’Australie. Certains ont souri en recevant leur carte, certains ont versé une larme. Comme cette dame qui visitait son mari qui est très malade. Elle a pleuré en pensant que ces enfants ne lui veulent que du bien. C’est un beau geste que ces élèves de là-bas ont posé. Ils ont remonté le moral de beaucoup de gens.»

Reste à voir si cet échange entre cette école de l’Australie et l’Hôpital Montfort deviendra une tradition des Fêtes. Ce serait beau.

Ça fait tellement de bien, une simple carte, un simple sourire, un simple «je pense à toi».

Denis Gratton

Le «miracle de Noël»

CHRONIQUE / Veille de Noël. Sabryna Mongeon, 18 ans, a souhaité un joyeux Noël à sa mère et aux siens, puis elle a quitté Luskville, dans le Pontiac, pour rentrer chez elle à Gatineau et réveillonner avec des amis. Mais Sabryna ne s’est jamais rendue à destination...

Elle qui est légèrement craintive au volant a décidé d’emprunter des routes secondaires puisqu’il neigeait abondamment en ce 24 décembre 2017. Elle n’avait pas consommé d’alcool ni pris de drogue. Elle voulait simplement arriver à bon port saine et sauve. Mais à quelques kilomètres de Gatineau, seule à bord de sa voiture, elle a perdu le contrôle de son véhicule et a percuté un poteau d’Hydro-Québec.

« Sabryna n’a pas été blessée sur le coup, de raconter sa sœur, Samantha Mongeon. Mais elle a craint que sa voiture prenne feu. Alors elle est sortie de son véhicule. »

Mais avec la noirceur de la nuit et la neige qui l’aveuglait un peu, Sabryna n’a pas vu les fils électriques tombés sur sa voiture. Et ce qui devait tragiquement arriver arriva...

« Sabryna a été électrocutée sur le coup, de reprendre sa sœur Samantha. La décharge électrique est passée par ses mains et est ressortie par son pied gauche qui a littéralement explosé. Sabryna a passé de longues heures dans le froid, semi-consciente. Ce n’est qu’à 6 h du matin qu’un bon samaritain l’a aperçue et s’est arrêté pour la réchauffer et lui porter secours. Sabryna a été transportée d’urgence à l’Hôpital de Hull souffrant de brûlures et d’engelures. Puis elle a été transférée à l’unité des grands brûlés du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM). Je ne peux m’imaginer un pire cauchemar. »

Les médecins du CHUM n’ont eu autre choix que d’amputer les deux jambes et les deux bras de la jeune femme. « Les amputations ont commencé avant-hier (dimanche) de dire Samantha. Sabryna est tenue dans un coma artificiel. Imaginez la douleur qu’elle ressentirait si elle était consciente.

«Mais les médecins sont optimistes, ajoute-t-elle. Au CHUM, les infirmières et les médecins surnomment ma sœur «le miracle de Noël». C’est toutefois au niveau mental que le processus de guérison sera long. Sabryna était une fille autonome. Elle travaillait comme serveuse au restaurant Déli Chenoy’s à Gatineau, elle avait son appartement et elle était fière d’être indépendante et de gagner sa vie. Donc ce sera un très dur coup pour elle lorsqu’elle réalisera qu’elle ne pourra plus être aussi autonome qu’elle l’était. Mais on sera tous là pour elle.

« Et Sabryna est forte, de poursuivre sa grande sœur. Elle est la marraine de mon fils de quatre mois. Et j’ai hâte qu’il vieillisse pour que je puisse lui raconter à quel point sa marraine est forte et courageuse. »

POUR AIDER

Il va sans dire que Sabryna Mongeon sera soignée au CHUM pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Sa mère, qui est de l’Outaouais, est à son chevet. Mais la Fondation des grands brûlés n’assume les frais que pour cinq nuits d’hébergement pour les familles des patients.

« Ma mère est travailleuse autonome et elle ne peut se permettre les coûts d’une chambre d’hôtel pour la durée de l’hospitalisation de Sabryna, explique Samantha. Mais elle tient à rester auprès d’elle. Ma mère a le cœur en 1000 morceaux. Alors j’ai ouvert un compte sur un site de sociofinancement afin d’amasser des fonds qui lui permettront de rester à Montréal jusqu’à ce que ma sœur puisse rentrer à la maison. »

Si vous pouvez aider : www.onedollargift.com (mots clés : grave accident de la route).  

Denis Gratton

Unis dans la tempête

CHRONIQUE / Début janvier 1998. Les gens s’entassaient dans les salles de cinéma pour voir le film Titanic. Les séries éliminatoires dans le football américain s’étaient mises en branle et allaient se conclure avec une victoire des Broncos de Denver du quart-arrière John Elway sur les Packers de Green Bay. Les « tounes » des Backstreet Boys et des Spice Girls tournaient en boucle à la radio. L’affaire Monika Lewinsky embarrassait la Maison-Blanche et le président des États-Unis, Bill Clinton.

Mais tout ça allait vite devenir secondaire pour des centaines de milliers de gens. Car c’est la météo - dame Nature elle-même - qui allait défrayer les manchettes pendant des jours à venir et semer la consternation en Outaouais et dans l’Est ontarien, ainsi que de Toronto à Sudbury, en Ontario, et du Témiscamingue jusqu’en Montérégie, au Québec.

La « crise du verglas », allait-on l’appeler. Ce que Astérix et Obélix les Gaulois craignaient le plus au monde allait se concrétiser : le ciel allait nous tomber sur la tête.

Dans son édition du 7 janvier 1998, Le Droit titre sa manchette : « Un enfer de glace ». La veille, 35 millimètres de pluie (un record) qui s’était rapidement transformée en verglas était tombée sur la région. 

« La région se relève péniblement de la tempête de verglas qui a aussi touché plusieurs régions du Québec, hier, privant l’électricité plus de 750 000 abonnés, pouvait-on lire. Quelque 67 000 foyers de l’Outaouais et 50 000 dans l’est de l’Ontario ont également été laissés sans électricité ». Et un peu plus loin dans ce texte du Droit, un porte-parole d’Environnement Canada jetait du « verglas » sur le feu en déclarant : « Le scénario pourrait se répéter aujourd’hui ».

Le météorologue avait raison. Le même scénario s’est en effet répété le 7 janvier. Puis le 8. Puis le 9. Et encore le même calvaire le 10. Cinq jours de glace. Cinq jours d’enfer.

Les écoles fermées. Des milliers d’accrochages sur les routes. Des dizaines de commerces sans électricité qui ferment leurs portes. La perte de 60 000 arbres sur le territoire de la Ville d’Ottawa. Soixante-dix pylônes tordus et brisés entre Cornwall et l’Outaouais. Quarante-deux municipalités de l’Est ontarien en état d’urgence. Les salles d’urgence des hôpitaux bondées. L’armée canadienne à la rescousse. Et à son paroxysme, la « crise du verglas » privait 1 020 000 foyers d’électricité.

Le temps s’était arrêté, figé dans la glace. Et à l’instar du Titanic sur les grands écrans, l’Est ontarien et l’Outaouais sombraient.

Comment survivre à une tempête de glace qui prive des milliers de foyers d’électricité pendant près d’un mois ? En janvier ? En plein coeur de l’hiver ?

Par la solidarité. Et les gens de l’Est ontarien, tout comme ceux de la rive québécoise, ont fait preuve d’une solidarité incroyable durant cette crise sans précédent.

Des refuges ont spontanément été érigés dans les écoles et les centres communautaires. Des restaurateurs et des propriétaires de divers commerces ont généreusement donné. Des élagueurs et des bénévoles venus des États-Unis sont arrivés en renfort. Les agriculteurs de l’Est ontarien ont parcouru des centaines de kilomètres à la ronde pour trouver des génératrices et ainsi sauver leurs terres et leurs fermes et celles de leurs voisins et amis. Tout le monde, bref, a mis la main à la pâte pour aider son prochain.

Et je n’oublierai jamais le S.O.S. lancé par le député fédéral de Glengarry-Prescott-Russell, Don Boudria, alors Leader du gouvernement à la Chambre des communes, qui avait expressément demandé au Droit de publier son numéro de téléphone personnel à la maison afin que lui et sa conjointe, Mary Ann, puissent coordonner les efforts sur le terrain pour venir en aide à leurs concitoyens. M. Boudria était lui-même sinistré dans sa résidence de Sarsfield. La politique n’importait plus durant cette crise. Les sports, les arts et le reste non plus. En fait, un seul mot existait durant cette semaine infernale : entraide.

Une entraide comme nous n’en avions jamais vu. Une entraide qui a vaincu la tempête. Une entraide qui a sans contredit sauvé des centaines, voire des milliers de vies.

On se souviendra toujours de la crise du verglas de janvier 1998. Elle nous a profondément marqués. Non pas pour les dégâts et les tragédies qu’elle a causés.

Mais bien pour la merveilleuse et indestructible solidarité qu’elle a créée.