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Denis Gratton

Permettre à son fils de rêver

CHRONIQUE / «Si tout va bien, les opérations auront lieu d’ici la fin de l’année », pouvait-on lire dans notre édition du lundi 14 mai 2018.

Nicolas Blais était confiant. Ce résident du secteur Aylmer allait sauver la vie de son fils de 12 ans, Louis-Frédéric, en lui donnant un rein. « Ma décision était prise avant même que je sache que j’étais compatible », dit-il.

Denis Gratton

À vous la parole

CHRONIQUE / J’ai reçu plusieurs courriels et commentaires sur les réseaux sociaux à la suite de la publication de ma chronique de jeudi intitulée «L’art de tuer un quartier». Merci pour vos mots, chers lecteurs, chères lectrices.

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Je partage trois commentaires ce matin. D’abord, Sylvie G. a écrit ce qui suit pour réagir à un passage de ma chronique dans lequel j’ai dit que la Ville d’Ottawa a repoussé les prostituées du marché By vers le secteur Vanier :

« (Vous parlez) de repousser la prostitution à Vanier. Mais ce n’est pas nouveau, Vanier a toujours été reconnu pour son fort taux de prostitution ».

Faux, ma chère Sylvie. Le Vanier de ma jeunesse n’attirait pas les travailleuses du sexe.

Vrai, il y a le bar de danseuses nues The Playmate qui a ouvert ses portes sur le chemin de Montréal dans les années 1960 et qui s’y trouve toujours. Mais ça s’arrêtait là. Les prostituées étaient ni vues ni connues à l’époque dans la Ville de Vanier.

C’est au début des années 1990 qu’elles sont apparues dans ce secteur lorsque l’ancien conseiller municipal d’Ottawa, Richard Cannings, a décidé de « faire le ménage » dans le marché By, lieu de prédilection des travailleuses du sexe et de leurs clients à l’époque.

Une fois ce « ménage complété », les élus de Vanier ont remarqué l’arrivée des prostituées du marché By et ils se sont plaints de cette situation auprès de la Ville d’Ottawa et du conseiller Cannings. Mais ce dernier leur a répliqué d’aller se faire cuire un œuf et que c’était à leur tour de régler ce problème. Mais, on n’enraye pas le plus vieux métier du monde d’un coup de baguette magique… et les prostituées y sont toujours.

Alors oui, Sylvie, Vanier est aujourd’hui « reconnu pour son fort taux de prostitution », comme vous le dites, et c’est fort malheureux. Mais ce ne fut pas toujours le cas. 

***

Autre courriel, de Christine P. qui n’a pas apprécié que j’utilise les mots « filles de joie » dans la chronique en question :

« L’appellation «travailleuses du sexe» a remplacé l’infâme «filles de joie». C’était la joie de qui, en fait ? Pas celle des pauvres femmes (ou femmes pauvres) qui exerçaient et exercent toujours — par nécessité pour la plupart — ce métier millénaire ».

Vous avez tout à fait raison, Christine. Vous remarquerez d’ailleurs que je n’ai pas utilisé l’appellation « filles de joie » dans les paragraphes précédents. Ce terme est effectivement dépassé et sexiste. Leçon retenue. Merci.

***

Un dernier courriel, celui de Carole F. qui porte sur le marché By et ses environs :

« … La très grande majorité des crimes commis au marché By surviennent surtout en dehors des heures d’opération du marché By et il conviendrait d’en faire la distinction à l’avenir. Quand un crime a lieu sur la rue King Edward, par exemple, bien que cette section fasse partie du marché By sur le plan politique et administratif, elle ne se situe pas au centre fréquenté par les touristes, surtout dans la journée. Ce genre de nouvelles à sensation ne sert qu’à éloigner les touristes potentiels, au grand détriment du marché By ».

Je vous comprends très bien, Carole. Exemple : lorsque je lis dans les journaux ou que j’entends à la radio ou à la télévision qu’un crime a été commis sur la rue Donald, dans le secteur Vanier, ça m’irrite. La rue Donald se trouve dans le secteur Overbrook, voisin de Vanier. Les médias font souvent la même erreur avec d’autres rues situées à proximité de Vanier, et c’est frustrant pour les Vaniérois. Déjà que leur quartier ne jouit pas de la meilleure réputation qui soit…

Par contre, si un crime est commis dans le secteur Vanier, les médias doivent le dire. Ils doivent situer leurs lecteurs et auditeurs et ceux-ci veulent savoir si le crime s’est déroulé dans leur quartier ou non. C’est la même chose pour le marché By. Le fait qu’il soit l’attrait touristique numéro un d’Ottawa ne change rien, si un meurtre survient sur son territoire, il faut le souligner. C’est notre devoir.

Vrai, Francine, la rue King Edward n’est pas très fréquentée par les touristes. Et je crois que les médias pourraient parler de la Basse-Ville dans le cas de cette artère et certaines autres qui se trouvent près du marché By. 

Mais jamais nous ne donnerons de fausses informations en toute connaissance de cause afin de ne pas nuire à la réputation d’un quartier ou d’un autre.

Les faits sont les faits. 

Denis Gratton

L’art de tuer un quartier

CHRONIQUE / La Ville d’Ottawa devrait offrir un cours sur l’art de détruire un quartier comme elle l’a fait avec l’ancienne Ville de Vanier. Ce cours pourrait se donner en huit courtes leçons. Allons-y.

LEÇON 1

Approuvez toute demande de modifications à un bâtiment sans trop poser de questions. Exemple : si un promoteur veut convertir une maison unifamiliale de ce quartier en un bâtiment à deux, quatre ou six logis, donnez-lui le feu vert. Résultat : les maisons unifamiliales qui abritaient à l’époque de grosses familles canadiennes-françaises deviendront des édifices à logements à prix modiques et subventionnés pour gens seuls, moins bien nantis ou en transit, tuant ainsi l’esprit de quartier, l’âme francophone et le sentiment d’appartenance qui régnaient dans ce secteur.

Denis Gratton

L’alerte « tout va bien »

CHRONIQUE / Dimanche matin, 7 h 23. L’alarme de mon téléphone intelligent retentit. Une alarme au son distinct d’une alerte Amber.

Se faire réveiller par une telle alerte à 7 h 23 le dimanche est un peu agaçant, disons-le. Mais si un enfant est sauvé grâce à cette intervention, tant mieux. Émettez des alertes à toute heure de la nuit s’il le faut et si la vie ou la sécurité d’un enfant en dépend.

Denis Gratton

Le Gîte Ami «d’adréna... Lise»

CHRONIQUE / Depuis le 31 décembre dernier, son conjoint la surnomme « adrénaLise ». Un peu parce qu’elle a carburé à l’adrénaline pendant 48 heures sans une seule seconde de sommeil. Surtout parce qu’elle a réussi en très peu de temps et en pleine nuit du Jour de l’An à reloger les 55 usagers du Gîte Ami jetés à la rue par un incendie qui s’est déclaré à ce refuge pour sans-abri il y a 11 jours.

Le Bye Bye 2019 venait à peine de débuter lorsque le téléphone a sonné au chalet familial de Lise Paradis, à Maniwaki. La directrice générale du Gîte Ami savait bien qu’on ne l’appelait pas pour lui souhaiter une bonne année en cette dernière heure de la décennie. Quelque chose n’allait pas au Gîte et elle craignait le pire. Ses craintes se sont vite concrétisées.

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Denis Gratton

Le cercle vicieux de la rue

CHRONIQUE / Dean Lamoureux a été chassé de son « chez-soi » dans la nuit du 31 décembre. Lorsqu’un incendie s’est déclaré au Gîte Ami, là où il trouve régulièrement refuge depuis cinq ans, cet « homme de la rue » s’est retrouvé à la rue. Comme les 50 autres bénéficiaires qui se trouvaient au Gîte Ami cette nuit-là.

« On a couché à la Soupe (populaire de Hull) ce soir-là, dit-il. Des autobus de la STO nous ont immédiatement emmenés là, c’était bien organisé. »

Denis Gratton

L’aiguille dans la botte de foin

CHRONIQUE / « Les médecins m’ont dit l’automne dernier qu’il me restait de trois à cinq ans à vivre si un donneur n’est pas trouvé. C’était une méchante claque d’entendre ça. »

Linda Veilleux est infirmière depuis 40 ans. Mère de trois garçons, cette dame âgée de 59 ans originaire de Valleyfield a d’abord travaillé à l’Hôpital de Hull pendant huit ans, avant de se joindre à l’équipe médicale de l’Hôpital Montfort, à Ottawa, où elle compte 32 années de services.

Elle est cependant en arrêt de travail depuis janvier 2019. Soit depuis qu’on lui a diagnostiqué la myélofibrose, une grave maladie du sang. Une maladie qui lui coûtera la vie si un donneur de moelle osseuse n’est pas bientôt trouvé.

« Trouver un donneur compatible est comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Et la botte est très grosse », lance-t-elle.

Tous les membres de sa famille ont été testés, mais, malheureusement, aucun des proches de Mme Veilleux n’est compatible. 

Même résultat dans la banque internationale de la Croix-Rouge et à la Société canadienne du sang. On a beau lui chercher un donneur, « l’aiguille » reste introuvable.

« On me dit qu’un donneur compatible serait plus facile à trouver chez les hommes âgés de 17 à 35 ans, affirme-t-elle. Mais ce n’est pas facile convaincre les gens dans ce groupe d’âge de faire un don de moelle osseuse, même si faire un tel don est facile, sans douleur, sans prise de sang et ne nécessite qu’une minute ou deux. Ces gens-là travaillent ou ils sont aux études, ils n’ont pas toujours le temps de se déplacer. »

Linda Veilleux ne baisse pas les bras et elle garde espoir. Elle compte communiquer avec la direction de l’Université d’Ottawa, de l’Université du Québec en Outaouais et du collège La Cité afin d’étudier la possibilité de tenir des collectes de moelle osseuse sur ces campus, et ainsi cibler les hommes âgés dans la vingtaine et la jeune trentaine.

« Et j’ai entendu dire que la Croix-Rouge a tenu une collecte en septembre dernier au Comiccon d’Ottawa et que cette collecte a connu un fort succès, dit-elle. Alors je vais communiquer avec les organisateurs de cet événement et voir si l’expérience pourrait être répétée en septembre prochain parce que la clientèle du Comiccon est principalement composée de jeunes hommes. » 

Collecte à Montfort

Non, Linda Veilleux ne baisse pas les bras. Ses amis et collègues à l’Hôpital Montfort non plus.

Demain, le jeudi 9 janvier, l’Hôpital Montfort, en collaboration avec la Société canadienne du sang, tiendra une collecte à l’Auditorium de l’hôpital (salle 1D211), de 10 h à 14 h. 

Il va sans dire que l’événement est ouvert à tous.

« Nous avons décidé d’organiser cette collecte afin d’augmenter les chances de trouver un donneur compatible pour Linda, a dit Julie Marinier-Desjardins, conseillère en communications à l’Hôpital Montfort. Si un donneur n’est malheureusement pas trouvé, cette collecte permettra tout de même d’augmenter le nombre de donneurs potentiels dans la banque », a-t-elle ajouté.

Linda Veilleux est touchée par cette initiative de ses collègues. Et elle compte bien y être jeudi  pour les revoir et les remercier.

« Et je suis positive, dit-elle. Je me dis qu’un donneur sera trouvé et que tout ira bien. Je n’y crois pas à cette maladie-là. Je ne veux pas y croire. »

L’Hôpital Montfort est situé au 713 du chemin de Montréal, à d’Ottawa. 

Denis Gratton

Il faut parler de Nathalie

CHRONIQUE / On la surnommait la dauphine de Denis Tassé dans le quartier Touraine à Gatineau. Celle qui allait suivre les pas de l’ancien conseiller municipal qui a représenté ce quartier pendant 12 ans avant de tenter sa chance à la mairie.

Mais Nathalie Lemieux n’aimait pas ce qualificatif. Pas du tout. Et quelques semaines après son élection comme conseillère municipale de Touraine, en novembre 2017, elle a tenu à le préciser. D’abord en demandant aux journalistes de ne plus l’appeler « la dauphine de Denis Tassé ». Puis elle ajoutait ce qui suit dans une entrevue qu’elle m’avait accordée à la fin janvier 2018 :

Denis Gratton

Le plan de match de la rue

CHRONIQUE / Lorsque le téléphone de Michel Kasongo, le directeur général de la Soupe populaire de Hull, a sonné vers minuit, le 31 décembre, il savait qu’on ne l’appelait pas pour lui souhaiter une bonne année 2020 ou pour obtenir ses commentaires sur le Bye Bye 2019 qui venait de prendre fin.

C’était Lise Paradis au bout du fil, la directrice générale du Gîte Ami. Un incendie venait de jeter à la rue les 55 bénéficiaires de ce refuge pour sans-abri. « Heureusement, la STO (Société de transport de l’Outaouais) a vite dépêché un autobus pour que nos clients puissent rester au chaud, a dit Mme Paradis. Mais il fallait maintenant leur trouver un endroit où passer la nuit. »

Michel Kasongo a répondu « présent ». En cette nuit du Nouvel An, il a ouvert les portes de la Soupe aux bénéficiaires du Gîte Ami et la cafétéria de l’endroit s’est vite transformée en dortoir. Pas idéal comme lit. Rien de confortable non plus. Mais c’était ça ou la rue pour 55 sans-abri du Vieux-Hull.

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Et pour ces 55 personnes — des hommes et des femmes de tous âges — les prochaines semaines d’hiver seront encore plus difficiles qu’elles s’annonçaient.

« Nous avons établi un plan de match pour les prochaines semaines, explique M. Kasongo. La Ville de Gatineau, en collaboration avec la Croix-Rouge et le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO), ont transformé le centre communautaire Fontaine en dortoir. On y a installé une soixantaine de lits de camp et il y a des douches sur place. Ce centre communautaire est situé à quelques pâtés de maisons de la Soupe populaire de Hull.

«Les bénéficiaires doivent cependant quitter le centre Fontaine à 7 h le matin, poursuit M. Kasongo. Accompagnés d’intervenants de Gîte Ami, ils marchent jusqu’ici, à la Soupe populaire, où ils peuvent prendre le petit-déjeuner préparé par l’équipe de cuisine du Gîte. L’équipe de cuisine de la Soupe populaire prend le relais pour le dîner. Et les cuisiniers du Gîte Ami reviennent préparer le souper. Et après le souper, les bénéficiaires du Gîte Ami doivent retourner coucher au centre communautaire Fontaine puisqu’il n’y a pas de places ici, nos 25 lits étant déjà occupés. Ce sera comme ça sept jours sur sept jusqu’à ce que le Gîte Ami puisse rouvrir ses portes.»

Denis Gratton

Le «pot», le déjà-vu, le céleri et les Francos

CHRONIQUE / Dernier jour de l’année. Je suis retourné dans nos archives jeter un coup d’œil sur quelques chroniques que j’ai rédigées au cours des 12 derniers mois.

J’ai souri en relisant ma première visite dans une boutique de cannabis d’Ottawa au début avril. Le pot venait d’être légalisé. On prédisait la manne pour ces boutiques et pour les gouvernements. Tout comme certains prédisaient la fin du monde. Tout le monde allait être gelé à longueur de journée. La police allait être débordée. Nos enfants allaient devenir des « p’tits drogués » avant même de savoir lire et écrire.

Puis… rien. Ou presque rien. La Terre a continué de tourner. Les revendeurs de la rue ont ajusté leurs prix pour conserver leurs « clients ». La manne anticipée ne s’est pas réellement concrétisée. Les gens qui ne fumaient pas de cannabis avant sa légalisation n’ont pas pris l’habitude d’en consommer, et ceux qui en fumaient ont continué leur petit train de vie sans faire de bruit. Circulez, rien à voir ici.

Mon sourire s’est vite effacé en arrivant à la dizaine de chroniques écrites durant les inondations du printemps dernier. Certes les deux semaines les plus tristes et les plus grises de l’année. C’était la désolation, le découragement, le maudit déjà-vu. Mais aussi deux semaines d’entraide, de partage, de solidarité, de chaleur humaine.

Deux semaines qu’on ne veut certes pas revivre en 2020. Qu’on ne veut PLUS revivre. Mais ça… seul « le temps » nous le dira.

Sur une note un peu plus légère, on s’est parlé l’été dernier du coût faramineux du céleri. Oui, du céleri. Je ne croyais jamais consacrer 750 mots à un légume, mais voilà, nous y étions. À 7 $ le pied de céleri, il y avait matière à chronique. Et ce papier humoristique a été parmi les textes les plus lus cette semaine-là dans l’ensemble des journaux de (feu) Groupes Capitales Médias. Comme quoi un simple légume peut parfois faire jaser.

Reste à voir quel légume ou quel fruit fera l’objet d’une chronique en 2020. Les experts prédisent une augmentation moyenne de 500 $ du panier d’épicerie durant la prochaine année. La belle affaire. Disons qu’on n’a pas fini de nous prendre pour des poires…

L’année 2019 a été plutôt tranquille chez les Franco-Ontariens. Pas de gros avancement. Pas de gros recul non plus. Un acquis regagné (notre université), un acquis toujours perdu (l’indépendance de notre Commissariat aux services en français).

Le premier ministre de l’Ontario Doug Ford a laissé entendre à l’automne qu’il aimerait apprendre le français. Ce à quoi la députée indépendante de Glengarry-Prescott-Russell, Amanda Simard, a répliqué : « M. Ford devrait apprendre l’histoire des Franco-Ontariens avant d’apprendre le français ». Je ne saurais mieux dire.

Du côté de la Ville d’Ottawa, autre année écoulée, autres embauches de gens unilingues anglophones dans des postes pourtant désignés bilingues. Des gens qui nous promettent toutefois d’apprendre – un jour – le français. Parlant de nous prendre pour des poires…

D’un autre côté, le géant de l’alimentation Métro a ouvert un nouveau magasin Adonis à Ottawa, en novembre dernier, en promettant d’offrir des cours de français à ses employés unilingues anglophones.

C’est le monde à l’envers. Le directeur général de la Ville d’Ottawa, une ville dite bilingue et la capitale d’un pays officiellement bilingue, n’a pas à parler le français. Mais le jeune commis qui nous vend un pied de céleri à 7 $ doit pouvoir parler la langue de Molière.

Bienvenue dans le merveilleux monde des Franco-Ontariens.

Que nous réserve 2020 ? Comme disait ma grand-mère : « le Bon Dieu l’sait et le ‘iable s’en doute ». Chose certaine, pour le meilleur et pour le pire, Le Droit y sera avec vous.

Bonne année la gang !

Denis Gratton

L'ami fidèle

CHRONIQUE / Lundi 19 août dernier. Premier jour de mes vacances estivales.

On prédit du soleil et du beau temps pour les prochaines semaines. Je suis chanceux. Alors que d’autres se prépareront pour la rentrée scolaire et pour la « rentrée » tout court, je ferai la grasse matinée avant de passer le reste de mes journées sur un terrain de golf, à la plage, au chalet ou simplement à « balconville » à regarder le train passer. Trois belles semaines en perspective.

Le café semble toujours meilleur en vacances. Et en ce lundi 19 août, il goûte l’été. J’allume mon téléphone pour regarder le fil des nouvelles. Je sais que je devrais me ficher de l’actualité en ce premier jour de congé, mais c’est plus fort que moi, je dois savoir ce que transportera le train que je regarderai filer.

La première manchette se lit : « Le Groupe Capitales Médias sous la protection de la loi sur les faillites ».

Je suis sonné. Pendant de longues minutes, je suis complètement sonné. Le café est devenu froid. Le train vient de dérailler.

Je ne suis plus en vacances, me dis-je, je suis sans-emploi. Trois semaines qui s’annonçaient sans souci se transformeront en trois semaines de bouleversantes inquiétudes.

Des inquiétudes bien au-delà de ma petite personne. Le Droit agonise. Et je ne peux m’imaginer la vie sans lui.

Le Droit est un ami. Un ami fidèle qui m’attend à ma porte tous les matins pour prendre le café avec moi.

Oui, à la porte. Je suis de ceux qui doivent encore avoir leur « papier ». Je dois tourner les pages. Je dois me salir les doigts. Et que serait ma journée sans mon « mot mystère » ? Je ne parle presque jamais de cette dépendance. Mes amis s’en moquent. Ma conjointe aussi. Mais si je ne complète pas le « mot mystère » du Droit, ma journée est incomplète. C’est comme ça depuis mon enfance, depuis que je livrais Le Droit aux portes de Vanier. Et je crois que j’encerclerai des lettres jusqu’à la fin de mes jours.  

Le Droit est un ami qui m’attend à la porte tous les matins pour me raconter ce qui se passe dans mon coin de pays et un peu partout sur la boule. Il me parlera aussi de cinéma, d’économie, de sports, de la vie. Il m’annoncera dans quels commerces je peux trouver de bonnes aubaines et où une sortie entre amis ou en amoureux pourrait être amusante et divertissante.

Le Droit est là tous les matins et depuis toujours. Mais en ce lundi 19 août, mon ami m’annonce qu’il ne pourra peut-être plus venir prendre le café avec moi. Plus jamais.

Je suis sonné. Le cœur en mille miettes. 

***

Le mardi 24 décembre dernier. Deuxième journée d’une courte semaine de vacances hivernales.

Le café semble toujours meilleur en vacances. Et en ce mardi 24 décembre, il goûte Noël.

Je vais chercher mon vieil ami à la porte et la « une » se lit : Groupes Capitales Médias : la Cour supérieure entérine le plan de sauvetage. Puis mon collègue Patrick Duquette intitule sa chronique : Le Droit continue !.

« Comme les centaines de lecteurs et les bailleurs de fonds qui nous ont appuyés, écrit-il, nous ne pouvions tout simplement pas imaginer la région d’Ottawa-Gatineau sans “son” quotidien ».

Notre ami est sauvé. Après 106 années d’existence et grâce à un travail colossal et quasi miraculeux de collègues qui ont réellement cru en sa devise « l’avenir est à ceux qui luttent », Le Droit prend une tout autre forme, celle d’une coopérative de solidarité. Et il aura besoin de nous tous, employés, lecteurs, annonceurs. Tout le monde devra embarquer afin que Le Droit puisse continuer plus fort que jamais.

Continuer de nous informer, continuer de nous divertir, continuer de faire partie de nos vies.

Et aussi fidèle et ponctuel demeurera-t-il, j’ai la curieuse impression que notre bon ami n’a pas fini de nous surprendre…

Denis Gratton

Une autre embauche, un autre Anglo

CHRONIQUE / Une autre journée, une autre embauche d’une personne unilingue anglophone dans un poste de direction à la Ville d’Ottawa.

Cette fois-ci, c’est le poste de chef du Bureau du protocole qui a été attribué à une personne qui ne parle pas le français, mais qui, dit-on, suit des cours pour l’apprendre. Il s’agit de Arnold McLean, un conseiller en matière de protocole à la Ville depuis 2015. Cette semaine, M. McLean a été promu de conseiller à chef. « Congratulations Sir ».

Denis Gratton

«S’il me faut vivre un Noël sans toi»

CHRONIQUE / Paul m’a écrit il y a quelques jours pour me demander si je pouvais l’aider à trouver une vieille chanson de Yoland Guérard. « Une chanson dont je retiens un verset qui était : S’il me faut vivre un Noël sans toi », a précisé Paul dans son courriel.

Le nom Yoland Guérard était presque effacé de ma mémoire. Je me souviens vaguement d’un disque de Noël de ce chanteur que mes parents faisaient parfois tourner dans le temps des Fêtes. Mais il était un artiste de leur époque, de leur génération. Pas de la mienne.

Yoland Guérard est un grand nom de l’histoire de la musique québécoise et française, j’en suis bien conscient. Mais de là à trouver l’une de ses chansons sur la toile en ayant comme seul indice qu’un court passage de cette chanson, c’était mission impossible. Désolé Paul. J’ai trouvé une chanson interprétée par Yoland Guérard intitulée Noël sans toi, mais il ne s’agissait pas de la bonne. 

« Ce n’est pas grave, m’a répondu Paul. Merci d’avoir essayé. J’étais simplement nostalgique lorsque je vous ai écrit. »

Paul a 74 ans. Sans enfant et sans famille immédiate dans la région, il vit seul depuis cinq ans. Seul dans sa grande maison de Gatineau. Et Noël, pour lui, est un lourd moment de nostalgie, de tristesse, de solitude surtout.

Sa conjointe des 30 dernières années, Aline, habite une résidence pour personnes âgées, à l’étage des résidents en perte d’autonomie. L’Alzheimer.

La maladie progresse lentement, Aline se souvient toujours de son « Paul » et de ses proches. Mais rester à la maison était devenu impossible. Les oublis et les pertes de mémoire étaient devenus trop fréquents. Le danger pour sa santé, trop présent. Donc depuis cinq ans, Paul et Aline vivent loin l’un de l’autre. 

« Je la visite de trois à quatre fois par semaine, dit Paul. Mais je suis complètement vidé lorsque je rentre à la maison. C’est tellement difficile d’accepter ce qui lui arrive. Je l’appelle aussi tous les jours, trois fois par jour, le matin, le midi et le soir. À 18 h, je lui rappelle que l’émission Le Tricheur passe dans une demi-heure. Elle aime aussi les émissions The Voice, Du talent à revendre, En direct de l’univers et La petite vie les samedis à 18 h 30. Donc je l’appelle pour lui rappeler de les regarder. Je suis comme son TV Hebdo vivant, lance-t-il en souriant.

— Passerez-vous la journée de Noël avec votre conjointe ?, lui ai-je demandé.

— Oui. Ce sera notre cinquième Noël sans elle à la maison. Je vais aller dîner avec elle à sa résidence et je vais passer l’après-midi là-bas. Puis je vais rentrer à la maison, fermer les rideaux du salon et passer la soirée de Noël dans le vide d’une maison remplie de beaux souvenirs. »

Ces « beaux souvenirs », ce sont le sapin de sept pieds de hauteur que Paul et Aline décoraient ensemble trois semaines avant Noël. « Notre sapin était de toute beauté, se souvient Paul. Le plus beau du quartier. Mais celui que j’ai aujourd’hui, comme vous le voyez…». Disons que seuls les « Charlie Brown » de ce monde pourraient apprécier son petit sapin à peine décoré et caché dans un coin du salon.

Ces « beaux souvenirs », ce sont les tourtières qu’Aline préparait, le souper de Noël à la maison entouré d’amis, et les cartes de Noël que le couple faisait parvenir à leurs proches. « Aline avait ce don pour toujours choisir la carte parfaite pour chacun, se rappelle Paul.

«Serait-il possible pour votre conjointe de passer la journée de Noël avec vous ici, dans votre maison ?

— Elle ne veut pas, elle a trop peur. Elle ne peut pas. On a essayé il y a trois ans et elle a paniqué. Elle ne peut pas sortir de son logement. Elle n’est pas sortie de sa résidence depuis le printemps 2018. Le monde extérieur lui fait un peu peur. Elle n’est pas vraiment heureuse où elle se trouve, mais elle est bien. Moi, je ne suis pas heureux non plus, et ça va de moins en moins bien.

— Que voulez-vous dire ?

— Partout où je regarde, je pense à elle, répond-il les larmes aux yeux. Je me prends un plat dans l’armoire, je revois Aline chercher quelque chose dans cette armoire. Chaque petite chose, chaque détail, chaque moment me rappelle sa présence. Et quand Noël approche, c’est 100 fois pire. Quand je la visite, elle me demande parfois si j’ai pensé à elle la veille. Je lui réponds toujours : "Je pense à toi tout le temps, mon amour. Tout le temps."»

Denis Gratton

La magie des lettres

CHRONIQUE / Philomène voulait lire son Prions en église. Bonne chrétienne pratiquante âgée de 90 ans, elle connaissait par cœur le Notre Père, le Je vous salue Marie, le Je crois en Dieu, et elle pouvait réciter son chapelet dans son sommeil.

Mais Philomène ne savait pas lire. Elle qui voulait tellement se joindre aux autres paroissiens le dimanche dans la lecture du Prions en église ne savait plus à quel saint se vouer.

Denis Gratton

La bonté hors d’ondes

CHRONIQUE / Une prénommée Diane m’a écrit lundi dernier pour me demander ce que j’avais pensé du Gala des Oliviers diffusé dimanche soir à Radio-Canada et, plus spécifiquement, des nombreux trophées remportés par l’humoriste Mike Ward.

« Faut-il sacrer et être vulgaire pour avoir des trophées, en plus de n’avoir aucune empathie pour les gens ? Où sont les trophées pour les humoristes intelligents ? s’est-elle demandé. On aimerait vous lire à ce sujet », a-t-elle ajouté.

Denis Gratton

En français, s’il vous plaît

CHRONIQUE / Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a tenu à rectifier certaines choses mardi. Il n’était pas content, le monsieur. Je vous explique.

Le leader conservateur était de passage à Ottawa la semaine dernière pour s’entretenir avec le maire Jim Watson. À sa sortie de cette rencontre, un journaliste lui a demandé s’il comptait rétablir le Commissariat aux services en français — un acquis de la communauté franco-ontarienne — qu’il a aboli en novembre 2018. « C’est une question qui revient à la ministre des Affaires francophones (Caroline Mulroney) », a répondu M. Ford.

Denis Gratton

«Le système de santé m’a rendue malade»

CHRONIQUE / Roxanne, 35 ans, était technologue en imagerie médicale spécialisée en angiographie. Employée du Centre intégré de santé et des services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) depuis plus de 11 ans, elle était l’une des sept technologues dans ce domaine en Outaouais.

Son lieu de travail principal était l’Hôpital de Hull, là où se trouve la seule salle d’angiographie en Outaouais pour desservir les six hôpitaux de la région (Hull, Gatineau, Wakefield, Buckingham, Shawville et Maniwaki).

Denis Gratton

Une réaction humaine

CHRONIQUE / À sa place, auriez-vous fait la même chose ?

On le surnomme BoroCop. Son vrai nom : Mark Borowiecki, défenseur chez les Sénateurs d’Ottawa.

Denis Gratton

«L’épicentre de la drogue»

CHRONIQUE / Les jours, pour ne pas dire les heures, sont comptés pour les « campeurs de Bayview ».

Ils sont une douzaine de sans-abri qui, depuis avril, vivent sous des tentes montées dans un boisé situé près de la station de train Bayview, au centre-ville d’Ottawa, à deux pas des plaines LeBreton. Avant, certains d’entre eux habitaient une maison de chambres de la rue LeBreton. Mais un incendie a ravagé cet immeuble en avril dernier et, faute de logements abordables, les sinistrés n’auraient eu d’autre choix que de se tourner vers le « camping urbain ». Et la plupart des résidents de ce campement improvisé s’étaient installés pour l’hiver en se maintenant au chaud par des chauffages au kérosène alimenté par des batteries de voiture.

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Mais triste ironie du sort – ce qui devait arriver arriva – un incendie s’est déclaré dans l’une des tentes la semaine dernière. Et les « campeurs » font maintenant face à un avis d’éviction, tant pour leur sécurité que pour celle du public.

Mais où les loger ? Où les diriger ?

La réponse évidente : l’Armée du salut ou les Bergers de l’espoir, dans le marché By. Ou encore tout autre endroit à Ottawa qui offre de l’hébergement d’urgence.

Le hic, c’est que ces « campeurs » ne veulent rien entendre de ces centres de refuge déjà débordés. Ils luttent déjà contre une dépendance, ils ne veulent pas être replongés là où les drogues de rue sont facilement accessibles. Leur chez-soi, leurs points de repère et les centres où ils reçoivent les traitements, les services et l’aide nécessaire à leur survie se trouvent tous à proximité de leur camping de fortune.

Le propriétaire de la tente incendiée, Justin Bolger, a déclaré à Radio-Canada, dimanche, que la Ville d’Ottawa leur aurait offert des chambres d’hôtel temporaires à Vanier. Il n’y a pas de Hilton à Vanier, même pas de Holiday Inn. Mais une chambre dans un petit hôtel de quartier coté d’une ou de deux étoiles est tout de même mieux que la rue. Mieux aussi qu’une tente de camping par nuit glaciale.

Mais lorsque la Ville aurait proposé ces chambres d’hôtel temporaires aux « campeurs de Bayview », Justin Bolger a répliqué :

« Nous sommes tous à différentes étapes de traitement de nos dépendances, et nous envoyer à l’épicentre de la drogue, ça ne va pas aider. […] La plupart d’entre nous font du bénévolat ici, au Centre de santé communautaire Somerset West. Pourquoi voudrions-nous aller à Vanier ? »

Ces gens tentent de se reprendre en main, de refaire un peu leur vie. La tâche est ardue. Les défis sont nombreux. Ils sont fragiles, vulnérables.

Et là, on voudrait les retirer de leur milieu, loin de leurs points de repère, loin de tout ce qui leur est familier et loin des gens qui leur ont tendu la main pour les aider, pour les parker dans ce qu’ils qualifient « l’épicentre de la drogue », là où tout pourrait vite basculer.

Ça en dit long, je trouve, lorsque les sans-abri eux-mêmes refusent de « séjourner » à Vanier.

Et dire que l’Armée du salut veut quitter le marché By pour s’installer dans un tout nouveau centre de refuge à… Vanier, et y aménager 140 lits de court séjour comme hébergement d’urgence.

Cherchez l’erreur.

Denis Gratton

Amanda Simard, la résistante (2e partie)

CHRONIQUE / La députée indépendante de Glengarry-Prescott-Russell, Amanda Simard, est vite devenue une héroïne de la communauté franco-ontarienne, il y a un an, lorsqu’elle a tourné le dos au Parti conservateur de Doug Ford pour siéger comme députée indépendante à l’Assemblée législative de l’Ontario. Comme francophone de souche de l’Est ontarien, Mme Simard ne pouvait accepter que son parti impose à sa communauté des coupures qu’elle qualifie depuis d’injustes et d’injustifiables.

Son geste a été applaudi, tout comme son courage, sa détermination et son audace. Mais au cours de la dernière année, son étoile semble avoir un peu pâli aux yeux de certains élus municipaux de sa circonscription alors que ceux-ci n’ont pas raté une occasion de souligner l’absence de leur députée à certains événements tels le Banquet de la francophonie de Prescott-Russell, l’assemblée générale annuelle de l’Union des cultivateurs franco-ontariens et — surtout diront certains — aux inondations du printemps dernier qui ont fortement touché ce comté.

Denis Gratton

Les chansons de Noël

CHRONIQUE / Grande question existentielle pour vous ce matin, amis lecteurs : pourquoi aime-t-on les chansons et la musique de Noël ?

Pensez-y. Année après année, la radio et les centres commerciaux font tourner ces chansons pendant deux, trois et même quatre semaines consécutives, et pratiquement personne ne semble s’en lasser. Toujours les mêmes chansons, toujours les mêmes tounes. Oui, les interprètes varient. Le petit renne au nez rouge a sûrement été chanté et endisqué par au moins 500 artistes au fil des décennies. Mais ça demeure tout de même la même maudite chanson. Le petit renne que personne n’aime et au nez écarlate plus gros que sa tête, à la fin, il guide le chariot du père Noël. Désolé de vous vendre le punch…

Denis Gratton

L’inébranlable Michel Thibodeau

CHRONIQUE / Pour prendre une gorgée d’eau d’une fontaine de l’édifice de l’Est de la colline parlementaire, vous devez appuyer sur un bouton sur lequel est inscrit le mot « PUSH », sans équivalent français.

En ce qui me concerne, le mot « push » sur ces fontaines pourrait bien être inscrit en japonais ou en swahili, je suis pas mal certain que j’arriverais tout de même à comprendre qu’il faut peser sur ce bouton pour que l’eau surgisse.

Mais Michel Thibodeau ne voit pas les choses du même œil. Selon lui, ces fontaines d’eau du Parlement devraient aussi indiquer le mot « appuyez » ou « pesez ». Il a donc décidé de porter cette cause devant la Cour fédérale. Et il a eu de gain de cause.

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Quand une collègue m’a parlé de cette nouvelle avant même qu’elle soit diffusée, ma toute première réaction a été de dire : « pousse, mais pousse égal », sans même réaliser que j’y allais d’un jeu de mots.

Mais en me renseignant un peu plus sur cette cause, j’ai réalisé que M. Thibodeau a tout à fait raison. Oui, sa lutte est mineure si on la compare à d’autres luttes des communautés francophones du Canada. Il n’a pas sauvé un hôpital. Une université non plus. Il s’est toutefois assuré que notre langue et nos droits soient respectés partout, toujours et en tout temps au sein de l’appareil fédéral. Et ça, c’est un gain aussi important que tout autre gain réalisé par les francophones au cours des dernières décennies.

Voici ce que M. Thibodeau avait à dire lundi au collègue Jean-Simon Milette :

« Je me disais que c’était inconcevable qu’on puisse avoir un affichage unilingue anglais dans un édifice gouvernemental sur la colline du Parlement. C’est le berceau de la législature du pays, ça ne faisait aucun sens et il fallait que ça change. Des fois, on n’a pas le choix de le faire nous-mêmes sinon les choses ne changent pas. Les autres institutions fédérales devraient regarder ça et se dire : «il faut se réveiller et appliquer la Loi sur les langues officielles partout».

Il a raison. Si le gouvernement fédéral ne respecte pas une loi qu’il a lui-même adoptée, qui le fera !? Oui, c’est un peu banal, un «push» sur une fontaine d’eau. Ce n’est pas la lutte du siècle. Mais comme on dit : donnez-leur un pouce et ils prendront un mille.

Mais ce que je retiens surtout de la citation de ci-haut de M. Thibodeau, c’est la phrase : «Des fois, on n’a pas le choix de le faire nous-même sinon les choses ne changent pas».

Michel Thibodeau n’en était pas à sa première présence devant les tribunaux. On le connaît pour ses luttes acharnées contre Air Canada qu’il a accusée à deux reprises de violations répétées de ses droits linguistiques. Et ces deux causes se sont retrouvées en justice.

Le gars ne recule devant rien et il est armé d’une patience et d’une résilience hors du commun.

Je vous pose la question, amis Franco-Ontariens : auriez-vous la patience, vous, de lutter pendant trois ans pour qu’on ajoute le mot «appuyez» sur une fontaine d’eau qui n’affiche que le mot «push» ? Honnêtement, là. Livreriez-vous cette bataille ?

Moi, non. Je n’aurais ni la patience, ni la détermination, ni le temps et ni d’argent à risquer dans une telle aventure. Michel Thibodeau, lui, croit fermement que s’il ne le fait pas, que les choses ne changeront pas. Et on ne peut que lui donner raison.

Voici en terminant un extrait d’une entrevue que j’ai réalisée avec lui en octobre 2012 :

«J’aimerais qu’il y ait beaucoup plus de francophones qui fassent comme moi. Si beaucoup plus de francophones se tenaient debout et revendiquaient plus souvent leurs droits, je pense que les choses changeraient beaucoup plus vite. »

Puis en parlant de ses deux luttes contre Air Canada et de toutes les insultes, les lettres haineuses et les menaces qu’il a reçues simplement pour avoir revendiqué ses droits, il a répondu :

«J’avais deux choix. Défendre mes droits ou baisser les bras. Et cette dernière option n’existe pas dans mon livre. Parce que si je baisse les bras, ce seront tous les francophones du Canada qui perdront leurs droits. Et je ne pourrais pas vivre avec ça.»

Denis Gratton

Des passagers de deuxième classe

CHRONIQUE / On apprenait dans notre édition de lundi qu’il est pratiquement impossible d’être servi en français dans les concessions de l’aéroport international Macdonald-Cartier d’Ottawa.

Que ce soit dans les Tim Hortons des lieux, dans les dépanneurs Relay, au restaurant Harvey’s ou au bureau de change, c’est partout pareil, les francophones se butent au sempiternel « sorry, I don’t speak French ».

Denis Gratton

L’immense défi de Mona Fortier

CHRONIQUE / Ainsi, les gens d’Ottawa-Vanier peuvent maintenant compter sur une ministre pour les représenter à la Chambre des communes. Chapeau Mme Mona Fortier.

Certains observateurs de la scène politique ont qualifié cette nomination de « surprenante ». Elle l’est un peu, en effet, étant donné que la députée d’Ottawa-Vanier a été plutôt discrète depuis son entrée au Parlement canadien au printemps 2017. Oui, elle est de toutes les causes et de toutes les activités qui se déroulent dans sa circonscription. Préparez un spaghetti pour 200 personnes ou brandissez un drapeau franco-ontarien et elle y sera. Mais politiquement et médiatiquement parlant, c’est vrai qu’elle a rarement été sous les réflecteurs.

Denis Gratton

Adonis chez les Francos

CHRONIQUE / Un tout nouveau marché Adonis ouvre ses portes ce matin à Ottawa. Situé sur le boulevard St-Laurent, à deux pas du centre commercial du même nom, il s’agit du tout premier Adonis dans la capitale nationale.

Fondé en 1978 à Montréal et acquis par le géant Metro en 2011, Adonis compte 10 succursales au Québec, dont une à Gatineau, et trois autres dans la grande région de Toronto.

Denis Gratton

Détester la lune

CHRONIQUE / Comment aborder ce sujet sans tomber dans l’humour facile ? Ou pire, dans la scatologie, voire le pipi-caca.

Demain, 19 novembre, est la Journée mondiale des toilettes. Oui, des toilettes. Le bol blanc. Le trône.

Denis Gratton

Un combat de tous les instants

CHRONIQUE / Il y a un an, jour pour jour, le ciel tombait sur la tête des Franco-Ontariens.

Adieu Commissariat aux services en français. Adieu ministère des Affaires francophones. Adieu Université de l’Ontario français. Le nouveau premier ministre conservateur de l’Ontario, Doug Ford, avait tranché.

Denis Gratton

Mon premier Noël sans toi

CHRONIQUE / Nathalie Gaudet et sa sœur Chantal s’aimaient pour la vie.

« Chantal et moi avons grandi ensemble, nous avons dormi ensemble pendant 18 ans avant de partir pour l’université, dit Nathalie. Chantal s’amusait à dire à mon copain : «J’ai dormi plus longtemps avec Nathalie que toi», ajoute-t-elle en riant.

«Puis on a élevé nos familles, reprend-elle. Chantal a eu une fille, j’en ai eu trois. On ne se voyait plus aussi souvent qu’on le voulait. Mais au cours des dernières années, on chantait ensemble dans la chorale Mirage, ça nous avait beaucoup rapprochées puisqu’on se voyait chaque semaine. L’amour d’une sœur, je pense que c’est inconditionnel. Et je l’ai toujours senti avec ma sœur.»

Puis Chantal est partie. Presque sans avertissement. Les médecins lui ont diagnostiqué un cancer en mai 2016. 

Elle a rendu l’âme deux mois plus tard, le 6 juillet, deux jours après avoir souligné ses 53 ans.

«On lui a découvert un cancer de stade 1 à l’utérus, explique Nathalie. Ce n’était pas si grave, le stade 1. Le cancer est parti, tout allait bien. Mais les médecins ont fait un scan de son abdomen et ils ont découvert que Chantal était atteinte d’un cancer de stade 4 aux poumons. On ne s’attendait vraiment pas à ça, elle qui n’avait jamais fumé une cigarette de sa vie.»

Nathalie était désemparée. Sa grande sœur, sa meilleure amie, sa confidente était partie à tout jamais.

«Après le départ de Chantal, dit-elle, j’allais à des funérailles un peu partout à Hull à Aylmer, même si je ne connaissais pas le défunt. J’y allais parce que je trouvais que les paroles du prêtre ou du célébrant m’aidaient et me réconfortaient.»

Le premier Noël

Décembre approchait. Les Fêtes, les partys, les réunions de famille… la joie. Nathalie appréhendait ces moments. Comment allait-elle pouvoir passer ce premier Noël sans sa sœur ? Chantal et Noël allaient de pair. «Ma sœur préparait des super beaux soupers de Noël, se souvient-elle. Elle adorait Noël.»

Nathalie a décidé de se joindre au groupe d’entraide et de soutien «Mon premier Noël sans toi», d’Entraide-Deuil de l’Outaouais. 

Il s’agit d’une occasion pour les personnes endeuillées de vivre un rassemblement de Noël (le premier samedi de décembre), encadrées par des animateurs, afin de mieux se préparer aux rencontres familiales et d’amis du temps des Fêtes.

«J’avoue que j’étais un peu gênée au début, dit Nathalie. Mais les gens présents étaient tellement allumés. Ils étaient une cinquantaine d’hommes et de femmes qui vivaient les mêmes choses que moi. Finalement, c’était comme une thérapie de groupe. Au début, je ne parlais pas beaucoup. Puis je me suis dit que si je voulais que ça m’apporte quelque chose, qu’il fallait que je participe. Et je me suis vite rendu compte que je pouvais aider les autres avec mes commentaires, comme eux m’aidaient. J’ai vite compris que le partage était important.

«J’ai découvert la sagesse des autres, poursuit-elle. Certains témoignages étaient très émouvants et très touchants. «Mon premier Noël sans toi» m’a aidée à préparer comment je voulais vivre Noël. Où je voulais aller, qu’est-ce qui était important, à quel moment Chantal allait entrer dans ce moment de fin d’année. J’ai pris le temps de réfléchir. Et ça m’a permis de mettre tout ça en place.

—Et comment s’est passé ce premier Noël sans votre sœur, Nathalie ?

—C’était bien. C’est sûr que le focus ne pouvait plus rester sur Chantal. Il y avait du monde, il y avait de la vie. La vie est forte et elle reprend le dessus. Ce n’est pas en groupe que c’est difficile, parce que là, c’est plaisant. Tu manges, tu ris, les enfants et les petits-enfants sont là, ça bouge. C’est quand on est seul que c’est plus difficile. Alors je pleurais avant et après, laisse-t-elle tomber en souriant.

«J’ai trois filles, deux petits-enfants, la vie est pleine de belles choses, ajoute-t-elle. Mais il me manquera toujours une grosse partie en moi.»

Denis Gratton

Patrick Lormand ne sera jamais oublié

CHRONIQUE / Le village de Chute-à-Blondeau s’est souvenu dimanche.

L’église était bondée. Une exposition de milliers de coquelicots de laine fabriqués par les membres du Cercle des Fermières de ce village de l’Est ontarien décorait magnifiquement et dignement les lieux. Et les gens se sont souvenus. De leur fils. De leur ami. De leur frère d’armes. De l’un des leurs décédé il y a 10 ans.